ÉVASION U’UNE RELIGIEUSE
I raiit à l’air décidé d’Anne Barbier, c’est le nom de la religieuse,
[ qu’elle n’était pas née pour la servitude, et d’après son recours
l’ami du peuple, qu’elle pouvait bien être patriote, je lui demandai comment elle me connaissait et si elle lisait quelquefois les papiers publics. — Nous avons dans le couvent le Courrier de M. Mirabeau, ces dames le lisent avec humeur, mais moi j’aime bien à le lire. — N’auriez-vous point, ma sœur, parlé quelquefois on présence do vos dames des affaires pu- ! bliques ? — Oh ! très souvent ; je me suis même disputée avec 'elles. Le jour que l’on prit la Bastille, elles me disaient, en I voyant courir les citoyens aux armes ; « Les voilà, ces chiens, ces pouilleux qui vont massacrer les fidèles sujets du roi. — Eh pourquoi donc des chiens; ils vous valent bien peut-être?^ — Taisez-vous, insolente ; savez-vous ce que vous dites ?» — Chafiue fois qu’il y avait du bruit dans Paris, ou que les bénédictions de drapeaux passaient, nous recommencions à nous ■ disputer, etc.
D’après le simple exposé des faits, il est clair que sœur Ca- ' therine, livrée à la merci de ces béguines aristocrates, est de- • venue (à raison de ses sentiments patriotiques) l’cbjet de leurs petites vengeances couvertes du voile de l’hypocrisie. Elle a i donc été en quelque sorte martyre de la liberté ; car jusqu’où j ne va pas le ressentiment des dévotes aigries par leur réclui sion dans l’asile dos regrets, de l’ennui, de la douleur et des I larmes !
Anne Barbier s’est échappée du couvent dans la vue seule . de se soustraire à la tyrannie : c’est une suite du devoir de la i défense naturelle. Elle réclame sa liberté, elle a le droit de la ' réclamer eu vertu des lois de la nature ; car le temps est passé où on les foulait aux pieds sans pudeur pour sacrifier à des I préjugés ridicules.
A l’égard dos persécutrices de cette infortunée, V Ami du Peuple les citerait au tribunal des dames de la halle, s’il pouvait les forcer d’y paraître.
IIARAT