UARAT FUT-IL DÉMAGOGUE
:. — Pourquoi Marat n'«8t pas sympathique. — Conditions de sympathie, -il admettre au moins quelques-unes des accusations dont on a chargé l'Ami pie? — Marat fut-il démagogue? — Citations en preuves du contraire. — éprise le peuple? — Quel parti Marat a pris.
è au point où nous en sommes de cette étude, tn'ation se présente : on se demande pourquoi Malargé des odieuses accusations sous lesquelles on iplu à couvrir gratuitement sa mémoire , pourquoi
peuple n'est pourtant pas sympathique, comme )ar exemple. C'est une question que nous nous faite vingt fois à nous-même. Plus nous étudions
plus nous sentons grandir notre admiration pour que que rien ne peut troubler, plus se fonde notre mr ce caractère qui ne fléchit devant aucun danger, e conduite toujours en harmonie avec la conviction ; et, malgré tout, il faut bien l'avouer, nous nous ncore froid devant l'homme ; il se sacrifie, il souffre, pour une cause qui est la nôtre, et son martyre et sa aous arrachent pas une larme, quand, au contraire, « brise au seul récit de Camille se débattant sur la .rrette. Et pourtant quelle diflérence entre ces deux ï de deux hommes défendant les mômes principes! vie de l'auteur des Révolutions de France et de avait été joyeuse; son patriotisme jusqu'au dernier t été largement rémunéré par la gloire, par l'ai-
sançe, par l'amour d'une femme incomparable, par la paternité ; et cependant personne n'avait, avec plus de légèreté, compromis une foi politique héroïquement soutenue sous les feux croisés de la Blisiiire !
Je cherchais bien loin la raison de cette sorte de contradiction : elle était tout près de moi; elle était, en moi, dans notre double nature, intelligence et sentiment, esprit et cœur. J'avais cru jusqu'à présent que la raison éclairait dans l'homme le choix de ses sympathies; il n'en est rien. Notre affection ne sort pas du domaine des sensations; notre estime, du domaine des considérations intellectuelles; nous vivons dans ceux qui s'adressent à nos instincts, mais nous ne faisons que communiquer, pour ainsi dire, froidement avec ceui qui ne parlent qu'à notre esprit ; en d'autres termes, nous ne saurions sympathiser par raison démonstrative , s'il est permis dans une question aussi grave de se servir des exprès^ sions de noti*e grand comique.
En effet, qu'avons-nous reconnu jusqu'à présent daas l'Ami du peuple? Un homme qui soumet tout au raisonnement, ses principes, ses opinions, ses actes, et qui, s' adressant à nous, n'en appelle jamais qu'à notre logique, à chaque instant la redresse, et nous prouve que notre sentimentalité est la source des pn'»jugés les plus funestes aux principes mêmes que nous nous efforçons de proclamer bien haut. Pour tout dire en deux mots, nous ne pouvons sympathiser avec Marat, parce qu'il s'adresse trop exclusivement à notre raisofli parce qu'il a trop raison^ parce qu'il fait ti'op peu la part de l'homme, parce qu'il semble qu'il soit plus qu'homme.
Mais fallait-il, pour ne pas trop brusquer les idées reçues, pour se faire accepter, qu'il transigeât avec la vérité? Devait-il sacrifier aux passions humaines, pour ne point paraître trop supérieur à ses contemporains? De ce qu'il ne nous est pas sympathique, parce quil parle plus à l'esprit qu'au cceur, de ce qu'il est même antipathique, si l'on veut, s'ensuit-** qu'il soit nécessairement coupable; que de tant de criflû^