IL FAUT ÉDUQUER L’ESPRIT PUBLIC
Il est un principe f07 damental dont tout défenseur de Is^ patrie doit partir et qui doit rempêclier de jamais désespérer/ de la chose publicpie, c’est que le peuple en corpus ne se vendj jamais, quelque corrompue que soit la nation ; car qui pourrai^ l’acheter ou même l’entrepirerdre, puisque ee n’est que pou^ le dépouiller et s’en servir de jouet qu’on s’efforce de le mettre à la chaîne ? C’est sur ce principe inébranlable que s’est appuyé^ Vcnni du peuple, depiuis le commencement de la révolution, et' c’est ce principe d’éternelle vérité cpui l’a empêché de pierdre"* courage à la vue des obstacles invincibles qui paraissaient s’opq poser à l’établissement du règne de la liberté ; à la vue des vices nombreux d’une nation échappée de scs fers, à la vue de son respect stupide pour ses anciens maîtres, de cette fureur pour les elistinctions qui l’entraîne loin de l’heureuse égalité,' base de tout gouvernement libre, de cette crasse ignorance,* qui ne lui permet pas de découvrir les pièges les plus grossiers qu’on lui tend ; à la vue de ces essaims d’esclaves de la cour,' de ces légions nombreuses de satellites royaux, de ces horde^ de suppôts de l’ancien régime, de ces bandes de fripons inté-^ cessés au maintien des abus dont ils subsistent, de ces nuées de citoyens timides qui repoussent la liberté, de crainte que les secousses qu’exige son triomphe n’altèrent leur bien-être. Mais^comme ces essaims, ces hordes, ces bandes, ces nuées d’ennemis^’ de la révolution ne sont jamais epu’une pjartie assez mince du f peup>le, dès qu’il s’ébranle en jnasse, il les entraîne devant lui^' comme un torrent, ou pdutôt, il les balaye, et les dissipe comme un vent impétueux. ,
ÉUÜQUER l'esprit PlTliLIC
Pour que le peujile veuille jouir de ses droits, il faut qu’il les Icoimaisse ; il s'agit donc de l’instruire. Pour qu’il ne soit pas ^pris aux pièges qu'on lui tend, il faut qu'il les aperçoive ; il [ s’agit donc de l’éclairer. Il suit de là que le iilus grand malheur qui puisse lui arriver est de s'abandonner aveuglément à ses chefs et de s’endormir dans les bras des ennemis, qui cherchent [là l'entraîner dans l’abîme. Le tenir sans cesse en agitation,
I faire fermenter toutes les têtes jusqu’à ce que le gouvernement soit fondé sur des lois vraiment justes, est donc le grand but que doivent se proposer ses défenseurs. Ainsi la liberté de la presse est le grand ressort, l’unique boulevard de la liberté civile et politique. C’est aux lumières de la philosophie que I nous devons la révolution, c’est aux lumières des écrivains patriotes que nous devons son triomphe. Tant que la liberté de la presse existera, nous sommes sûrs de vaincre. Vouloir nous l’enlever serait le plus criminel des attentats. Si donc l’Assemblée nationale s’oubliait juscpi’à essayer d’y porter atteinte^ il ne faudrait pas balancer un instant à se soulever contre elle et à la punir de sa trahison ; mais de quel front oserait-elle la limiter, lorsqu’elle souffre chaque jour que ses membres gangrenés prêchent dans son sein la contre-révolution, la révolte contre la déclaration des droits et le rétablissement de 1 esclavage ■?
Lorsqu'un peuple vient de rompre ses fers, il n'est pas libre pour cela ; le despotisme est bien écrasé, mais le despote existe encore ; or, il est fort rare, pour ne pas dire inouï qu’il ne reste pas à la tête de l’Etat et que ses suppôts ne conservent pas de grands avantages. C'est donc presque uniquement des membres de l’ancien régime que se forme le nouveau. Que si le gouvernement essuie une refonte générale et que le peuple ait des mandataires, le prince, qui ne songe qu’à recouvrer le pouvoir absolu, travaille bientôt à les corrompre, et il n’y réussit cpie trop souvent.
Le peuple est mauvais appréciateur des choses, il les voit rarement telles qu’elles sont, plus rarement encore il en embrasse la totalité, et presque jamais il ne calcule les suites des événements ; c’est l’effet de son manque de lumières. Obtient -il quelque avantage, remporte-t-il quelque victoire? Il présume de ses forces, no voit plus les obstacles, il chante son triomphe.
Sf lu’iA'i' (l'ilhisions (roiupcuses. ot cela iie peut être autrement 1 car la pvésomjition est enl'ant de rameur-propre et de l’iano.l raiiee. l’our (pie le peuple ne soit pas remis sons le joug, il esil lU'cessaire cpi’il soit toujours en garde contre ses eliefs etl tonjoi.rs en état de les apprécier à leurs œuvres. Mais la libertti n'est pleinement assurée que lorsque l’esprit public est toriiK'.l c’est-à-dire lorsque le peuple connaît ses droits et ses devoirs,! qu’il a une idée des hommes, des passions qui les font mouvoir, qu'il a l’opiinon qu’il doit aA'oir des agents de l’aiito-l rite, qu’il pénètre leurs desseins et qu’il s’aperçoit des pièües] (jii’ils lui tendent; c’est le point où les écrivains publics doi-[ A'eiit s’efforcer d’amener la nation.
Le peuple ne s'instruit que par ses malheurs, et toujours il I se jette dans les extrêmes. S’il se délie des ministres, c’est pour s’abandonner à ses représentants qu’il porte aux nues comme ! des dieux : or, c’est cet état d’abandon servile qui est' la. source i féconde de leurs attentats ; ils trembleraient s’il les surveillait d’un œil inquiet, ils osent tout contre lui, lorsqu’ils le voient les encenser stupidement. Certes, j’ai fait l’impossible pour qu’il prît, dès le commencement, une idée juste de ses indignes députés à l’Assemblée nationale ; mais à force de le prêcher et de lui montrer leurs noirs desseins, leurs perfidies, leurs trahisons, il a enfin ouvert les yeux ; le respect religieux qu’il avait iiour eux s'est changé en mépris, et il ' | ne tiendra pas ,à moi qu’ils ne partent couverts d’opprobres.
11 importe donc de lui graver dans l’esprit ces grandes vérités ; les seuls mandataires du peuple qui mettent leur gloire à faire son bonheur peuvent lui être fidèles, et ils sont en très petit nombre ; quant aux autres, ils trafiquent de ses droits et de ses intérêts, dès c[u’ils le peuvent impunément ; il suit de là qu’il doit avoir éternellement les yeux sur eux comme sur des fripons, ne jamais les flagorner et attendre qu’ils soient au bout de leur mission pour les juger et leur payer le juste tribut d’estime ou de mé])ris qu’ils auront mérité.
Lorscpie l’esjirit public sera formé, le peuple sentira que son bonheur dépend du choix de ses mandataires, et il repoussera avec horreur des élections tous ces huissiers, ces exempts, ces procureurs, ces commissaires, ces avocats, ces académiciens, ces robins. ces financiers, ces jadis nobles, ces courtisans, en un
PROJETS GONTRE-RÉVOLUTIOKNA2KES
mot ces suxjpôts de l’ancien régime, pour ne faire tomber son choix que sur des citoyens éclairés et intègres ; il révoquera les lois vicieuses qui menacent la liberté pour les remplacer par de sages lois qui la mettent hors d’atteinte des agents du pouvoir, et il se ménagera des moyens con titiitionnels de réprimer ceux qui ne rempliront pas loyalement leurs devoirs, et de punir ceux qui auraient prévariqué.
Ce n’est qu’à force de malversations, que les agents du pouvoir parviennent à révolter le peuple, à lui faire sentir la nécessité de les mettre hors d’état de lui nuire. Grâce à l’esprit de vertige qui règne dans le cabinet, le despotisme tire à sa fin. On dirait que les ministres ont formé le projet insensé de renverser eux-mêmes le trône ; ils font faire de mauvais décrets, ils s’opposent aux bons, ou ils en retardent la promulgation ; ils dissipent les deniers publics, ils continuent d’accaparer les grains et le numéraire, d’affamer le peuple, de le réduire à la misère, de lâcher des lettres de cachet, de soulever les provinces, de pousser la multitude opprimée à la révolte ; leurs noirs complots, leurs trames, leurs conjurations, leurs trahisons n’ont point de terme ; ils éludent les lois, ils se jouent de la Constitution et semblent braver la nation elle-même. Tant mieux ! ils achèvent de mettre le comble à leurs forfaits ; bientôt la nation ouvrira les yeux, et, convaincue qu’il est impossible de corriger les valets du prince, elle prendra enfin le sage parti de les anéantir. Et de quoi sert aujourd’hui le prince dans l’Etat, qu’à s’opposer à la régénération de l’empire, au bonheur de ses habitants ?
j Pour l’homme sans préjugé, le roi des Français est moins qu’une cinquième roue à \m char, puisqu’il ne peut que dé- 1 ranger le jeu de la machine politique. Puissent tous les écri-
I vains patriotes s’empresser de faire sentir à la nation que le meilleur moyen d’assurer son repos, sa liberté et son bonheur est de se passer de la couronne.