‹ MaratChapitre 1 sur 92 · I. — L’Homme · texte numérisé non relu

I. — L’Homme

La biographie de Marat reste encore à écrire malgré quelques tentatives heureuses compromises par les passions politiques.

Il n'existe pas de jugement impartial sur cet homme qui est l’incarnation de, certaines théories révolutionnaires. Ou « Monstre » ou <i Ami du peuple »,'~ou le plus sanguinaire des démagogues, ou le seid apôtre sincère des revendications et de la justice démocratiques ! Point de place pour un examen équitable qui tiendrait compte à la fois et des connaissances scientifiques indéniables de Marat et de son idolâtrie ombrageuse pour la cause populaire, et qui noterait soigneusement les circonstances extraordinaires au milieu desquelles il s’est trouvé ainsi que le milieu, surchauffé où il a vécu.

Aussi convient-il de di e que nombre de documents nous font défaut : de sa jeunesse, par exemple, nous ne savons à peu près rien, sauf ce qu’il a bien voulu nous en apprendre lui-même.

Le père de Marat, d’origine sarde, ayant abjuré le catholicisme, se retira à Genève 'vers 1740. Puis, on ne sait trop pour quelles causes, il quitta la ville et se réfugia à Boudry près de Neufchâtel. G' est là que naquirent Jean Paul Marat (1743) et l’aînée de ses sœurs, ,

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:^OTICE SUR MARAT

Aucun reiiselgn&meiU sur sa jeunesse qui fut entourée des soins d'une mère tendre et dévouée, au souvenir de laquelle il s'émeut lui-même. Venu, en France, probablement pour compléter scs études médicales, il séjourne à Toulouse, à Bordeaux, à Paris; il passe ensuite en Angleterre où il fait paraître un travail sur le traitement d'une maladie des yeux (Essay on a singular diseasc of the eyes) et un ouvrage philosophique A philosopliical Essay on Man (1773) qu'il traduira en français deux ans plus tard sous le titre : De l’iiomme ou des principes et des lois de l’iiifluonce de l’âme sur le corps et du corps sur l’âme.

C'est aussi en Angleterre que commence sa carrière politique. Témoin des vices de la constitution anglaise, il veut mettre le public en garde contre l'influence du roi sur la Chambre des Communes et sur la Chambre des Lords. Il propose de retirer à la couronne la nomination des députés et d'exclure du Parlement tout citoyen tenant une place .quelconque de la faveur royale. Cette horreur du despotisme fut le motif de son ouvrage les Chaînes de l’Esclavage (The Chains of Slavery) paru à Londres en 1774. Il se heurta, raconte M. Chevrernont, à des difficultés de publication, le ministère anglais ayant acheté imprimeur et éditeur. Entouré d'espions, sa correspondance interceptée, Marat, après avoir fait présent de son livre aux sociétés patriotiques du nord de V Angleterre, pour dépister les recherches, gagne la Hollande et revient à Londres. Néanmoins le ministère parvint à retarder la publication de l’ouvrage jusqu'à la fin des élections. En reconnaissance de ses services, les Sociétés patriotiques anglaises rendent hommage à son civisme ; la franc-maçonnerie l'accueille dans son sein et l’ Université de Saint- André d'Ecosse, en considération de ses talents de médecin, lui confère le grade de docteur.

Rentré en France, après avoir donné l’Homme, ce qui lui attira les railleries de Voltaire, il se livre à l'étude de la physique et rédige divers mémoires sur le feu, l'électricité et la lumière. Il y attaque Newton et bat en brèche les opinions reçues à l'Académie des Sciences.

En 1783, V Académie'de Rouen ayant mis ati concours une question sur l’emploi de l'électricité en médecine, le travail de Marat est couronné.

En 1785, lors de la mort de Pilâtre de Rozier dont le baUon

Triomphe de Marai' (estampe du temps).

NOTICE

prend feu f^ans les airs, Marat tente une ingénieuse explicaliore ^Lettres del’obsemtei'r Bon-Seus); à la même époque,iltermdwiU une traduction de F Optique de N-ewtojL.

Marat semblait donc s’être consacré définitivement aux sciences ; devenu médecin des Gardes du Corps du comte d’Artois, auteur de travaux sur la médecine et la physique, son nom était honorablement cité si ses théories soulevaient la discussion, comme semblerait le prouver une anecdote, d’ailleurs fort suspecte. L’académicien Charles, dans une séance publique au Louvre, s’étant livré contre Marat à d’âpres attaques, celui-ci, dédaignant le^ leçons de physique de son antagoniste, prétendit en revanche lui donner une leçon de politesse. De part et d’autre on tire l'épée, on croise le fer... Marat atteint à la cuisse, s’affaisse.

Nous sommes en 1788, la Révolution commence. Marat, qui probablement a suivi avec passion les premiers mouvements, quoique malade et alité, rédige son Oiïraade à la patrie, hymne d’espérance auquel il joint un appel à l’union et| à la prudence en même temps qu’il jette les premières bases d’une constitution libre et sage. Datis le Supplément à l’Offrande à la patrie (1789) Marat démontre que la félicité publique repose sur trois principes : aux sujets des droits sacrés, à l’Etat des lois inflexibles, au gouvernement des barrières insurmontables.

Mais déjà, lors de la prise de la Bastille, apparaît tout entier le caractère soupçonneux de Marat qui ne voit partout que trahison.

Les vainqueurs, ivres de joie, auraient été égorgés au milieu de leur triomphe, si lui, Marat, n’avait courageusement mis à nu les noirs desseins de deux régiments allemands, au service de la royauté, qui s’ apprêtaient à fusiller la foule.

Son activité d’ailleurs ne va plus se ralentir : chaque jpur Paris verra éclore un numéro, de journal, un placard, un ouvrage où Marat, toujours prompt à l’attaque, maudit, voue à l’exécration, dénonce et condamne.

Le Projet de déclaration des Droits de l’iiomnie et du Citoyen est une critique du pacte social, des pouvoirs exécutif et judiciaire et des .municipalités.

En mê)ne temps paraissent les premiers exemplaires du Publiciste Parisien (septembre 1789) qui, à partir du sixième numéro, prend le nom ci’Ami du Peuple, ce fameux journal qui suivra pas à pas les événements révohttionnaires, les comment

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