MARAT PROPHÈTE
». — Historique des principaux éyénementc de 1791. — Portrait de ICaiat ère comme prophète à la tribune des CordeUers. — Ce qu'il entendait par m» itiw. — Ce qu'il prédit de Mirabeau. — Ce que l'histoire nous a révélé. — il prédit do Bouille, de Lafajette et de Dumouriez. — Malheur à qtiiconque a ax mois d'avance.
\ entrons dans Tannée 1791 , année féconde en évé- : la première partie est tout à l'avantage de la réac- 3s la seconde, coninie nous l'avons dit, la Révolution sa' marche. Prouvons cette assertion par quelques Les alliés, à l'instigation des émigrés, font pressentir entions pour nous effrayer sans doute (janvier); les rançais se réunissent sur le Rhin (février); Léopold II e son projet par sa déclaration de Paris (mai), invite ;rains à se joindre à lui pour délivrer Louis XVI (juilt à cet effet une convention avec le roi de Prusse , s'abouche à Pilnitz avec Frédéric-Guillaume, Bouille me, pour prendre leurs mesures; pour attester sa ice avec les étrangers, Louis XYI essaye de s'enfuir ril, mais on le retient à Paris malgré lui; il proteste »ates les sanctions qu'il a précédemment données ou mera dans la suite, parce que, prétend-il, elles lui ichées de force; il met enfin son projet à exécution Buit du 21 juin, mais on l'arrête à Varennes; le club ique décèle les intentions des nobles de l'intérieur; du tribunal criminel, tout composé de contre-ix^voires (mars); lettre pleine de folles et significatives bra-
vades de Bouille à l'Assemblée, lors de la fuite du monarque; enfin, pour couronner tant de forfaits, le ma^acre des patriotes au Champ-de-Mars. Mais, à partir de ce. sinistre triomphe, la fortune de la contre-révolution en abandonne le drapeau; c'est d'abord l'Assemblée législative qui succède à la Constitutive; c'est Pétion qui est élu maire en remplacement de Bailly; c'est le roi qui se voit forcé d'adresser une proda^ mation aux émigrés, pour les convaincre de son adhésion au pacte constitutionnel, forcé, par conséquent, de prouTor sa duplicité et son peu de courage (octobre), qui se voitcœH traint de signifier à l'électeur de Trêves que, s'il ne s'oppose pas eflicacement à tout rassemblement de Français dans ses États, la France le regardera comme son ennemi (décenibre). Arrêtons-nous là, et disons de suite qu'il n'est aucun de ces événements que Marat n'ait prévu six mois d'avance.
Ici on nous arrête : « Votre Marat fut un prophète, n'esinse pas? On le disait déjà de son temps; vous n'avez pas le mérite de l'invention ; M. Michelet nous a appris tout ce qui a été avancé à ce sujet par les sans-culottes ou les tricoteuses. » Voyons d'abord ce qu'a écrit M. Michelet. L'illustre peintre surprend son personnage au beau moment de l'inspiration prophétique, en plein club des Cordeliers : « Le brillant de ses yeux, leur transparence, l'étrange façon dont ils errent, regardant sans regarder, feraient croire qu'il y a là un visionnaire, à la fois charlatan et dupe, s' attribuant la seconde vue, un prophète de carrefour, vaniteux, surtout crédule, croyant tout, croyant surtout ses propres mensonges, toutes les fictions involontaires auxquelles le porte sans cesse l'esprit d'exagération. Ses habitudes d'empirique, la circonstance surtout d'avoir vendu sur la place, lui donnent ce tour d'esprit. )» [Ilisloirc de la /{évolution y tome II, page 350-51.) Avais-je tort d'avancer, au début de ce livre, que ce n'était pas sans raison que le grand artiste croyait devoir flétrir Marat dès avant la Révolution?
Coupons tout de suite court à cette allégation, en citant