‹ MaratChapitre 29 sur 92 · DES PEINES · texte numérisé non relu

DES PEINES

Il est de l’intérêt de la société qu’elles soient toujours proportionnées aux délits ; parce qu’il est de son intérêt qu’on évite phitôt les crimes qui la détruisent, que les crimes qui la troublent.

Punir avec rigueur une légère infraction des lois ; c’est user en pure perte le ressort de l’autorité ; car si elle inflige des peines rigoureuses aux petits délinquants, que lui restera-t-il pour réprimer les grands scélérats ? Voyez ces pays où les châtiments sont toujours affreux. Pour retenir les hommes, sans cesse on invente de nouveaux supplices; or, ces efforts continuels de la barbarie, qui cherche à se surpasser elle-même ne sont-ils pas une preuve de leur impuissance ?

Punir avec rigueur une légère infraction des lois, n’est x)as simplement user en pure perte le ressort de l’autorité ; c’est multiplier les crimes, c’est pousser les malfaiteurs aux derniers excès. Hé ! quelle considération pourrait encore les retenir ? quoiqu’ils fassent, ils n’ont rien à craindre de plus. Presque toujours l’atrocité des supphees s’oppose à l’exécution des lois ; car, lorsque la peine est sans mesure, on a en exécration ceux qui dénoncent à la justice un malheureux qui n’est coupable que d’un petit délit. D’ailleurs, il est peu d’âmes assez cadavéreuses pour se résoudre à livrer ce malheureux à une mort certaine. Qu’arrive-t-il de là ? Les coupables échappent presque toujours. La peine n’étant pas plus rigoureuse pour de noirs forfaits, que pour de légères offenses, bientôt il s’y abandonne, et en aggravant le crime, souvent il s’assure l’impunité. En Moscovie, où la peine des voleurs et des assassins était la même, en volant on assassinait toujours ; les morts, disait-on, ne racontent rien.

La même chose arrive en France, où l’on ne fait pas subir une moindre peine à celui qui vole sur le grand chemin, qu’à celui qui vole et assassine.

Enfin, la peine paraissant trop dure aux yeux des juges mêmes, quand ils ne peuvent l’adoucir, pardonner devient nécessaire, et les lois tombent dans le mépiis.

S’il est de l’équité que les peines soient toujours proportion-

DES ATTENTATS t'ONTRE LA VIE DV TRISCE 153

nées aux délits, il est de riuiraanité quelles ne soient jamais atroces ; aussi les punitions les plus douces sont-elles à i)iéférer lorsqu’elles atteignent le but.

En punissant le coupable, la justice doit moins chercher à venger la loi violée, qu’à retenir ceux qui pourraient être tentés de la violer. Quoi ! serons-nous donc toujours barbares ?

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