RUINER LES PEUPLES
Pour asservir les perqdes, les princes travaillent à aj)pauvrir leurs sujets riches et corrompus, comme ils ont travaillé à enrichir leurs sujets pauvres et agrestes: ainsi, après leur avoir donné tous les besoins du luxe, ils leur ôtent les moyens de les satisfaire.
Avec des biens au-dessus d’une -condition privée et ks désirs de l’ambition, il est sans doute fort difficile d’être bon citoyen ; mais il est impossible de l’être avec les besoins de la mollesse et les regrets d’une grande fortune. Des hommes corromi)us par l’opidence, soumis par leurs besoins et honteux de leur pauvreté, sont nécessairement faits pour la dépendance et la servitude.
C’est une des maximes favorites du gouvernement que si les peuples étaient trop à leur aise, il serait imj)ossible de les somnettre au joug. Aussi s’attache-t-il à les accabler d’impôts qui découragent l’industrie, ruinent le commerce, détruisent les arts, les manufactures, la navigation. Et comme si cela ne suf&sait jMoint encore, par les divers moyens qu’il emploie pour les fouler, souvent il a recours à Fusure et aux exactions.
Non content de lever des impôts, d’avoir le maniement des deniers publics et de a’at»proprier les terres des vaincus, le Sénat de Rome avait pour maxime de fouler les plébéiens par Fusure. Sous lui, les Gaules étaient accablées d’impôts : telle était la rapacité des procurateurs et des gouverneurs, qu’ils pillaient de toute main ; tandis que les Italiens qui avaient accaparé tout le commerce exerçaient Fusure et prêtaient à de gros intérêts qui absorbaient bientôt le princiiial. Les particuliers n’étaient pas seuls ruinés ; les différentes peuplades
liL'ESEB LES PEUPLES
(lui avaient I)eaucoup emprunté pour acquiter les impôts, se trouvant à la fois obérées par raceumulation des intérêts et foulées par de nouvelles exactions, furent obligées d’aliéner les revenus publies. La continuation des imjwts eu pleine paix, l’excès de l’usure, et les contraintes par corps exercées contre les débiteurs, réduisirent les Gaulois au désespoir et les poussèrent à la révolte. Forcés d’abandonner leurs propriétés pour sauver leur vie, un grand nombre se vendirent en esclavage.
Les monopoles de tout genre sont aussi un moyen auquel les princes ont recours pour ruiner leurs sujets.
Chaque année, le pape envoie des facteurs qui accaparent tout le grain du jjatriiiioine de Saint-Pierre ])Our le revendre deux fois plus cher et a plus petite mesure.
En Russie, l’empereur afferme une nndtitude de tavernes où le peuple va dépenser tout ce qu’il gagne, et telle est la cupidité du pi'ince, qu’il tst défendu aux femmes et aux enfants que ces ivrognes laissent mourir de misère, de venir les en arracher pour aucune raison dans la crainte de diminuer scs revenus. Telle était autrefois la politique des gouvernements : de nos jours elle est j)lus raffinée ; le prince emprunte à gros intérêts l’argent de se.s sujets et leur créance devient une chaîne qui resserre doublement les nœuds de leur dépt ndance. D’une part, elle est un gage de la soumission des citoyens, toujours tremblants do fournir un ))rétexte aux confiscation.s et aux banqueroutes, s’ils venaient à se soulever ; de l’autre part, les sommes fournies donnent au gouvernoiuent les moyens d’écraser ceux qui les lui ont confiées.
Puis, lorsque le moment est venu, en réduisant les intérêts, en les retenant en entier, ou même en confisquant le fonds, ils amènent d’un seul cou]) leurs sujets a\i point de misère où les autres n’amenaient les leurs qu’à la longue.
Lorsque le gouvernement s’est décrié par son manque de fui, ]X)ur fai je renaître la confiance, il ouvre de nouveaux emprunts, auxcpiels les revenus de l’Etat sont hypothéqués et il allèche les prêteurs par de grands avantages attachés à leurs titres, qu’il rend négociables. Or, la création de ces titres lie toujours étroitement l'intérêt des capitalistes à celui du prince, tandis cpio leur administration et leur négociation lui mettent toujours sous la main une foule de spécidateiirs. d’actionnaires.
et d’agioteurs prêts à concoiu'ir à scs projets ambitieux et i l’aider à enchaîner le peuple. Or, tons ceux qui premient par à cos honteux trafics, deviennent en tontes rencontres le zélés apologistes du luinisièrc le plus corrompu, élèvent leur clameurs contre les plaintes des patriotes, étouffent la voh’ iniblique, entraînent dans leur parti les avares, les faibles, le. fainéants, les lâches et forment enfin dans l’Etat irne factior puissante en faveur du despotisme. Chez les Anglais, on n’er est jamais venu là, mais ces j)rêts ne laissent pas que de le: lier fortement ; car une fois que le gouvernement est débiteur les sujets, sentant que tout est perdu si les colonies sont con quises et ks branches du commerce envahies, sont toujour prêts à faire de nouvelles avances pour les défendre; or, ce avances peuvent être employées contre leur fin. Ajoutez qui si, pour assurer le fonds des intérêts, il fallait faire des règle ments destructeurs de la liberté, les intéressés, c’est-à-dire li partie la plus opulente de la nation y donnerait enfin lei mains plutôt que de courir les risques d’être ruinée. Or, ces régie ' ments ne sont pas des suppositions chimériques. Qu’on si rappelle les lois de Vexcùc. |
Une vexation en entraîne une autre plus cruelle encore Lorsque la confiance est détruite, et que la bourse dts citoyen est fermée, le gouvernement, forcé de recourir aux emprunts: s’adre sse aux traitants qui ne pirêtent qu’à gros intérêts ; i leur hypothèque les revenus de l’Etat souvent par anticipation quelquefois il leur accorde des privilèges qui vont toujours am détri uents du commerce et qui préparent la ruine de li nation: jusqu’à ce que, violant lui-même ses engagements, i s'empare des fonds hypothéqués et fasse rendre gorge auj vampires dont la fortune publicpie était devenue la proie c’est ce qui est arrivé sous le régent, lors du système de Law.. Quelquefois pour appauvrir leurs sujets et s’enrichir de leur, dépouilles, ils dégradent le titre des espèces, dont ils détrui' sent la vakur intrinsèque, sans changer la valeur fictive funeste e..pidie'.it dont nous avons encore l’exemple sous le yeux : d’aucres fois ils exercent contre les citoyens les plui aireuscs extorsions, jusqu’à les jeter en prison pour les force: à rachjter kur liberté par de fortes rançons.
Pour avoir un prétexte de dépouiller ses sujets opulents
LE rEl'PLE FORGE SES FERS
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Henri VII les faisait accuser de quelque délit et les jetait en prison où il les laissait languir jusqu’à ce qu’ils se rachetassent par le sacrifice de leur fortune. Jean de Portugal condamna les Juifs qui avaient de la fortune à perdre une ou plusieurs dents, qu’ils pouvaient toujours conserver en capitidant.
De la sorte tout l’or enlevé aux citoyens devient la proie des courtisansetdes millions de sujets sont condamnés à la misère pour fournir au faste scandaleux d’une iioignée de favoris dont l’exemjjle contagieux enchaîne au char du prince tous les intrigants cupides et ambitieux ; c’est ainsi que les peuples .sont conduits par degrés de l’aisance ou do l’opulence à la pauvreté, do la pauvreté à la dépendance, de la dépendance à la servitude jusqu’à ce qu’ils succombent sous le poids de leurs chaînes.