APPEL A LA NATION
gle confiance, qui nous fait aller au-devant du joug, qui nous ^livre, piels et mains liés, au pouvoir de nos mandataires, do ncs serviteurs. Nous prostituons la sensibilité et nous méconnaissons le sentiment ; nous ne savons pas aimer, et nous sommes idolâtres ; nous voulons juger de tout, et nous ne savons rien apprécier ; nous nous engouons do chimères, nous caressons nos ennemis, et nous négligeons nos amis; nous fêtons les fripons adroits qui conspirent contre nous, et nous dégoûtons les sages qui nous éclairent ; nous adorons les hypocrites qui travaillent à nous pordre, et nous abandonnons les hommes de bien qui se font anathèmes pour nous sauver...
O Parisiens, vous n’êtes que des enfants, vous fermez les iyeux sur les malheurs qui vous attendent, l’irréflexion vous itient dans la sécurité, la vanité vous console de tous vos maux. Mais pourquoi vous accabler de reproches inutiles ? Vous no voulez être libres que pour vous vendre, vend z-vous. Vous êtes contents do vos fers, gardez-les ; vous repoussez la main qui veut vous tirer de l’abîme, rest(z-y. Les intrigants qui vous trompent, les fripons qui vous dépouillent, les scélérats qui vous asservissent sont les hommes qu’il vous faut. Conthmez d'adorer le divin Necker, l’héroïque Lafayette, l’immortel Bailly ; prosternez-vous devant ces modèles de civisme, de désintéressement, do vertu ; courez dans les cafés, bavai dez sur les papiers-nouvelles, rangez-vous autour d'un poêle ou d’une table, racontez vos exploits et portez vos chaînes. L’ami du peuple, désolé de votre complaisance, de votre sécurité, de votre dépravation, n’aura donc vu luire l’aurore de la liberté que pour en déplorer la perte ; renfermant au fond de son cœur ses alarmes, ses regrets, son désespoir, il gémira le reste de sa vie sur son sort, comme un père tendre gémit sur le sort d’un fils dénaturé.
Grâce à l’enchaînement des circonstances, vous lespir, z encore ; mais le jour s’avance où le dui joug qu’on vous prépare s’appesantira sur vos têtes, et vous serez livrés à vos oppresseurs. A la vue dos scènes sanglantes de la tyrannie, rendus à vous-mêmes par la terreur, vous regretterez la liberté que nous avons perdue, vous frémirez do l’avoir foulée aux pieds, vous maudirez v'otre aveuglement. Mais, helas I quel sentiment de tristesse vient déchirer mon âme ! Ah ! s il reste
JIARAT
encore quelque espoir aux amis do la patrie, c’est que la liberti bannie do nos murs par vos vices, plus encore que par votn ignorance, trouvera un asile dans les provinces, et c’est pou: elles surtout que je désire ne pas éprouver le sort de Cassandre..
Je n’ai porte mes réclamations au tribunal do la nation que parce qu’elles intéressent la cause publique ; il importe au triomphe de la liberté qu’un de ses plus zélés défenseurs ne soit pas immolé par les agents du pouvoir.
On lui fait quelques reproches. Peut-être a-t-il passé les bornes de la modération en attaquant les ennemis du bien public : il ne s’en défend pas ; il sait qu’il porte jusqu’au délire l’amour de la justice, de la liberté et de l’humanité; mais au milieu dos écarts que les gens froids et tranquilles lui imputent, son cœur fut toujours pur, et jamais il n’eut en vue que le salut de la patrie.
C’est pour travailler à rendre la nation libre et heureuse qu’il mène depuis treize mois un genre de vie qu’aucun homme au monde ne voudrait liiener pour se racheter d’un cruel supplice ; c’est p)our elle qu’il est descendu dans l’arène ; c’est pour elle qu’il a si souvent abandonné le soin de ses jours.
De rigides censeurs qui veulent absolument retrouver l’homme dans le patriote ont cherché à ternir la pureté de son zèle ; il avoue que son cœur n’est pas insensible à la gloire, dont il ne rougit pas et dont l’austère vertu ne peut lui faire un crime. Tel est VAmi du 'peu'ple. Lorsque le songe de la vie sera prêt à finir p)our lui, il ne se plaindra point de sa douloureuse existence, s’il a contribué au bonheur de l’humanité, s’il laisse un nom respecté des méchants et chéri des gens de bien.