LE BEAU-FRERE DE MARAT
Une des sœurs de /'.4m/ du Peuple était mariée 5 un nommé Olivier, qui s'occupait d'histoire naturelle. Cet Olivier s'était fait une spécialité dans l'art de conserver les insectes et plus particulièrement, les chenilles et les araignées. Il s'autorisa de sa parenté avec le révolutionnaire, pour solliciter un poste d"aide-naturaliste au Muséum de Paris.
A cet efTet, il demanda et obtint la recommandation du résident de Genève, J.-L. Soulavie, qui s'entremit en sa faveur auprès du ministre de l'Intérieur, le citoyen Paré; tandis que la femme d'Olivier envoyait à Daubenton une boite renfermant des insectes, préparés par son mari et que LamarcR et GeolTroy furent chargés d'examiner.
Dans le rapport qu'ils adressent au ministre, les deux professeurs se déclarent prêts à accorder la place d'aide-naluraliste à l'époux « de la sœur de /'Arnz du Peuple, de l'homme qui a défendu ses droits avec tant de courage et qui a si bien
servi la cau.-îe de la libcHé »>. Ils sonl tout disposés à donner
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cette preuve <Ie leur dévoucmenL et de leur palriotisnie; encore faudrail-il qu'ils plissent disposeï' des fonds nécessaires à rétablissement de la fonction Bollicilée pur le beau-frère de
Marat. Or, « les fonds pour Tannée courante ne sont point encore décrétés, de sorte que rétablissement est sur le point d'en manquer, dans un moment où il en a un jjesoin le plus urgent, pour sa nouvelle organisation, pour subvenir aux dépenses courantes considéral)lement augmentées par la chéreté {sic) des vivres et de la main-d'œuvre et enfin pour nourrir et soigner plusieurs animaux vivants qui y ont été déposés par ordre de la Commune de Paris». En conséquence, les bonnes dispositions dont était animé le corps des professeurs du Muséum à l'égard du beau-frère de Marat ne pouvaient être que platoniques, puisque l'argent manquait pour fournir des appointements au nouve.au fonctionnaire.
Une semaine sétait à peine écoulée, que le minislro intervenait de nouveau pour ses protégés, déclarant qu'il se contenterait d'un logement dans les bâtiments du jardin. Sans doute lui en avait-on donné la promesse, si nous en jugeons par la lettre de remerciements qu'adressait peu après la femme Olivier àDaubenton. Dans cette épître, d'une orthographe des plus débridées, Mme Olivier, né (e) Marat, annonçait son prochain voyage à Paris.
Mais voici que survient un incident : les professeurs sont bien toujours dans les mêmes dispositions à l'égard d'Olivier, mais les circonstances sont changées : « il n'y a point de ministre, c'est un commissaire » ; il n'est plus question d'un logement au Muséum, on en cherchera un, pour le couple Olivier, « très près du jardin ». Le citoyen Paré n'est plus là, cela se voit, pour détendre ses protégés genevois.
A la date du 12 brumaire an III (4 novembre 1794), une dernière tentative est faite par Olivier Marat auprès du Comité d'instruction publique; il réussit à se faire inscrire sur la liste des candidats à la place vacante d'aide-naturaliste. Lamarck est chargé du rapport, qui est lu à l'assemblée des professeurs dans la séance du 11 nivôse (31 décembre).
Huit candidats étaient en présence, entre autres Cuvier, alors âgé de 25 ans et demi, qui venait de faire ses débuts dans la gcience qu'il devait illustrer.
a Le citoyen Olivier-Marat, disait en propres termes le rapporteur, paraît avoir beaucoup de zèle à recueillir les insectes, et pour peu qu'il soit guidé dans la manière convenable de les préparer, je crois qu'il a beaucoup de moyens pour y bien réussir. On vous a écrit plusieurs fois en faveur de ce citoyen. J'ai été chargé avec Geoffroi de vous faire un rapport sur ses travaux, et ce rapport a été à son avantage. Mais je crois que l'aide-naturaliste que vous allez nommer ne doit pas être uniquement et exclusivement attaché aux insectes; car quoique plus particulièrement subordonné au professeur des insectes et des vers, il est cependant convenable qu'il soit considéré comme attaché à toute la zoologie du Muséum, les aidesnaturalistes selon moi devant pouvoir se suppléer les uns les autres dans les cas de besoin. Ainsi le seul talent de préparer les insectes ne suffit pas pour faire admettre lartiste, surtout s'il se présente un autre artiste qui, préparant les insectes avec la même perfection, sache aussi conserver les quadrupèdes, les oiseaux, les reptiles et les poissons, et rendre à ses animaux leur forme naturelle par son art de les préparer. Or, cet homme, citoyens, s'est trouvé, je veux parler du citoyen Desmoulins.., »
Desmoulins fut donc préféré à tous ses concurrents et conserva ses fonctions jusqu'au 17 novembre 1803, date de son décès. Quant au beau-frère de Marat, on n'en entend plus par 1er. La boussole politique avait tourné, il jugea prudent de st faire oublier. (Bibl. : Les Débuis de Lamarck, ^tar le docteur E.-T. Hamy; la Chronique médicale, lô juillet 1899; Bibliothèque de l'institut. Manuscrits, fonds Cuvier. carton I, liasse 17<î, pièces 7 et 8.)
500 MARAT INCONiNU
PLAINTE PAR M. M\RAT CONTRE M. LE COMTE DE ZABIELO ET AUTRES (l)
Du 27 Xb^" 1777.
L'an Mil sept Cent soi:çante dix sept, le samedy vingt sept décembre dix heures du soir en notre hôtel et par devant nous Antoine Joachim Thiot conseiller du Roy commis""" au chalelet de Paris est comparu Jean Paul Marat docteur en médecine et médecin des Gardes du Corps de Monseigneur le Comte d'Artois dem* à Paris, rue de Bourgogne fauxbourg S' Germain paroisse S' Sulpice.
Lequel nous a rendu plainte contre M. le Comte de Zabielo Polonais de Nation dem' à Paris rue Coq héron holel du Parlement d'Angleterre garny contre M' Darnouville dem' à Paris, contre le S' Darbel demeur' aussy en celte ville et le X« Flamant domestique de la D* Courtin cy après nommée et nous a dit que s'étant rendu ce jour d'hui à sept heures du soir chez la D" Courtin, rue neuve S^ Roch qu'il traittait depuis neuf semaines d'une maladie de poitrine pour lui faire sa visitte de médecin comme de coutume il a trouvé dans l'antichambre M. le Comte de Zabielo qui au lieu de le laisser entrer dans la chambre de la malade l'a fait passer dans une autre pièce où l'ont immédiatement suivi le sieur Darnouville et Darbel et qu'à peine assis mon d. S' Comte de Zabielo a commencé à lui faire des reproches sur l'état de la malade quoiqu'il soit beaucoup amélioré depuis qu'il la soigne et sur les frais de la Cure quoi qu'il soit du au comp'
(Ij Archives yul'onnles, Y 13795. Le t^xte donné par M. J. Clarelie, dans Uuines el Funlômes, p. luO, est fautif par en(h-uils et il y a des mots omis.
PIJXES JUSTIFICAÏIVLS 501
vingt sept Louis pour ses honoraires; que des reproches le Comte de Zabielo est passé aux injures, qu'il a traitté le comp' de Charlatan, que lui comp' s'étant levé a répondu qu'il étoit surpris qu'on l'eut fait venir pour l'insulter et qu'il netoit point fait pour souffrir de pareils procédés sur quoy mon d. S"- De Zabielo lui auroit porté un coup de poingt sur la tète, qu'au même instant il s'est trouvé assailli par ledit Sieur De Zabielo Darnouville et Darbel qui l'ont frapé sur la tète et lui ont arraché beaucoup de cheveux et lui ont fait des marques de leurs violences au doigt et sur la lèvre inférieure, en effet nous avons apperçu de petites excoriations l'une au petit doigt de la main gaudie et l'autre au visage sur la lèvre inférieure du plaignant, qu'il n'est parvenu à se dégage.' qu'en mettant l'épée à la main pour les repousser qu'à l'instnnt il sest senti saisir le bras par eux quy ont sauté sur la lame de son épée quils ont cassée, que dans un moment aussy critique il auroit crié à son laquais qui étoit resté dans l'antichambre à moy, Dumoulin, on m'assassine, que son laquais entendant le bruit étoit accouru et voulut entrer, mais le d. Flamant l'en vouloit empescher que de suitte ce dernier s'est joint aux d. Sieurs de Zabielo Darnouville et Darbel en disant laissés moi faire, M. le Comte, j'aurai bientôt fait son affaire ; que le plaignant livré à leur fureur s'étoit vigoureusement deffendu et qu'à l'aide de son Inquais qui crioit sans cesse aux assaillants ne le tués pas, il s'étoit enfin débarrassé, qu'en se retirant il avoit été poursuivi et assailli de nouveau par le d. S'^ Darnouville dont il s'étoit dégagé avec la poignée de son épée que parvenu à gagner la rur il s'étoit rendu chez luy pour examiner l'état de sa tète où il sentoit de vives douleurs et où il a vu les signes de violences cy dessus énoncés et de là chez nous pour, des faits ci dessus circonstances et dépendances, nous rendre la présente plainte contre les d. De Zabielo, Darnouville, Darbel, Flament et autres leurs complices fauteurs et adhérents, que comme homme public il dénonce au Ministère de M' le procureur du Koy attendu que les fonctions du plaignant l'engagent à prêter ses secours à qui-
502 MAHAT INCONNU
conque en a besoin et doit avoir toute seureté à cet égard remettant la dessus ga vengeance au Ministère public, nous requérant acte du tout que nous lui avons octroyé et a signé avec nous.
Jean-Paul Marat Thiot (1).