MARAT FUT-IL DÉMAGOGUE
épouvantables dont on Ta chargé, il faille nécessairement en
admettre quelques-uns de vrais? Basile avait-il donc raison
qixaod il disait : « Calomniez , il en restera toujours quelque
érAtose? » Ne sentez-vous pas qu avec vos proverbes qu'il n'y
BL pas de fumée sans feu, que rien n'est parfait sous le soleil,
e celui qui veut trop prouver ne prouve rien, ne sentez-
ous pas, dis-je, que vous servez admirablement la doctrine
Basiles de l'histoire et de la politique? Comment! im
.<<Hnme est traduit devant un tribunal, et, parce que le
istère public accumule à sa charge plusieurs chefs d'accu-
tioQ, il faudra, moi juge, que j'en accueille au moins un ou
, parce qu'il n'y a rien de parfait ici-bas? Lecteurs, j'en
ppelle à votre bon sens, à votre justice, à votre loyauté, et
E poursuivrai ma tâche, confiant en votre amour de la vérité.
me j'ai fait jusqu'ici, je n'imaginerai pas de calomnies
S^uit^t pour me donner le facile plaisir de les réfuter; je
prendrai chez les adversaires de Marat les plus en renom,
je n'aurai pas perdu mon temps si je parviens à prouver
^'ils l'ont jugé avec mauvaise foi, et que l'Ami du peuple est
^îgne À tous les titres de la reconnaissance des révolution-
^^•ires, dût-il ne nous pas être sympathique.
n n'est pas d'amplification prétendue anti-anarchiste où *On ne retrouve cette incrimination nouvelle formulée en *>Uuiière de simple épithète : le dé^nagogue Marat. C'est une phrase faite, et rien de plus vivace qu'une phrase faite, î'ous sommes, bien plus qu'on ne le pense, gouvernés par les ^^phémismes; comme disait Camille, c'est par l'oreille que les peuples aussi sont empoisonnés. Examinons de près ce îUHiveau chef d'accusation.
Tout le monde sait ce qu'il faut entendre par démagogue : c'est un homn^e qui trompe le peuple en vue de son propre intérêt. Du temps des Romains, les ambitieux le séduisaient M moyen de distributions de blé ou d'argent, témoin César «t Crassus; d'autres l'ont gagné en se faisant passer pour dieux ou envoyés de Dieu , témom les chefs de religion : le
procédé devant nécessairement se rapporter à l'état des esprits et aux besoins du moment, à chaque siècle son moyen. En 1789, le peuple vient de s'émanciper; nous entendons résonner de toutes parts un concert de louanges hyperboliques; la flatterie du vainqueur est à coup sûr à Tordre da jour : voyons donc si Marat flatta le peuple ; il est écrivain, il a un journal à sa disposition, rien de plus facile ; lisons.
Nous sommes à deux mois de Taflaire de la Bastille; tous .les esprits sont encore dans Tivresse de la victoire : elle fait le texte de tous les discours , de tous les refrains , de toutes les professions de foi ; c'est question d'amour-propre individuel, car chacun l'a prise, ou du moins le prétend. Les journalistes patriotes n'ont pas d'assez emphatiques hyperboles pour fêter ce grand jour ; ouvrons l'Ami du Peuple : « 0 Français! peuple libre et frivole, ne pressentirez-vous donc jamais les malheurs qui vous menacent? vous endormirez-vous toujours sur les bords de l'abîme?
« Grâce au peu de vues de ceux qui tenaient les rône$da gouvernement, à la lâcheté des ennemis de l'État, à un concours d'événements inattendus, vous avez rompu vos fers, vous avez les armes à la main... Mais au lieu de sentir que votre indépendance actuelle est l'ouvrage des conjonctures, vous en faites honneur à votre sagesse, à votre courage; la vanité vous aveugle ; et, dans l'ivresse d'un faux triomphe, vous laissez vos perfides ennemis renouer tranquillement les fils de leur trame odieuse. » {L'Ami du Peuple, N* ^ Croit-on que ce soit généralement avec de telles paroles qu'on s'attire les applaudissements des triomphateurs? Ce serait tenir bien peu compte de tout ce que nous avons vu nousmêmes au lendemain de victoires beaucoup moins importante?. Kn vérité, si ce Marat est un démagogue, c'est au moins un démagOj^^ue d'une trempe nouvelle, qui prend te contre-pied de ce qu'ont fait tous les autres. A quoi cet étrange système le conduira-t-il? Je ne sais encore; mais poursuivons nos investigations, voyons s'il persistera.