BENJAMIN FRANKLIN
(Dessiné et gravé par F.-N. Marais.
tliolon, le p. Cotte, tous tendant à démontrer l'utilité du paratonnerre.
Cet instrumentest, d'ailleurs, en usage danstousles pays. L'Amérique, FAngleterre, Tltalie, rAUemagne se sont empressées d'élever des conducteurs électriques. On a reconnu que, depuis leur établissement en Amérique, la foudre ne cause, pour ainsi dire, plus de rava^^es.
La République de Venise en a fait armer ses vaisseaux et ses magasins à poudre.
En France, les paratonnerres commencent à se multiplier. On en a établi à Dijon, sur Tliôtel de l'Académie, par les soins de M. de Morveau (le célèbre chimiste Guyton de Morveau), avocat général au Parlement, et gvàce à la générosité de l'intendant de Bourgogne. M. Saisi, le subdélégué de Tintendant, en a fait élever un à ses propres frais, sur le clocber de l'église paroissiale de Saint-Philibert.
Feu M. de Voltaire avait son château de Ferney sous la protection d'un conducteur électrique. Le château de la Muette est protégé par une machine pareille. Il y en a une à Semur-en-Auxois, sur le clocher de l'église, une autre sur l'hôtel de M. Queneau de Montbéliard.
Les officiers municipaux de Bourg-en-Bresse en ont fait édifier sur le clocher de la pi'incipale église du lieu. La Régie des poudres de Dijon en a fait, également, installer un, et il est question d'en
munir l'Arsenal, de Paris, et la tour de la cathédrale de Strasbourg,
A Valence, en Dauphiné, n'en voit-on pas un sur Tabbaye de Saint-RuF; à Lyon, sur le dôme de l'hôpital et le clocher de l'église de Saint-Just ? Lyon a construit, du reste, des paratonnerres sur beaucoup de maisons et d'hôtels particuliers ; c'est, à l'heure actuelle, la ville qui en compte le plus grand nombre.
On n'est pas avocat sans être verbeux ;]\P Buissart poursuit son argumentation, qui traîne un peu en longueur, mais qui, néanmoins, est très substantielle, très nourrie de faits.
A l'entendre, le château royal de Turin, qu'on nomme la Valenlina, avait souvent essuyé les coups de la foudre : depuis que le P. Beccaria y a placé des conducteurs, il n'en a plus éprouvé. Il n'y a pas d'exemple, au dire de Franklin, qu'une maison armée d'une pointe métallique construite selon ses indications, ait été endommagée par le tonnerre. Il n'y a point d'habitation importante en Amérique qui ne soit munie de son paratonnerre. Il en est de même à Hambourg, Munich, Mannheim, Sienne, etc.
Un des passages du mémoire de M" Buissart qui nous intéresse plus particulièrement est celui qui a trait aux effets de la foudre sur l'organisme humain. Depuis lors, les cas de la nature de ceux qui vont être rapportés se sont multipliés ; mais, pour l'époque, c'étaient autant de singularités, qui
frappaient le public médirai, autant que le grand public.
Un malheureux, paralylique depuis vingt ans, voit tomber la foudre à ses côtés : Tusage de ses membres, qu'il croyait à tout jamais perdu, lui est brusquement rendu.
,Une dame avait depuis longtemps « une tumeur squirrlieuse, qui menaçait de dégénérer en cancer », et avait résisté à tous les remèdes connus. Elle désespérait de la guérison. Un jour qu'elle était à sa fenêtre, à observer un violent orage, un fort coup de tonnerre éclate. Ce coup opéra la résolution delà tumeur et, bientôt après, survenait la guérison complefe.
Une paralysie, consécutive à une apoplexie, chez un pasteur de constitution i-obuste, se trouva guérie par un coup de foudre, le 2/1 août 1762.
Un domestique, perclus des deux bras, occupé dans les champs à garderies bêtes, recouvre l'usage de son membre supéi-ieur dans les mêmes circonstances.
C'est encore un malade, paralysé de la moitié du corps, et alité dans l'hôpital d'un village de ha Bavière autrichienne qui, à la suite de la foudiT',('st en état de se lever et de marcher sans aide, au grand ébahissement de ses voisins.
Pour tous les motifs qui viennent d'être exposés, Tavocat conclut que le jugement des magistrats de S.'ànt-Omer est irrégulier quant au fond, « puisqu'il
est établi sur des motifs diamétralement opposés à ceux qui nous sont olferts par la théorie, Texpérience et l'observation ».
^lais ce jugement est aussi irrégulier quant à la forme.
On reproche à M. de Vissery d'avoir construit un mauvais paratonnerre ? Or, l'Académie de Dijon, qui Fa examiné, le déclare de construction irréprochable. Le P. Cotte, dont l'autorité n'est pas contestable, assure qu'il est à Tabri de la critique.
Les juges n'auraient pas dû prononcer définitivement, sans avoir pris avis des personnes compétentes. La physique et la jurisprudence sont deux sciences bien différentes ; m.ais, ajoute iSP Buissart, qui songe sans doute à son propre cas, elles ne sont pas incompatibles. Les juges n'avaient qu'à nommer des experts, ou à s'adresser à une compagnie savante. Dans la conjoncture présente, ils ont trop oublié qu' u on ne s'est enveloppé du prétexte spécieux de la crainte que pour cacher l'envie de nuire ».
Le dernier mot doit rester à la science contre Tignorance.
C'est appuyé sur le mémoire de M^ Buissart que le P. Cotte se charge d'obtenir une consultation d'avocats parisiens. Mais là encore, cela n'ira pas tout seul. On se heurtera aux lenteurs habituelles dans les affaires judiciaires. Plusieurs mois s'écouleront, avant qu'on arrive à connaître seulement le
nom des avocats qui dtni'ont rédiger la consultation tant espérée. Il fallut attendre au 3 mai (1782) pour avoir enfin l'opinion des lumières du barreau.
MM. de Lacrctelle, Target, Tlenry et Polvere prononçaient, enfin, que M. de Yisseiy était bien fondé dans l'appel qu'il avait interjeté de la sentence qui l'avait condamné ; ils protestaient contre la conduite de juges qui avaient, inconsidérément et précipitamment, ordonné la suppression du paratonnerre et mis ainsi en alarme toute une population ; ils estimaient qu'on n'aurait dû statuer qu'après enquête faite auprès des corps savants, et qu'on devait laisser à l'Académie des Sciences le soin de décider si la machine avait été construite selon les rèo-les d'usag-e.
Quatre avocats d^Arras rédigeaient une autre consultation, dans laquelle était traitée une question qui tenait surtout à cœur au plaignant, la question des dépens.
Ces deux consultations sont imprimées à la suite du mémoire de Buissart ; les trois documents serviront à étayer la plaidoirie de M® de Robespierre, appelé à plaider devant le Conseil d'Ai'tois la cause de M. de Vissery.
Dès le 25 octobre 1782, ce dernier, écrivant à son avocat-conseil Buissart, souhaite que M. de Robespierre « se couvre de gloire ». Le souhait devait se réaliser. Ce fut, en efiet, pour le jeune avocat le commencement de la gloire.
Us MARAT INCONMJ
Elargissant le débat, ce n'est pas tant la caur^c dé M. de Vissery qu'il plaidera que celle de la science; ce ne sont pas les juges qu'il incriminera, mais les préjugés dont ils se sont faits les servants.
Après avoir fait l'historique de son sujet, en se basant sur le travail préparatoire de M^ Buissart, et rappelé les diverses expériences faites avec le paratonnerre, les bienfaits qu'on lui devait, Robespierre, invoquant l'autorité des savants, s'exprimait en ces termes :
Cette propriété du fluide électrique, sur laquelle porte le système des conducteurs, n'est plus un mystère même pour les plus ignorants ; c'est un principe élémentaire d'où parlent tous les électriciens; quiconque oserait en douter serait regardé comme indigne d'occuper une place dans l'empire des sciences, et le moyen le plus sur peut-être d'imprimer à son nom un ridicule ineffaçable, serait de proposer aujourd'hui dans un ouvrage de physique le système que les premiers juges ont embrassé...
Contrairement à M® Buissart^ Robespierre n*est pas d'avis d'en référer à une académie.
Tous les physiciens, toutes les Académies, l'Univers entier, pour ainsi dire, voilà nos experts ! Où en trouverezvous daulres auxquels vous puissiez nous renvoyer ?
Ne suffît-il pas que des gens compétents aient déclaré que le paratonnerre de M. de Vissery ne présente aucun vice de construction ?
LE SAVANT 2i9
Entre autres arguments que fit valoir le jeune avocat, il en est un qui, placé dans sa bouche, acquiert une saveur toute spéciale. Parlant du paratonnerre que le roi a fait élever sur son château de la Muette, Robespierre s'écrie :
On sait quune barre électrique est placée sur le cabinet de physique du château de la Muette, maison royale que le Monarque qui nous gouverne honore assez souvent de sa présence auguste; s'il restait eticore quelques doutes sur les effets de ces machines, on n'en aurait point fait l'essai sur une lète si chère et si sacrée : cette preuve est sans réplique, j'en atteste les senliuients de toute la France pour un Prince qui fait ses délices et sa gloire...
Combien il devait différer de langage dix ans plus tard !
Un autre passage de sa plaidoirie, d'ailleurs fort remarquable, mérite de retenir l'attention : à ceux qui s'étonneraient qu'un pareil débat soit porté devant un tribunal et non devant une assemblée scientifique, Robespierre réplique :
Les magistrats ne sont pas des savants; ils n'ont pas mission pour décider les questions qui concernent les sciences. Après tout ce que jai dit, ai-je encore besoin de répondre à cet argument ? Oui peut penser, Messieurs, que vous ayiez ici une question de physique à décider ? Discutons, néanmoins.
Toutes les découvertes que nous devons aux sciences offrent, dans leur origine, des problèmes que les savants
2o() mahat inconnu
seuls peuvent résoudre... Un exemple va mettre cette vérité clans tout son jour.
Quand le quinquina fut apporté du Nouveau-Monde en Europe, que des médecins commencèrent à faire l'essai de ce remède jusqu'alors inconnu, que d'autres médecins le dénoncèrent au Parlenient de Paris comme une innovation pernicieuse, ce tribunal suprême ne pouvait décider cette question par lui-iiiémo; le seul parti qu'il eût à prendre était de s'en rapporter à l'autorité des corps voués à l'étude de la médecine; mais dès qu'une foisl'expérienceeut démontré lescffets bienfaisants du quinquina ; quand tous les médecins saccordèrent à le regarder comme une des plus puissantes ressources de leur art, quand sa réputation fut solidement établie, si une nouvelle cabale sélait élevée contre lui, croyezvous, Messieurs, qu'avant de lui rendre la liberté de guérir nos maladies, le Parlement eût jugé nécessaire de demander sur ce point l'avis de la Faculté? Si des juges soumise notre autorité s'avisaient aujourd hui de le bannir de l'étendue de leur ressort, balanccriez-vous à proscrire sur-le-champ une pareille sentence, et vous croiriez-vous incoinpélenls pour décider si vous devez permettre à la médecine l'usage de ce remède salutaire? Eh bien ! cette hypothèse est l'image fidèle de cette cause. Si le paratonnerre du sieur de Vi'-sery était le premier instrument de ce gi^nre qui ait été érigé dans le monde; que, d'un côté, on vous vantât l'utilité de cette espèce de machine; que, de l'autre, on vous la représentât comme une invention pernicieuse ; que l'on appuyât ces deux systèmes opposés sur les principesde la physique, quel autre parli pourriez-vous prendre que de recourir aux» kunières d'une Académie ?... Allons plus loin et continuons de prouver l'évidence par un second exemple.
L'inoculation tient aux sciences comme le paratonnerre. Elle doit son orgine à la médecine, comme le paratonnerre à
Î.E SAVANT '2r,\
une autre partie de la physique. Or, Messîeu'S, si l'on vous dénonçait l'inoculation comme une invention dangereuse, vous croiriez-vous obligés de renvoyer cette alTaire à un Collège de Médecine ? Balanceriez-vous a prononcer par vous-mêmes en sa laveur? Combien s'en faut-il cependant, que cette découverte ait un caractère de certitude aussi frappant que celle des paralonnerres ? Elle jouit, depuis un temps moins considérable, de la confiance publique; ou la regarde encore dans plusieurs contrées comme une méthode meurtrière ; une foule de médecins déclamont encore contre elle ; les paratonnerres ont réuni les sullrages de tous les peuples éclairés.
Linoculation apporte toujours un mal certain, quo la nature après tout pouvait nous épargner ; elle a même quelquefois donné la mort ; il est sans exemple que les paratonnerres aient jamais causé un accident fâcheux ; il est même démontré qu'ils ne peuvent en attirer aucun.
Les faits qui prouvent l'utilité des paralonnerres sont certains, frappants ; ce sont d s phénomènes éclatants, qui brillent à nos yeux dans chaque orage, et dont les papiers publics, depuis près de quarante ans, annoncent les délails à toutes les nations ; ceux qui justifient l'inoculation sont secrets et obscurs par eux-mêmes ; pour les découvrir, il faut calculer les victimes que l'art a sauvées et celles que la nature a sacrifiées ; mais comme ce calcul prouve qu'en général les hommes gagnent plus à se confier à l'art, qu'à s abandonner à la nature, l'inoculation a triomphé de tous les obstacles ; c'en est assez au Gouvernement pour la permettre, aux magistrats pour la respecter, aux amis de 1 humanité pour désirer qu'elle étende ses progrès...
En terminant, Iflobespierre, par une adroite flatterie, faisait entendre aux juges qu'ils étaient appelés
à décider « si l'une des plus utiles découvertes de ce siècle allait s'introduire dans notre pays sous leurs auspices ; ou si elle allait en être bannie par leur autorité ».
Songez, leur disait-il dans une péroraison endanimée, qu'à peine aurez-vous prononcé le jugement... la renommée le portera jusqu'aux extrémités de TEurope. Ces mêmes papiers publicsquiontrendu compte de la sentence de Saint-Omer et qui ont promis à toutes les nations Ibistoire entière de ce procès singulier, s'apprêtent à leur annoncer la décision qui va le terminer... Tous ces hommes illustres, dont le sutïrage forme l'opinion publique, qui ont célébré les nobles efforts de tant de magistrats, pour répandre celte admirable découverte dont ils sont si jaloux, et les lois mémorables que les plus grands princes ont portées en sa faveur, citeront en même temps votre décision qui leur aura, pour ainsi dire, conquis une nouvelle province...
Le 31 mai 1783, le Conseil d'Artois rendait un arrêt permettant « à la partie de M® de Robespierre de rétablir son par-à-tonnerre »- Le 31 juillet suivant, M. de Vissery avait replacé sa machine sur la cheminée de sa maison. Souveraine imprudence, car la même cabale qui l'avait poursuivi une première fois, fit de nouveaux eiïorts pour le renverser une seconde.
Dans une cave, recevant la lumière du jour par un soupirail, habitait un homme connu dans Sainl- Omer sous le sobriquet de Bobo. Ce Bobo, semblable à Polichinelle, « bossu p*^" devant, bossu par
derrière », faisait, depuis longtemps, un commerce de salades qui, du reste, ne l'avait pas enrichi. Le paratonnerre de M. de Vissery troublait le repos de ce brave homme : il craignait que la foudre ne le vînt trouver dans son souterrain î II forma donc opposition au jugement qui avait permis à M. de Vissery de Bois-Valé de rétablir sa pointe, demandant que le Conseil d'Artois réformât la décision solennelle qu'il avait rendue. Force fut de rouvrir les débats, de plaider à nouveau : le 21 avril 178/i, le Conseil d'Artois déclarait le plaignant non recevable en son opposition
Peut-être s'étonnera-t-on que des hommes éclairés, comme le sont généralement des magistrats, qui devraient être instruits, au courant du progrès des sciences, aient pu rendre la sentence qu'on a lue. En réalité, les juges de Saint-Omer avaient appuyé leur décision sur deux opinions qui, semble-t-il, pesaient alors d'un certain poids ; celle du comte de Tressan et celle deMarat.
Une correspondance de l'abbé Bertholon (1), le physicien dont il a été plus haut question, ouvre un jour assez imprévu sur cette affaire et nous laisse entrevoir le rôle que Marat y a joué. L'abbé attaque ce dernier avec une violence qui détonne avec son
(1) M. Ch. Vellay en a donné des extraits, dans son opuscule sur le procès du paratonnerre.
caJHctère ecrclésiastique. C'est un fou, écrit-il à M*^ Buissart (1), « qui a cru viser à la célébrité, en attrapant beaucoup de grands hommes et en donnant des paradoxes qui n'ont séduit personne ». Qu'on se garde, ajoute-t-il, de le réfuter, car il n^lttend que cette réfutation, « pour pouvoir tirer un moment ses ouvrages du néant où ils sont rentrés ».
L'abbé a beau répéter à l'avocat que ce serait donner trop d'importance à un homme comme Marat de perdre son temps à discuter avec lui; que c'est « un fou — il tient à son épithète — décrié et ridiculisé (2) », M*^ Buissart n'en est pas moins impressionné parle témoignage défavorable d'un physicien dont il se refuse à méconnaître la valeur scientifique.
Susj)ectant Timpartialité de Bertholon, et avec assez de raison, comme nous l'établirons plus tard, l'avocat sollicite l'avis d'un savant plus estimable et lui fait part de son eml)arras. « M. Marat, écrit-il au P. Cotte (3), dans ses Recherches physiques sur r Electricité, page Zil/i, parle aussi désavantageusem'^'it des paratonnerres, et ses doutes... sont appuyés sur des faits qu'il faut détruire, ou expliquer d'une manière favorable aux barres électriques. »
Mais avant que la réponse du métcorolog'ue lui soit parvenue, l'abbé Bertholon est revenu à la charge :
(1) Lettre du lô Jccembre 1782.
(2) Lettre du 25 mars 1783.
(3) Lettre du 27 mars 1783.
« Marat est ici très honni ; pour faire parler de lui, il a soudoyé un petit abbé, jadis précepteur, qui fait un cours sur le paratonnerre ; c'est un désert que sa salle, c'est vox in deserio... » Il s'agit de l'abbé Fillassier, qui répétait, pour les gens du monde, les expériences de ^larat.
Mais les injures ne sont pas des arguments; M*' Buissart réclame des preuves et non des invectives. A-t-on répondu aux objections de M. Marat? Qu'en pense le P. Cotte, ou M. Le Roy, de l'Académie des Sciences, ou tout autre savant ? N'oilà ce qui préoccupe le défenseur du paratonnerre.
Tous les physiciens n'ont, dit-i], qu'une expérience (la commolion de Leyde), pour prouver que le coup foudroyant n'est qu'une étincelle électrique plus forte que celle de la batterie avec ses armements et ses isolements. Mais •cet efTet, selon Marat, « nest pas particulier à la bouteille de l.cyde ; il a lieu aussi, lorsque dune main on pince un fil de fer communiquant avec le fonds d un puits, et que de l'autre main on tire une étincelle dun grand conducteur bien électrisé, il a lieu encore, lorsque dune main on touche une grande planche de bois revêtue de fer-blanc et communiquant avec le plancher, et de l'autre main une pareille planche isolée et fortement électrisée. Knlin, il a lieu lorsqu'on louche un conducteur d'un cerf-volant électrisé par les nuages (1) ».
Contrairement à Topinion commune, Marat ne croit pas à refticacité absolue des paratonnerres.
(1) Marat, Recherches physiques sur Vélectricilé.
Sans cloute, écrit-il (l), des conducteurs élevés sur un édifice sont un excellent moyen de le préserver. Lorsque le trait fulminant s'abat au-dessus, ils servent à l'attirer, à lui donner un libre cours jusque dans le sein de la terre et à prévenir ses ravagés. Mais est-il bien vrai qu'ils soutirent pai-iblement de la nue orageuse le fluide dont il est formé?
Purcî vue de l'esprit, affirme Marat, sans que sa démonstration soit ])ien convaincante. Selon lui, rexpérience du docteur Franklin « devait nécessairement en imposer dans un temps où Ton n'avait encore qu'une notion imparfaite des principes et des lois de rélectricilé. Mais comment les expériences que d'autres physiciens firent ensuite n'ont-elles pas ouvert les yeux » !
Ainsi, en prétendant que le pouvoir des pointes s'étend jusqu'aux régions de la foudre, « l'imagination a fait voir au delà de ce que l'expérience a montré. S'il n'est aucun fait connu qui prouve qu'un conducteur soutire paisiblement le fluide des nuages orageux, il en est mille qui prouvent qu'il ne le soutire pas ». Et Marat cite de nombreux exemples d'édifices foudroyés, bien qu'armés de conducteurs. « Il est donc bien démontré, conclut-il, que la sphère d'attraction des conducteurs ne s'étend point jusqu'aux nues. S'ils sont destinés à prévenir les orages, ils ne peuvent que manquer le but : c'est donc une erreur
(1) Marat, Recherches physiques sur iélecîricilé, 1782, pp. 40-1 et suiv.
de croire que, par leur secours, nous puissions enchaîner la foudre... Félicitons-nous d'avoir trouvé un moyen de nous garantir de leurs funestes atteintes, et sachons borner là nos prétentions. »
Signalons, en terminant, une curieuse « suggestion )) de jNIarat, 11 y aurait, à l'entendre, une méthode sûre de préserver une ville entière et à peu de frais : « ce serait de placer un seul conducteur au-dessus de chacune des maisons qui terminent une rue, quelque longue qu'elle pût être... Un léger impôt sur chaque maison suffirait aux frais de l'établissement et à son entretien. Mais comme il n'y a pas d'apparence que le ministère public prenne ce soin nulle part, il serait à désirer que, dans les constructions des nouveaux édifices, on supprimât les masses inutiles fort élevées, telles que les flèches des clochers, les tourelles, etc. On y trouverait le double avantage de diminuer le péril et de rappeler le bon goût de l'architecture. »
Voilà qui ne manque pas d'originalité. Marat préludait à la méthode de nivellement, dont il devait faire, quelques années plus tard, de si larges et si fréquentes applications.
LÉLECTROTIIÉRAPIE AVANT MARAT
A l'heure où se plaidait, devant un tribunal de province, la cause du paratonnerre, l'électricité en était à ses premiers balbutiements. Ses premières applications à la médecine étaient encore restreintes ; on en était à la période d'essais, de tâtonnements; ces essais se multipliaient bientôt de toutes parts, Télectrotliérapie gagnait des prosélytes de plus en plus nombreux, elle devenait une mode, un engouement.
Il n'est pas de médication qui ait excité plus d'enthousiasme à ses débuts, qui ait fait concevoir plus d'espérances. L'histoire de l'électricité curative est d'autant plue intéressante à connaître que, pendant longtemps, cet agent mystérieux n'a été considéré que comme une curiosité de la nature, et qu'il a fallu attendre plusieurs centaines d'années, avant qu'on ait reconnu le parti qui pouvait être tiré de cette force dont la puissance commence à peine à se révéler.
Plusieurs siècles, en elfet, séparent Thaïes de Milet,qui(lécouvraitla propriété qu'acquiert l'ambre frotté d'attirer les corps légers, d'Otto de Guericke, bourgmestre de Magdebourg, qui construira la première machine électrique. Il faudra arriver jusqu'en 1730, pour enregistrer une expérience vraiment physiologique
Grey et Wehler venaient de découvrir que certains corps livrent passage à l'électricité, tandis que d'autres s'opposent à sa transmission : ainsi furent séparés les corps en bons ai mauvais conducteurs.
Un peu plus tard, le 8 août 1730, la date est mémorable, Etienne Grey suspendait un jeune garçon, dans une direction horizontale, à des cordons de soie, taudis qu'il on appliquait les pieds à un tube de verre fiolté : il vit la tcte du jeune homme attirer des corps légers, à la distance de huit à dix pouces: la preuve était faite que le corps isolé avait reçu le fluide électrique du tube et se trouvait réellement électrisé.
Quatre années après, Du Fay, le prédécesseur de BufTon à l'intendance du Jardin des Plantes, répétait l'expérience précédente, au moyen d'une plus forte machine. Du Fay, s'étant placé sur une plate-forme, soutenue par des cordons de soie, se faisait toucher, ainsi isolé, sur diverses parties du corps, avec un tube en verre, préalabiement frotté avec de la laine. Lorsqu'il était sudisamment chargé d'élec-
tricité vitrée, son élève, le jeune abbé Nollet, tirait de vives étincelles, en approchant son doigt des jambes de son maître.
Dès ce moment se laissaient pressentir, dans un avenir prochain, les applications de l'électricité à la médecine. Avec des conducteurs plus puissants, des machines mieux établies, on pouvait espérer que Fart de guérir tirerait bénéfice de Texpérience de Du Fay et Nollet.
Sur les indications du docteur Krûger (d'Helmstadt), qui avait appelé l'attention des médecins sur ce point, Tun d'eux, Kratzenstein, de Halle, avait, en 17/i/i, la bonne fortune de guérir, à l'aide de Télectrisation par étincelles, une femme atteinte de paralysie du petit doigt.
En 17/16, le condensateur connu sous le nom de bouteille de Leyde est découvert (1). Le nouvel appareil est complété, pour l'usage médical, par l'Anglais Thom.as Lane qui, par l'adaptation de son électromètre, rend l'instrument plus pratique, en permettant de limiter l'intensité de la décharge.
En possession de la machine électrique et de la bouteille de Leyde, les physiciens pouvaient légitimement espérer faire de rapides progrès dans la science qui venait de naître (2)
En 17A6, Nollet, Morand et Lassone s'enhardis-
(1) Par Musschenbroek, Cuneus et Allaman.
(2) V. aux Pièces justiflcalives, la note M (analyse d'une cor
sent à électriser des paralytiques; presque au même moment, Jacob-Hermann Klyn guérissait, à l'aide d'étincelles et de petites secousses électriques, une femme paralysée, depuis deux ans, des deux bras. Le résultat fut des plus encourageants.
L'expérience allait être reprise dans des circonstances meilleures. Au mois d'avril 17/i8, le comte d'Argenson, ministre de la Guerre, donnait l'ordre au gouverneur des Invalides, M. de la Courneuve, de tenir à la disposition des trois expérimentateurs sus-nommés un local approprié, et de leur laisser choisir les soldats paralysés qu'il leur conviendrait de soumettre à un traitement.
On choisit trois sujets, dont l'état fut constaté par écrit, en présence du premier médecin et du chirurgien-major de l'hôtel royal des Invalides, qui assistèrent aux expériences.
Le premier, un soldat, âgé de quarante-neuf ans, était paralysé de toute la moitié du corps, du côté gauche, depuis trois ans, à la suite d'une blessure du côté droit de la tête. Le second, âgé de vingt-sept ans, était paralysé de tout le côté droit, à la suite d'un coup de feu qui lui avait crevé l'œil gaucho. Le troisiènie, âgé de quarante-huit ans, était paraysé de tout le côté gauche depuis dix-sept ans (1).
respondance inédite, relative aux premières étapes de l'électrolliérapie).
(|) Cette paralysie avait commencé par une faiblesse (|ue Iç
Ces malades furent électrisés tous les jours, deux heures le matin et deux heures le soir : l'un des sujets, pendant huit Jours seulement^ parce qu'il fut reconnu que ses -i; ^culations étaient ankylosées et qu'en raison de cette circonstance, les médecins jugèrent son affection incurable ; un autre fut soumis aux étincelles quarante jours ; le troisième, pendant cinquante. L'amélioration ne s'étant pas manifestée au bout de ce temps, jugé suffisant, l'expénence fut abandonnée.
Cependant, paraissait, à la même époque, le livre (1), où Jallabert (de Genève) exposait les résultats de sa pratique. 11 y relatait son cas fameux de guérison d'un nommé Noguès, maître armurier, devenu paralytique à la suite d'un coup porté à faux, en forgeant une barre de fer. Ce coup l'avait jeté à la renverse, sans connaissance et sans mouvement pendant quelques instants.
L'affection datait de cinq ans, lorsque Jallabert entreprit de guérir celui qui en était atteint; il y serait parvenu, après l'avoir électrisé depuis le 26 décembre i7/i7, jusqu'au 28 février suivant. Coïncidence sine-ulière : le malade fut complètement déli-
malade ressentit dans les membres et qui s'accrut jusqu'à pro- ^' duire la perte complète du mouvement, sans qu'il y ait eu perte de connaissance au début.
(1) Le titre était le suivant: Expériences sur Véleclricilé, avec quelques conjectures sur la nature de ses effets.
vré, du môme coup, des engelures qui Tincommodaient chaque hiver depuis plus de quinze ans. Jallabert explique la chose, en faisant observer que les engelures sont causées par l'engorgement sanguin des vaisseaux cutanés, et que Pélectrisation, produisant l'aceélération du cours du sang, devait amener cet heureux résultat.
La publication de Touvrage de JanaDert produisit une vive sensation dans le monde scientifique. L'Académie des Sciences recevait, presque en même temps, par l'intermédiaire de Mairan, une communication de Sauvages, de l'Académie de Montpellier, qui annonçait les bons effets de l'électrisation chez un paralytique, « dont le bras atrophié pendoit sans mouvement et qui trainoit une jambe sur laquelle il ne pouvoit se soutenir ». Sous l'influence du traitement, le bras avait repris ses mouvements, la maigreur en était beaucoup diminuée et le sujet marchait sur sa jambe bien mieux qu'auparavant.
Ce fut un véritable exode de paralytiques et d infirmes de toute nature vers la Provence et, en particulier, vers Montpellier. Il y eut nombre de mécontents, « parce que l'affluence de paralytiques, de pauvres, d'estropiés et de malades de toute espèce était si grande, que les uns n'ont pu être électrisés qu'un peu et les autres, point du tout. Chaque jour, pendant deux ou trois mois environ, vingt sujets approchaient le soir après-midi de la machine élec-
trique ; les succès tenaient si fort du prodige que, tant à Montpellier qu'aux environs, la populace et les femmelettes qualifiaient de magie les opérations de la vertu électrique... »
En 17Zi9, Deshais (d'Orléans) soutenait, devant la Faculté de Montpellier, sa thèse : Applicaïlon de léleclricité pour la gucrison de F hémiplégie (i), où sont consignées les ohservations de son maître Sauvages et les résultats qu'il avait obtenus.
Peut-être sera-t-on curieux d'apprendre comment on opérait à cette époque, du moins comment furent conduites les expériences de contrôle instituées par l'Académie des Sciences.
On faisait asseoir les malades sur une planciie susptindue avec des cordons de soie, et Ton soutenait les pieds avec des gâteaux de résine^ ou avec des espèces d'étriers attachés à la planche qui leur servait de siège ; on leur entourait le corps d'une chaîne de fer, dont un bout répondait au globe de verre par le moyen duquel on développait rélectricité. On soutenait dans une situation commode et non gênée, par le mo3^en d'une bride ou d'un ruban de soie, le membre sur lequel on voulait opérer et, comme il était nu, on avait soin d'y entretenir un degré de chaleur suffisant, non seulement par celle du lieu où Ton avait allumé un poele, mais encore par de fré^
(l) La thèse est en latin cl le litre véritable est le suivant: /)e hemipleifia per eleclricilalem curanda (Montpellier, 1749],
qiientes frictions que Ton faisait avec de la flanelle bien chaude.
Tandis que le malade recevait de rélectricité du globe de verre, on tirait continuellement des étincelles, en suivant la direction des muscles extenseurs et fléchisseurs des parties dont on voulait ranimer le mouvement: on se servait, pour cela, d'une clef de porte dont on présentait l'anneau. Quand on avait tiré des étincelles pendant un certain temps, on soumettait le malade à l'expérience de Leyde, en lui faisant tenir d'une main le vase de verre qui contenait l'eau, et en conduisant la main paralytique avec un cordon de soie, jusqu'à la tringle de fer ou à la clniîne d'où l'étincelle devait partir; ce que l'on répétait cinq ou six fois quand le malade voulait bien le souffrir; car, dans le cas où l'électricité était forte, il avait peine à soutenir deux ou trois de ces secousses (1).
En même temps qu'en France, les recherches se poursuivaient dans d'autres pays. En 17/i7, avait paru à Lucques, sous ce titre : Délia elellricila medica liltera, etc., une lettre sur l'électricité médicale, qui fut traduite en 1750 de l'italien et adressée par
(1) Coup (Tœil sur l'histoire de iéleclrolherapie, par Léon Ar- DouiN. Thèse de Paris, 1878. Outre cet excellent travail, nous avons consulté ïllisloire de iéleclricilé, de Tabbé ^Iangin, les Éludes sur l'éleclriciié, de BECKENSTEiNER,Ie Traité de l'éleclricilç Ifléorique et pratique, de A. de Lahive, etc., elç,
2r>6 MARAT INCONNU
M. Pivattî, membre de l'Académie de Bologne, a M. Zanotti, secrétaire de ladite Académie. Pivatti électrisait ses malades à l'aide d'un tube de verre, dans lequel il enfermait certaines substances médicamenteuses.
Un autre Italien, Bianchi, de Turin, consignait les faits les plus extraordinaires : le 15 mai 17/i8, un homme de trente-cinq ans, paralysé du bras gauche depuis douze ans, dès la première électrisation levait son bras et touchait son visage.
Un professeur de philosophie se faisait électriser tenant à la main un petit morceau de scammonée, et il ressentait presque immédiatement des coliques suivies de trois évacuations.
Trois étudiants en médecine se faisaient électriser à leur tour, l'un d'eux tenant à la main une fiole contenant deux gros de baume du Pérou : l'odeur du baume s'attachait à leurs mains, à leurs habits, et persistait plusieurs jours durant.
D'autres travaux paraissaient qui revêtaient un caractère plus scientifique.
En 1751, était publiée, à Prague, une aissertation latine sur l'utilité de l'électrisation pour la cure de certaines maladies (1).
Cette dissertation comprend quatre chapitres : le premier, traitant des effets de la force électrique
(1) De utililale eleclrisationis in arie medica (Prague, 1751).
dans les différents corps ; le second, exposant les affections justiciables du nouvel agent; le troisième, indiquant la manière d'appliquer le remède ; le quatrième, enfin, rappelant divers exemples de guérisoa obtenues à Padoue, Venise, etc. L'auteur, M. i>oahdscb, conclut que Télectricité doit faire dorénavant partie de la médecine et être mise en œuvre dans le traitement des maladies ; qu'elle augmente à coup sur la transpiration naturelle, comme l'avait nettement mis en évidence l'abbé NoUet ; qu'elle est propre à la guérison de l'bémiplégie, pardessus toutes les autres maladies; et que, parmi celles-ci, la fièvre intermittente était de celles qu'on pouvait guérir radicalement pai" l'électrisation.
Tour à tour, on proposera l'électricité contre la sciatique, contre la goutte, etc. En 1755, on verra de Haen, médecin célèbre de Suède, la recommander pour les tremblements du corps, les éblouissements, la danse de Saint-Guy ; à l'en croire, elle rétablissait même le cours des règles !
Mais c'est dans la paralysie qu'elle restera la médication dechoix (1). Toutefois, en 1757, les Hollandais Bikker et van den Bos prouvent que, outre le cœur, outre les grosses artères^ d'autres vaisseaux, plus petits, se contractent, chez les animaux vivants, sous l'influence de l'étincelle électrique. Schœffer et
(1) Cf. le Journal de médecine, t. LXI, 251.
Nebel relatent, de leur côté, plusieurs observations de guérison de tumeurs tenaces, de douleurs rhumastoïdes et goutteuses, voire de paralysie du nerf optique, grâce à l'électricité. Le docteur Watson prétend avoir guéri un cas de tétanos en janvier 1763. Nous arrivons à l'année 177*2 : à cette date, l'abbé Sans (1) publie son ouvrage sur « la guciison de la paralysie par l'électricité )>. Dans cet ouvrage, dédié à Mgr le maréchal duc de Noailles, l'auteur expose la méthode qui doit être suivie. Dans l'épitre dédicatoire, il nous révèle que « le 9 septembre 1768 est le premier jour qu'on a vu appliquer l'élcctrisation pnre et simple pour la guérison delà paralysie, dans la ville de Perpignan. Jusqu'à celte époque, on n'avait essayé l'électricité sur les paralytiques, qu'accompagnée de plusieurs commotions qu'on leur Taisait
(1) L'abbé San?, un des adversaires malmenés par Marat, mérite plus qu'une simple mention. Ancien professeur de physique à Perpignan, il était devenu à Paris un des électiolhérapeutes les plus en vue et les plus estimés. On ne peut dire qu'il fut irréprochable : grand faiseur et un peu ti'op ami de la mise en scène (déjà!), il avait imaginé des méthodes compliquées d'électrisation avec massage, avec poids et contrepoids, etc. Mais l'ablié Sans a des litres plus recommandables à être considéré comme un précurseur. A travers ses expériences fantaisistes, il faisait preuve de grandes qualités d'observateur. Par exemple, il avait très bien constaté et décrit le transferl de la paralysie hystérique, lequel a été découvert à nouveau de nos jours. Mauduyt cite son nom avec déférence. (Note du docteur ViGOUPQUX, dans la Chronique médicale, du 15 juillet 1899.)
subir ». A la fin de l'ouvrage se trouve la réimpression de la Giiérison par l électricité^ par M. Marrigués, maître en chirurgie, laquelle parut en 1773.
L'année précédente, un physicien de Genève, dont a parlé Voltaire (i), et qui ne s^aurait être Jallabert, mort depuis quatre ans, mais vrtdsemblablement un de ses élèves, faisait, pour guérir la goutte sereine par l'électricité, des expériences semblables à celles d'aujourd'hui, mais toutefois avec moins de succès. L'abbé Sans emploiera plus tard, contre l'amaurose, les commotions électriques, qu'on remplacera par le galvanisme (2).
En 1777, la Société royale de médecine, désireuse de s'éclairer sur la question de l'électrothérapie, nommait une commission, qui comptait, parmi ses membres les plus actifs, Mauduyt, Fourcroy et Halle. On se réunissait chez Mauduyt, qui s'occupait, depuis longtemps déjà, d'électricité, et, à chaque séance, on dressait un procès-verbal, signé par tous les présents. Franklin, de passage à Paris, ne manqua pas de suivre lèse xpériences, conduites avec beaucoup de soin par ceux qu'en avait chargés l'Académie.
Le nombre des malades ainsi traités fut de r>u, dont 51 paralytiques, 5 atteints de stupeur et d'en-
(1) Lettre de Voltaire à Mme du Deffand, 5 juin 1772.
(2) Cf. le Globe, 1826, V partie, p. 416, cité par Ed. Fourmer, Vieux-neuf, III, 636, note 2.
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goiirdissement, 8 de rhumatismes, 9 affligés de surdité, Il d'amaurose et 3 d'aménorrhée. Mauduyt commençait par le bain électrique et, au bout de quelques jours, recourait aux étincelles. Dans les paralysies partielles, il ajoutait des commotions graduées avec la bouteille de Leyde. Chaque séance durait environ une demi-heure; il y avait une séance, quelquefois deux par jour.
Les résultats furent contradictoires (1) ; tandis que les uns étaient guéris, ou améliorés, les autres ne furent aucunement soulagés. 11 n'en ressortait aucun enseignement précis, le problème restait à l'étude.
Très sagement, Halle fît appel à tous les médecins, les invitant à publier leurs revers, comme leurs succès, afin de savoir le crédit qu'on devait accorder à la médication nouvelle. Pour lui, ses efléls n'étaient qu'éphémères et son emploi ne devait pas exclure les traitements internes, dont elle était, en des circonstances données, un auxiliaire précieux. Il recommandait d'administrer avec la plus grande prudence ce remède d'une énergie rare, et qui pouvait devenir dangereux entre des mains inhabiles.
Dès 1777, Tibère Cavalio, dans son traité complet d'électricité, traduit en français par Tabbé de Silvestre, exposait très minutieusement la technique des manœuvres électriques, conseillant de ne jamais arri-
(1) V. le travail, déjà cilé, d'Ardouin, pp. 25 et suiv.
ver à lin degré de force qui pût les rendre désagréables ou fatigantes.
Deux ans plus tard, paraissait le mémoire (1) de Tabbé Bertholon, que couronnait l'Académie de Lyon, le 7 décembre 1779 ; ce mémoire amplifié devenait l'ouvrage magistral intitulé : De VEleclriciié du corps humain dans Vélal de santé et de maladie {\7S0).
Bertholon divise toutes les affections morbides en deux grandes classes : celles qui sont occasionnées par une surabondance d'électricité ; et celles qui proviennent d'une diminution dans la quantité normale d'électricité naturelle : en d'autres termes, les maladies tiennent à la présence de l'électricité positive, ou à celle de l'électricité négative.
Bertholon traitait les maladies de peau par Télectricité positive, parce qu'elle augmente la transpiration, dégage les pores et entraîne au dehors les humeurs acres. Il revendiquait, comme lui appartenant en propre, l'idée d'avoir employé le premier Télectricité négative ; ce qu'il se proposait de montrer « par des preuves publiques ».
Si le système de Bertholon eut des partisans décidés, il rencontra des détracteurs non moins passionnés. Marat ne fut pas le moins ardent, parmi ces derniers.
(1) Sous le titre de: Quelles soni les maladies qui dépendent de la plus ou moins grande quantité de fluide électrique dans le corps humain et quels sont les moyens de remédier aux unes et aux autres ?
MARAT ELECTROTIIERAPKUTE
L'Académie royale des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Rouen avait mis au concours, en 1783, la question suivante : « Jusqu'à quel point et à quelles conditions peut-on compter, dans le traitement des maladies, sur rélectricité tant positive que négative ? » C'était un sujet de brûlante actualité (1).
^1) En 1782, avait été soutenue, devant la Faculté de Lyon, une dissertation inaugurale, sur l'applicalion de l'électricilé à l'art de guérir, in-8 de 163 p., par Jean-Baptiste Bonnefov, de Lyon, pour son agrégation au Collège royal de chirurgie. On trouve, dans cette thèse, le résumé des travaux parus à cette époque sur la matière, entre autres, pour ne citer que celui dont nous n'ayons pas encore fait mention : le Précis hislorique et expérimental des phénomènes électriques, de Sigaud de la Fond (1781). Dès 1776, la même Académie de Lyon avait fondé un prix, qui fut attribué, cette année-là, au lra.vail de Thouri : De l'Influence de rélectricité sur le corps humain: ce travail fut imprimé dans le cahier de juin 1777, du Journal de Physique^ de l'abhé Rozier.
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JLAN-PALI. -MAIlAl.
(D'opi'^s une estninpe de I^lanrlianl.)