‹ MaratChapitre 28 sur 92 · DES LOIS · texte numérisé non relu

DES LOIS

Avant de songer à punir les crimes, il faut s’en faire une juste idée.

Qu’est-ce qu’un crime ? la violation des lois ; mais en est-il de sacrées dans aucun gouvernement de la terre ; et peut-on regarder comme telles, des règlements auxquels chaque membre de l’Etat n’a point en de ))art ? Ce qu’on appelle de ce nom, qu’est-ce autre chose que les ordres d’un maître s\iperbe ? Leur empire n’est donc qu’une sorte de tyrannie exercée par le petit nombre contre la multitude. Mais laissons tomber le voile sur ces objets mystérieux ; c’est là cette arche mystique, dont un œil profane ne doit point approcher. Qu’importe, après tout, par qui les lois sont faites, pourvu qu’elles soient jtistes; et qu’importe cpii en est le ministre, pourvu qu’il les fasse observer.

Pour être justes, les lois de la société ne doivent jamais aller contre celles de la nature, les premières de toutes les lois.

Cela même ne suffit pas, si elles no tendent au bien général c’est-à-dire, si elles ne sont communes à tous les membres de l’Etat; car, dès qu’une partie de la nation ii’y est comptée pour rien, elles deviennent partiales ; et la société n’est plus, à cet égard, qu’un état d’oppression, où l’homme tyranise l'homme. Périssent donc enlin ces lois arbitraires, faites pom le bonheur de quelques individus au préjudice du genre humain; et [«rissent aussi ces distinctions odieuses, qui rendent certaines classes du peuple ennemies des autres, qui font que la multitude doit s’affliger du bonheur du petit nombre, et que le petit nombre doit redouter le bonheur de la multitude !

MABAT

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