ORAISON FUNÈBRE DE RIQUETTI, DIT MIRABEAU
Enfin, je jure de mettre ma gloire à instruire le peuple de ses droits, à lui souffler l’audace de les défendre, et à le fouailler cliaque jour jusqu’à ce qu’il les ait recouvrés.
Mes chers concitoyens, si vous aviez senti vos droits et connu vos devoirs, vous auriez ])rêté ce serment au lieu de balbutier comme des perroquets celui que vous a dicté la majorité traîtresse de l’Assemblée nationale. N’en doutez pas, si vous aviez eu assez de lumières et de vertus pour n’en prêter aucun, dès cet instant les valets de la cour, les ex-nobles, les prélats, les robins, les financiers, les officiers do l’armée, les pensionnaires royaux, en un mot les suppôts de l’ancien régime, se seraient enterrés tout vivants, s’ils n’avaient pu prendre la fuite; la liberté se serait établie d’t lle-raêmo au milieu de vous ; pour la défendre, vous n’auriez besoin ni de plume ni do baïonnettes, et la justice, la paix, l’abondance, le bonheur régneraient aujourd’hui dans vos murs.
Que de veilles, de soins, de peines, de fatigues, de combats avant d’en jouir un jour ! N’allez i)as toutefois perdre courage ; malgré les machinations éternelles de vos ennemis, le salut public n’est pas désespéré, pourvu que vous soyez sur vos gardes et que vous ne vous laissiez pas endormir. Quant à .vous, malgré l’humeur que vous me donnez souvent par votre apathie, votre aveuglement, je ne cesserai de vous prêcher et vous stimuler que vous ne sovez libres et heureux.