SUR MAR-VT
Ura toujours dans un sens défavorable, poussant sans cesse aux solutions extrêmes, voyant dans presque tous les représentants du peuple des traîtres à la patrie, vilipendant Necker, Gondorcet, Pétion, prêchant le crime et la révolte, effrayant ses propres partisans par la véhémence de scs attaques. *
Pendant des années, ce sera donc une lutte acharnée du pouvoir contre Marat ; le premier, redoutant sa popularité et n'osant l’arrêter, le second passant sa vie dans les caves, rédigeant, imprimant, vivant misérablement, toujours hargneux, toujours prêt à se retourner et à mordre.
Ayant poussé à la prise d’armes des 5 et octobre (1789) où le peuple alla chercher à Versailles « le boulanger, la boulangère et le petit mitron », tua quelques gardes de corps, envahit le château et ramena à Paris la famille royale, il est décrété de prise de corps. Ses amis le font évader. Des folliculaires sans scrupule s’ emparent en son absence et du journal et du titre; c’est ainsi que la collection de TAnii du peuple contient un certain nombre de faux numéros que l’on doit écarter avec soin. Bientôt Marat reprend la direction de sa feuille : tantôtril attaque Necker et son emprunt, tantôt la loi martiale contre les attroupements, tantôt la loi qui enrôle les français pour quatre ans. Revenu à Paris, il voit ses presses saisies : malgré toutes ces entraves, il continue ses invectives contre tous et contre tout. Marat devient une puissance avec laquelle le gouvernement doit compter ; les précautions qu’on emploie pour procéder à son arrestation nous sembleraient presque incroyables n’était l’attestation d’un contemporain, le royaliste Montjoie : « Lafayette chargé de l’arrêter, nous dit-il, fit d'abord ■marcher contre Marat une armée de six mille hommes, et fit poin 1er à toutes les avenues des rues qui avoisinaient sa maison deux pièces d’artillerie. Cette guerre est si extràordinaire que si je n’en avais pas été témoin moi-même, je n’y croirais pas. Comment concevoir en effet que le héros des deux mondes déployât des forces si formidables contre un nain qui n’avait pour armes que sa plume ? » ^
Peu après, il est forcé de s’exiler en Angleterre. Revenu en France, il recommence ses attaques et l’Ami du Peuple ne suffisant plus, il fo)ide le Junius français, spécialement chargé de divulguer les sourdes manœuvres des ennemis de la Révolution et qui d’ailleurs disparaît bientôt.
NOTICE
Dans cet apostolat il trouvera des amis, des protecteùrsi des soutiens et des encouragements ; une actrice du Théâtre français, Mlle Fleury le sauve un jour où on allait l’arrêter. Plus tard il trouvera asile chez Simone Evrard.
« Il fallait le voir, dit un contemporain, traqué de réduit en réduit, souvent dans des lieux humides où il n’avait pas de quoi se coucher. Rongé par la misère la plus affreuse, il couvrait son corps d’une simple redingote hleue et sa tête d’u7i mouchoir, hélas ! presque toujours trempé de vinaigre ; une écritoire dans sa main, quelque chiffon de papier sur ses genoux, c’était sa. table ».
C’est pourtant au milieu de cette vie. agitée et sans repos qu’il conçoit et rédige son Plan de législation criminelle dans lequel il examine les principes fojidameniaux d’wie bonne législation, la nature et la force des preuves de V instruction judiciaire, enfin la manière de les obtenir sans porter atteinte à la liberté et à la justice dues à l’individu.
2Iais arrive la fusillade du Champ de Mars : le 17 juillet 1790, les patriotes ayant déposé sur l’autel de la patrie une demande de déchéance co7itre Louis XVI, la loi martiale est appliquée.
C’est le signal d'im mouvemeiit réactionnaire. Les éditions de TAmi du Peuple sont saisies, les formes brisées, le propriétaire de l’imprimerie jeté en prison. Marat s’enfuit de nouveau à Londres. (1791)
Après trois mois de silence, il envoie à Paris le prospectus de Z’Ecole du Citoyen, lim-e où se trouvaient reproduits les articles les plus saillants de Z’ Ami du Peuple. Le club des Cordeliers dont il était membre se chargea de la distribution.
Revenu en cachette, il trouva aide et secours rue Saint-Honoré chez Simone Evrard qui mit à sa disposition toutes les ressources qu’elle possédait et s’attacha à sa fortune.
Celle qui fut « la veuve Marat » et qui lui resta fidèle après sa mort, conservant sa mémoire et défendant son nom, n’a pas été épargnée par les adversaires de Z’ Ami du Peuple. On n’a pas cramt de la comparer, elle qui souffrit sans se plaindre et vécut de façon misérable, « à une de ces femmes vendeuses de liberté qu’tine loi sage défend d’avouer pour épouse ». C’est pure calomnie : retirée à Paris dans une petite chambre, liée d’une étroite amitié à Albertine Marat, la sœur de celui qu’elle s'était choisi, elle
SUR JIARAT
vit
luUa courageusement pour la vie. Lu famille de Marat ne fit d'ailleurs jamais difficulté pour reconnaître qu'elle lui était rcdcvahlc des dernières années du fo^igueux révolutionnaire qui sans elle serait mort d'abandon et de misère. Nul doute d'ailleurs que Marat ne l'eût épousé ainsi qu'en fait foi un document.