‹ Marat, l'ami du peuple (volume 3)Chapitre 35 sur 150 · MARAT FUT-IL DÉMAGOGUE · texte numérisé non relu

MARAT FUT-IL DÉMAGOGUE

Puisqu'il s'agit de clubs» épuisons la matière; en révolutiûo, le plus grand danger est là. u Qu'attendre de ces assem" • Véai* imbéciles qui ne rêvent qu' égalité j qui se vantent d'être Spères, et qui excluent de leur sein les infortunés qui les ont iffiraochid? Qu'attendre d'un peuple chargé de fers à qui l'on lit: tu^es libre, et qui croit être libre; d'un peuple d'oppri- Bésà qui Ton dit : tu es heureux, et qui croit être heureux; ron enfant qui chante au milieu des calamités publiques, qui fuBose d'un refrain, lorsqu'on rive ses chitines, et qui de&ttddans l'abîme en dansant? » {L'Ami du Peuple y N'* 175.)

H semble même qu'il choisisse de préférence pour ses Mrcariales les moments où le peuple est le plus enivré de m triomphe. Au lendemain des 5 et 6 octobre : u 0 mes aocitoyensi hommes frivoles et insouciants, qui n'avez de nite ni dans vos idées ni dans vos actions, qui n'agissez [le par boutades, qui pourchassez un jour avec intrépidité is ennemis de la patrie, et qui, le lendemain, vous abanloonez aveuglément à leur foi, je vous tiendrar en haleine, tv6D dépit de votre légèreté, vous serez heureux, ou je ne eraiplus. » {Ibidem , N"" 28.) u Insensés que nous sommes! Qsenoemis nous traitent comme des imbéciles; ont-ils tort? OIS ne sommes à leurs yeux que des animaux féroces, oot il faut éviter le premier coup de boutoir, et que l'on eut ensuite mener avec un fil. » {Ibidem^ N° 29.)

Au milieu de Tcnthousiasme universel et frénétique de ttaiversaire du là juillet, de cette fameuse fête de la Fédétto, qui sert encore aujourd'hui de lieu conunun au sentitttalisme patriotique, lui seul n'est pas dupe de la comédie ^féerie : u Qu attendre d'un peuple d'ignorants qui raflblent B parades, qui s'engouent des ennemis qui les flattent, qui ^dament leurs oppresseurs, qui adorent leurs tyrans? 0 mes iQcitoyens! comment scriez-vous jamais heureux? vous avez ^ les vices des esclaves, vous n'avez aucune des vertus des «ïimes libres. » {Ibidem y N*» 166.)

£t c est en parlant de^ rapports de Marat avec les Pari-

siens que les ennemis du démagogue ont écrit : son peuple, Marat n'eut pas de peuple; s'il en avait eu un, on pouvait citer un club analogue à celui des Cordeliers et des JacobinSf qui marchait à sa voix, qui attendait ses ordres pour agir, qui se faisait un catéchisme politique de sa doctrine, nnclob des Maratistes en un mot. Mais rien de tel. Si on lit qu'il fut simultanément nommé président honoraire de TuDetde l'autre des deux clubs dont les chefs réels furent Danton et Robespierre, ce n'est là qu'un hommage public dont vingt autres ont joui comme lui, hommage rendu à l'homme dont le patriotisme ne pouvait être mis en doute après tant d'années de souffrances. Quiconque a pesé toutes les citations que nous venons de faire comprendra pourquoi Marat n'eut pas de peuple à lui. 11 faudrait vraiment plus de philosophie qu'il n'est permis d'en supposer à des séides, pour croire qu'ib fussent prêts à donner leur vie pour un maître qui écrivait: « Paris est le cloaque de tous les vices, et ses habitants prétendent être libres! Non, non, qu'ils ne s'en flattent paslD faut, pour être libre, des lumières, du courage, des vertus. Des hommes ignaresi^ frivoles^ lâches^ rampmiiSy livrés à la dissipation , à la mollesse , aux plaisirs, au jeu , à la débauche, et dont les chefs ont le cœur pourri, sont faits pour être esclaves, en dépit de leur sotte jactance. »

Le peuple de Marat! On n'a pas de peuple à soi, quand on lui parle ainsi, quand jamais on ne se montre en public, quand on ne se fait entendre à aucune tribune, faut-il le dire? quand, physiquement parlant, on représente si peu. Enfin, on n'est pas démagogue quand, pouvant aspirer à toute place, on n'a jamais sollicité de fonctions dans le pouvoir exécutif, fonctions qui semblent plus particulièrement dévolues aux ambitieux, puisqu'elles donnent à celui qui les remplit une grande autorité personnelle, c'est-à-dire les moyens de se faire plus de créatures, de payer plus de dévouements. L^ vrais démagogues n'y ont pas manqué.

Mais, pour prouver qu'on n'adule pas le peuple, faut-'A

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ireoire à tâche de ne jamais lui rendre justice ? Doit-on être ojaste pour n'être pas réputé flatteur? C*est un piège que 1008 avons vu tendre aux patriotes timorés par d'astucieux »Dtre-révolutionnaires, mais que Marat sut éviter. Est-ce 1D6 basse adulation que cette supplique quil adressait aux pères conscrits le 30 juin 1790, à propos de Tobligation imposée aux travailleurs de payer trois journées de leur dravail déjà si peu lucratif, pout jouir des droits de citoyens actib? Ce passage compose un des plus beaux numéros de F Ami du Peuple; nous ne pouvions mieux clore ce cbipitre.

« Pour nous accorder le mince privilège d'être reconnus ■wmbres de l'Ëtat , dont jusqu'ici nous avons supporté toutes kl charges, dont nous acquittons tous les devoirs pénibles, doDt Dous remplissons toutes les fonctions dégoûtantes, malniiies, dangereuses, dont nous venons de rompre les fers au pèni de notre vie, au prix de notre sang, vous exigez inhu- ■linement de nous le sacrifice de trois journées d'un travail ^ peut à peine nous donner du pain, comme si vous vouliei DOUS faire périr de misère. Pour nous conférer le triste privilège de donner notre suffrage à ceux qui auront l'hon- Mrde nous gourmander, et le bonheur de s'engraisser à ^dépens, en vertu de vos décrets... Quel sort affreux que b nôtre! Pour nous le ciel fut toujours de bronze, et aujourfboi, comptés pour rien dans toutes vos dispositions, l'espoir l^me nous est enlevé : vos entrailles seraient-elles fermées IN^Dous? Pères de la patrie, vous vous êtes emparés des fe»8 des pauvres pour payer les Sardanapales de la cour, les '^oris de la reine, Aes pensionnaires du roi, les usuriers, '^agioteurs, les maltôtiers, les concussionnaires, les dépré- ^ors, les dilapidateurs, les sangsues de TÉtat, et, non Mtents de nous laisser dans le plus affreux dénùment, vous ^008 enlevez nos droits pour nous punir des crimes des "•fchants et de la barbarie du sort. Est- il besoin de faire ^•kAr nos services pour nous soustraire h l'oppression ? Rap-

pelez-*voas ces crises orageuses où l'on couriût aux i pour repousser des légions sanguinairea, abattre le d tisme et sauver la patrie prête à périr. Nous étions pj où le péril nous appelait, prêts à prodiguer notre sang votre défense; et pendant trois mois consécutifs nous seuls supporté le poids d'une campagne laborieuse, es tous les jours au soleil, à la faim, à la soif; tandis qi riches, cachés dans des souterrains, n'en sont sortis qu' les temps de crise, pour s'emparer du commandemei toutes les places d*honneur et d'autorité. Nous nous so donc sacrifiés pour vous, et aujourd'hui, pour prix d sacrifices, nous n'avoiis pas même la consolation d'être tés membres de cet État que nous avons sauvé. Quelles pe donc être vos raisons pour nous traiter aussi indignei Le pauvre est citojten comme le riche, vous en conv mais vous prétendez qu'il est plus exposé à se vendre; y sez-vous? Yojrez dans toutes les monarchies du moud sont-ce pas les riches qui forment le vil essaim des o sans ? Ne sont-cé pas les riches qui forment les légions ii brables d'ambitieux qui recherchent la faveur par toute € de moyens, et lui sacrifient leur honneur? Ne sont-ce p riches qui forment les supp(its du despotisme dans le « dans le cabinet, dans les cours de judicature, dans 1': elle-même ? Ne sont-ce pas les pauvres qui , en tous réclament les premiers contre la tyrannie , et se sou contre leurs oppresseurs? S'ils étaient prêts à se vend s'ils ne voulaient que de l'or, ils en prendraient qua trouveraient l'occasion. Et qui les empêchait, dans le miers jours de l'insurrection, d'avoir mis vos maisa pillage? Qui les empêchait, dans celles qu'ils ont livré flammes, d'en enlever les dépouilles? En a-t-on vu ui s'enfuir chargé de butin?... Mais ce n'est pas au nom reconnaissance et de réternelle justice, c'est au nom du commun que nous vous supplions de ne pas outrager la i et de vous souvenir que nous sommes citoyens comme

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puisque vous avez oublié que nous sommes vos frères. . . » [IMmi du Peuple, iS° liO.)

Si ce n*est pas là un discours à égaler à ceux des plus pathétiques orateurs du moment, c'est donc qu'il y a des sujets qu'il faut ^e garder d'aborder, et que la défense de la cause des opprimés, des méprisés, n'est jamais de mode et doit être réputée de mauvais goût? Marat n'en jugeait pas ainsi; mais s il prit un parti décisif, celui des faibles contre les puissants, il vient de développer ses raisons qu'il serait difficile derèfater. Au point de vue révolutionnaire, en voici d'autres encore non moins solides, non moins irréfutables : a Dans l'état de guerre où nous sommes, il n'y a que le peuple, le petit peuple y pe peuple si méprisé et si peu méprisable, qui pusse imposer aux ennemis de la Révolution , les contenir dans le devoir, les forcer au silence, les réduire à cet état de terreur salutaire et si indispensable pour consommer le grand oeuvre de la Constitution, organiser sagement l'État, et ÎBprîmcr le mouvement à la nouvelle machine politique. » (Ihidem, N*» 132.) Ce n'est pas là sans doute l'avis de nos iiges législateurs, mais nous savons où cette sagesse-là nous imcDés, et l'expérience nous suffit à cet égard. Ce n'est pas ■on plus l'opinion des impartiaux. Les impartiaux! comme sî Il justice n'étsût pas un parti que la conscience nous fait un fcvoir d'embrasser.

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