‹ MaratChapitre 64 sur 92 · DANGERS QUI MENACENT LA FRANCE · texte numérisé non relu

DANGERS QUI MENACENT LA FRANCE

Citoyens, nous dormons tous au-dessus d’un volcan. A la vue des soulèvements des troupes de ligne et de l’escadre, des mouvements populaires causés dans les provicces par l'accapareniont des grains, de la chute des arts, des nianufactuies et du comm-Toe, par le resserrement et Tficcaparement du numéraire, des séditions excitées dans nos provinces méridionales, du bouleversement de nos colonies, du refus de Itayer les impôts, des malversations des municipalités, des considrations contre la patrie, des prévarications du Châtelet, on se demande avec effroi quels sont donc les agents de tant d’embûches, de tant de sourdes manœuvres, de tant de conjurations, de tant de perfidies ? Ah ! faut-il le demander ? Et serait-il un seul homme parmi nous cpü sans hésiter ne nommât les ministres '!

C’est au moment cpie les Français annoncent de la manière la plus authenticpie cpce jamais ils n’entreprendront rien sur la propriété de leurs voisins, que toutes les nations s’arment contre eux ; c’est au moment où leur loyauté prend l’engagement d’acquitter une dette immense contractée par l’infâme prodigalité des anciens administrateurs qu’on s’efforce de tarir la source de leur bonne foi, de leur bonne volonté ; c’est au moment où, la balance des droits des nations à la irain, ils posent des barrières entre l’oppression et l’anarchie, que toutes les puissances de l’Europe trouvent dans leurs sujets des instruments de vengeance et le soutien de leur exécrable ambition. Eh ! que prétendent donc ces despotes ? cpiel sera leur manifeste ? de cpiels princiiies autoriseront-ils la violation de notre constitution ? Espèrent-ils couvrir d’un crêpe funèbre notre liberté naissante, ou présument-ils que, faibles et x>usillanimes, nous recevrons dans un respectueux silence le joug qu’il leur ^daira de nous imposer ? Les Français esclaves, sous Louis XIV, ont fait trembler l’Europe pendant quarante ans, ils désavouent aujourd’hui ces vains trophées do gloire ; mais pour être devenus humains, justes, généreux, libres enfin, pense-t-on qu’ils ne sauront pas défendre 1 urs droits et leurs foyers ?

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Jugez qui aime le plus le roi, ou dis patriotes qui cherchent à rétablir son autorité sur les bases üiébranlabes de. la justice, ou des conspirateurs qui voudraient l’engloutir sous les débris de leur patrie ? Est-ce par respect, par amour pour T.ouis XVI I que ces factieux soulèvent les peuples contre les lois sanction- , nées par lui ? Est-ce par respect pour la couronne qu'ils cher- I client à démembrer le royaume et à en faire passer les plus 1 belles provinces sous les dominations étrangères ? Qui ne voit que tes passions les plus atroces, guidées par un intérêt purement iiersonnel, sont le seul mobile de leur conduite ? Et ces hommes perfides s’appellent bon* Français !

La constitution ne permet aucun terme d’accommodement entre un ])euple libre et des tyrans. On peut embraser no.s propriétés, y renouveler les horreurs flétrissantes du Palatinat, mais la France sera libre ou ne sera ipi’iin désert, monument éternel de honte et d infamie pour les peuples qui survivront à ses cendres.

Français, je remplis mon devoir en vous annonçant de.s dangers ; ils sont imminents, et si vous ne prenez pas ])romptement les plus sages jirécautions. vos frontières seront au printemps cernées do quatre cent mille hommes de troupes étrangères ; des armées nombreuses pénétreront à la fois dans vos foyers jiar rAlsace,la Champagne, la Flandreet le Dauphiné le gouvernement anglais aura peut-être la lâcheté de profiter de ce désordre pour envahir vos colonies: la fidélité de l’Espagne est très suspecte. Armez-vous donc, il est temps, si vous voulez prévenir la guerre la plus désastreu.se. 11 ne s’agit que de vous mettre en mesure pour dissiper tant de complots.

Je sais que vos ennemis, dans le sein même de r.4ssemblée nationale, ne manqueront pas d’opposer que toutes dispositions de défense appartiennent exclusivement au pouvoir exécutif ; car ils savent respecter les décrets qui concourent à leurs vues ; mais si ce pouvoir sommeillait au bord du iirécipioe, si le roi était trompé, s’il était vrai que ses agents fussent d’intelligence avec ses ennemis, y aurait-il de la justice à accuser le Corps législatif d’cmjiiéter sur les droits du pouvoir exécutif, parce qu’il serait forcé de in'endro des précautions contre lui -même et i>our son pnopre intérêt ? Voulez- vous

pcTir constitutiotuidkmenl ? Et lorsque vous êtes environnés de pièges et de dangers, si, par défaut do mesures efficaees, le pouvoir exécutif attaque, mâne indirncieinevt, votre coiistiSiîi tution, ne rompt-il pas vos engagements et les siens ? et devez^ vous lui confier alors lo soin t'X'iusif do veiller à votre sûreté î, Q>i’cst-ce donc que le droit des hommes ? Qu’est-ce que la ré"? sistaneo à l’oppression ? Qu’est-co que le serment que vou^ a^ez fait ? fi

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