‹ MaratChapitre 21 sur 92 · DE LA SUPERSTITION · texte numérisé non relu

DE LA SUPERSTITION

Ou ne saurait réfléchir sur la marche de la puissance du despotisme sans réflécliir en même temps sur la puissance de l’opinion. Que ne peut-elle pas sur les esprits ! C’est elle qui .autrefois faisait frissonner l’intrépide Romain à la vue des poulets sacrés refusant de manger... C’est elle enfin qui, tenant sur nos yeux le bandeau de la superstition, nous plie au joug des prêtres ; et c’est de son pouvoir aussi dont les prêtres se servent pour nous asservir.

Portez vos regards sur les anciens peuples, vous y verrez toujours le prince se donner pour le favori des dieux, Zoroastre promulgua ses lois sous le nom d’Oromaze ; Trismégiste publia les siennes sous le nom de Mercure ; Minos emprunta le nom de Jupiter ; Mercure, celui d’Apollon ; Numa, celui d’Egérie, etc. Toute police a quelque divinité en tête ; et combien de fois un ridicule respect pour les dieux n’a-t-il pas replongé le peuple dans l’esclavage ? Pour rentrer dans la citadelle d’Athènes, dont il avait été chassé, Pisistrate habille une femme en Minerve, monte sur un char avec cette déesse de sa façon et ! traverse la ville ; tandis qu’en le tenant par la main, elle criait | au peuple : « Voici Pisistrate que je vous amène et je vous ordonne de le recevoir. >> A ces mots, les Athéniens se soumettent de nouveau au tyran.

Les princes, il est vrai, ne jouent plus le rôle d’inspirés, mais ils empruntent tous la voix des ministres de la religion pour plier au joug leurs sujets.

Des prêtres crédules, fourbes, timides, ambitieux, font envisager les puissances comme les représentants de la divinité I sur la terre, devant qui le reste des hommes doit se prosterner en silence ; puis confondant l’obéissance aux lois avec la basse servitude, ils prêchent sans cesse, au nom des dieux l’aveugle soumission.

Toutes les religions prêtent la main au despotisme ; je n’en connais aucune toutefois qui le favorise autant que la ; chrétienne. Loin d’être liée au système politique d’un gouvernement, elle n’a rien d’exclusif, rien de local, rien de propre ; à 1 el pays plutôt qu’à tel autre ; elle embrasse également tous S

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