ÉVASION D’UNE RELIGIEUSE DE L’ABBAYE DE PANTEMON
Soir et matin le pauvre ami du peuple est assailli j^ar une foule d’infortunés et d’opprimés qui implorent son secours. — Vendredi dernier, sur les trois heures du soir, s’est présen-
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tée chez moi sœur Catherine, religieuse à l’abbaye de Faute mon. Elle était accompagnée d’une femme qui lui servait di mère ; et i)oiir pouvoir m’entretenir, elle força en quelqm manière ma porte.
La visite d’une grande, jemie et belle femme, sous un paroi costume, no laissa pas que de m’étonner. Je lui demandai 1. sujet de sa visite ; elle tenait à la main une feuille de mon jour nal, et elle m’apprit qu’elle arrivait du faubourg Saint- Antoim pour me prier de l’aider de mes conseils.
Son air ouvert et naïf, le ton de douleur qui animait sa vois et son ingénuité qui .annonçait une âme simple et honnêti m’inspirèrent de l’intérêt. Je lui demandai la cause de se! malheurs ; elle m’apprit que dans la matinée elle s’était échappée i>ar le tour, d’où un homino l’avait retirée comme il avait pu. Voici notre petit dialogue à peu près mot pour mol. autant qu’il m’en souvient; car je n’ai pris note de tout. — Qui vous a déterminée, ma sœur, à une démarche aussi gaillatde ? — Les mauvais traitements que j’avais continuellement à souffrir dans le couvent. — Et de la part de qui, je vous prie ? — - De la part d j Mmes de Chérie, de Creveton, et surtout de Mine do Bétisi, ma maîtresse. — Quels étaient ces mauvais trai-, tements ? — De me molester sans cesse, de m’avoir frappée' plusieurs fois, et de m’avoir mise si longtemps en pénitence que j’en ai les genoux écorchés. — Vous me paraissez bonne, personne ; quelles raisons pouvaient donc avoir ces dames de vous traiter de la sorte ? La pauvre fille ne s’en doutait pas ; mais elle me fit une longue histoire qui ne ressemblait à rien.'. Elle prétendait que ces mauvais traitements venaient de ce C[ue Mme de Bétisi, qui l’avait fait entrer au couvent, était jalouse de la confiance qu’elle ténroignait à la coadjutrioe, Mme de Virieu.
Quelque rétrécies et acariâtres c^ue deviennent les âmes dans 1 ces tristes demeures, où tant de femmes sensibles sont forcées ; de consumer leurs beaux jours, j’avais peine à me figurer que des dames de condition missent leur bonheur à tourmenter une ])auvre innocente pour quelques égards c^u’elle aurait témoignés en s’abandonnant au penchant de son cœur.
Ne pouvant me persuader que de petites jalousies fussent le motif d’une conduite aussi peu humaine, mais conjectu-