DE LA SUPERSTITION
les hommes dans sa charité ; elle lève les barrières qui séparent les nations ; elle réunit tous les chrétiens en un peuple de frères. Tel est le véritable esjnit de l’Evangile.
La liberté tient à l’amour de la patrie ; mais le règne des .chrétiens n’est pas de ce monde ; leur patrie est dans le ciel, et pour eux cette terre n’est qu’un lieu de pèlerinage. Or. comment des hommes qui ne soupirent qu’après les choses d’en haut, prendraient-ils à cœur les choses d’ici-bas ? Les établissements humains sont tous fondés sur les passions humaines, et ils ne se soutiennent cpie par elles ; l’amour de la liberté est attaché à celui du bien-être, à celui des biens temporels ; mais le christianisme ne nous inspire que de l’éloignement pour ces biens et ne s’occupe qu’à combattre ces passions. Tout occupé d’une autre patrie, on ne l’est guère de celle-ci.
Pour se conserver libres, il faut avoir sans cesse les yeux ouverts sur le gouvernement ; il faut épier ses démarches, s’opposer à ses attentats, réprimer ses écarts. Comment des hommes à qui la religion défend d’être soupçonneux, pourraient-ils être défiants ? Comment pourraient-ils arrêtir les sourdes menées des traîtres qui se glissent au milieu d’eux ? Comment pourraient-ils les découvrir ? Comment pourraientils même s’en douter ? Sans défiance, sans crainte, sans artifice, sans colère, sans désir de vengeance, un vrai chrétien est à la discrétion du premier venu. L’esjnit du christianisme est un esprit de paix, de douceur, de charité ; ses disciples en sont tous animés, même pour leurs ennemis. Quand on les frappe sur urc joue, ils doivent présenter l’autre. Quand on leur ôte la rol.>e, ils doivent encore donner e manteau. Quand on les contraint i e marc er une lieue ils doivent en mai cher deux. Quand on les persécute, ils doivent bénir leurs persécuteurs. Qu’auraient -ils à opposer à leurs tyrans ? Il ne leur est pas permis de défendre leur propre vie. Toujours résignés, ils souffrent en silence, tendent les mains au ciel, s’humilient sous la main cpii les frappe et prient pour leurs bourreaux. La patience, les prières, les bénédictions sont leurs armes ; et quoi qu’on leur fasse, jamais ils ne s’abaissent à la vengeance ; comment donc s’armeraient-ils contre ceux qui troublent la paix de l’Etat ? Comment repousseraient-ils par la force leurs oppresseurs ? Comment combattraient-ils