ORAISON FUNÈBRE DE RIQUETTI, DIT MIRABEAU
Peuple, rends grâce aux dieux ! ton plus redoutable ennemi vient de tomber sous la faux de la Parque. Riquetti n’est plus ; il meurt victime de ses nombreuses trahisons, victime de ses trop tardifs scrupules, victime do la barbare prévoyance de ses complices atroces, alarmés d’avoir vu flottant le dépositaire de leurs affreux secrets.
Frémis de leur fuieur et bénis la justice céleste. Mais, que Vois-je ? Des fourbes adroits, dispersés dans les groupes, ont cherché à surprendre ta pitié, et déjà dupe de leurs faux discours, tu regrettes ce perl.de comme le plus zélé de tes défenseurs ; ils t’ont représenté sa mort comme une calamité publi-
que, et tu le pleures connue un liéros qui s’est immolé pour toi, comme le sauveur de la i>atrie. Seras-tu donc toujours sourd à la voix de la prudence, et perdras-tu toujours la chose publiqrio ■ par ton aveuglement? La vio de Riquetti fut souillée de mille» forfaits ; qu’un sombre voile en couvre désormais le honteux tissu, puisqii’il ne peut plus te nuire, et que leur récit ne scandalise plus les vivants. Mais garde-toi de prostituer ton encens, ' garde tes larmes pour tes défenseurs intègres ; souviens-toi qu’il était l’un des valets nés du despote, qu’il ne fronda la cour que pour capter tes suffrages, qu’à peine nommé aux ' états pour défendre tes intérêts sacrés, il lui vendit les droits ; les plus s'aorés ; qu’après la chute de la Bastille, il se montra le plus ardent suppôt du monarchisme; qu’il abusa cent fois de • ses talents pour replacer dans les mains du monarque tous les ressorts de l’autorité ; que c’est à lui que tu dois tous les funestes décrets qui t’ont remis sous le joug et qui ont rivé tes fers : celui de la loi martiale, celui du veto suspensif, celui de l'initiative de la guerre, celui de l'indépendance des délégués de la nation, Celui du, marc d'argent, celui du pouvoir exécutif suprême, celui : de la félicitation des assassins de Metz, celui de l'accaparement du numéraire par de petits assignats, celui de la permission d'é- I migrer accordée aux conspirateurs, etc... Jamais il n’éleva la voix en faveur du pauple que dans les cas de nulle importance. Après l’avoir trahi mille fois consécutives, un seul jour. dex)uis la journée des x)oignards, il refusa de tremper dans i une nouvelle conspiration, et ce refus devint ]iour lui l’arrêt de sa mort. I