CHAPITRE XXV
10 lOC: — 1*' OCTt-BEE 1701.
— Bêaf;ar-.t:rjs i^ , . :jrz»L après le xasBacre dx Ctuzp-^e^yir». — \mt, — AÂiac4 il ; 'Azxzjùjtut^ — MeiciinaU adressée x la tutioa icwt
ï. — L'Axi ij ?*•;-' «'^* iesKsa de fisir arec la Coostitaacte sa pabLca- - — Bir-iL:/?* =.**.* ia rédacteor. — Il oTess pas nonixjë dépatê i Ia isne. — U^rairfc^ie des puriotes. — Comaenccnseat de départ. — ScctytzjiAzXiB -.i;-^^. — Retour à Paris.— Fro^ramxe de la noaTtUe
Son suinéro de réapparition n'est pas moins énergique ^«ïeJni du 20 juillet: c'est celui-là même qui, le 21. avait tl chez Timprimeur : m Si le ciel daigne se mêler des d'ici-bas, paissent ces monstres devenir bientôt l'objet *:;g ire vengeresse ! puisse le peuple, soulevé à la fois ^ tocs les coins du royaume, les immoler à sa juste L'Ami du peuple y N** 530.) Affreux Marat, qui crie ince contre ceux qui ont massacré le peuple, qui ne se pas de déclarer froidement, impartialement, philoftîqaement du fond de son fauteuil qu'en vérité Lafayette rire eu tort, qu'il a été un jSeu loin, que l'humanité le sang, mais que le peuple doit pardonner à son ir parce qu'il est toujours beau, noble et généreux ^>hfier les injunîs. Maladroit Marat! que ne prenait-il ce ^des hommes d'ordre? on l'aurait laissé bien tranquille, ^>t-éire eût-il un sa part des largesses royales, et la posté- ** béuîrait sa mémoire. Patience, lecteurs, il nest pas *Dre temps d'abonl^T cette question; mais, je vous le te par la honte qui me monte au front en songeant que
voilà le langage des réputée sages, je ne l'esquiverai pas.
L'Ami du Peuple continua donc à reparaître, mais d'abord avec des interruptions, témoignages des obstacles qu'il rencontrait. Marat raconte que le 24 ou 25 août il eut une panique telle qu'il put se croire découvert, c'e'st-à-dire massacré sur place. « J'étais à méditer tristement dans mon souterrain sur Taffreuse situation de la patrie et les horribles persécutions exercées contre ses défenseurs, lorsque mon attention est éveillée par une voix très-aigre qui criait à tuetête : Il est ici, messieurs, le véritable Ami du peuple, il est ici. Je cours à mon soupirail, et j'entends distinctenoent: Le voilà, messieurs, le voilà; c'est le véritable, celui qui ose tout dire, qui n'a peur de rien. Je recule deux pas, puis j'en avance trois, et, à travers un petit esi^ace net d'un carreau très -sale, je vois un grand colporteur qui tenait un^ feuille à la main ; les passants se pressent autour de lui, et en moins de deux minutes il a vidé son portefeuille. Dn mouchard se trouvait là, et où n'y en a-t-il pas? perce la foule, le prend au collet, veut l'arrêter : un coup de poing part comme un éclair, et le mouchard va donner de la tète contre une borne, en criant à la garde. Deux voisins font sauver le colporteur, la foule augmente, les pousse -culs bleus arrivent... » (L'Ami du peuple^ N° 538.)
On avait bien sujet de tout craindre, car il n'avait rien retranché de son programme de journaliste : « Quelque danger qu'il y ait aujourd'hui à s expliquer avec franchise sur le compte des fonctionnaires publics, je ne changerai pas d^ ton, ne sachant* point capituler avec mes devoirs, ni trahir ma conscience. Pour moi le prince ne sera jamais qu'iU* tyran; ses ministres, des traîtres atroces; ses valets faiseurSj de décrets, de perfides scélérats; et presque tous les fonctioDnaii'es publics, des fripons prostitués. Atroces légistes, vous prétendez que la censure ne morde pas sur vous ! Soyez donc intègres, soyez des gens de bien, de vrais amis de la patrie; c'est le seul moyen convenable d'imposer silence à la cslo^"
nîe et de vous faire respecter môme des méchants. » {UAmi du Peuple^ Ii« 588.)
Ce ne peut être que dans ces crises de fureur contre l'autorité qu il flagorne le peuple pour le mettre de son parti; voyons ce qu il écrivait, le 27 août 91 : « Hommes lâches et corrompus, cessez de vous plaindre de vos fers, des outrages auxquels vous êtes exposés, de la tyrannie quon déploie contre vous; comment pouVriez-vous vouloir jouir de vos droits? vous les méconnaissez! comment pourriez-vous les défendre? vous n'en sentîtes jamais le prix! 11 faut des lumières, du courage, des soins, des combats, pour conquérir la liberté ; pour la conserver, il faut de la coiistance et une ▼ertuà répreuve des fatigues, des privations, de la misère, de la faim, des périls, de la douleur. Non, non, elle n'est point faite pour une nation ignare, légère, frivole; pour des citadins élevés dans la crainte, la dissimulation, la fourbe, le inensonge, nourris dans la souplesse, F intrigue, Tavarice, Tescroquerie, ne subsistant que de friponneries et de rapines, ne soupirant qu'après les plaisirs, les titres, les décorations, *t toujours prêts à se vendre pour de l'or... Il faut aax artistes, aux gens de lettres et aux savants des courtisans à lla|!»nmer; aux marchands et aux artisans, des riches à servir; aux intrigants, des capitalistes; aux faiseurs d'allaires et aux fripons, des fils de famille à dépouiller; aux oisifs, des spectacles et des jeux; tout le reste ne les intéresse nullement... U en est de notre Révolution comme dune cristallisation troublée par des secousses violentes ; d'abord tous les cristaux disséminés dans le liquide s'agitent, se fuient et se noient sans ordre; puis ils se meuvent avec moins de vivacité, * rapprochent par degré, et finissent par reprendre leur prenjîère combinaison et par se rejoindre étroitement. » Ibidetn^ ^* 539.) Si le dévouement désintéressé à une cause qu'on ^it juste et dont on prévoit le succès est une vertu civique, l^el nom faut-il donner à ce même dévouement sans espoir, sans autre perspective que le sacrifice de sa propre vie?
Comprendrons -nous enfin qu'il est des situations politiques tellement oppressives, tellement dégradantes, que ce devient un devoir pour quiconque se sent homme de crier avec l'Ami du peuple : « Oui, je le dis dans la sincérité de mon cœur, puisque notre seul espoir est dans la guerre civile, je fais des vœux pour qu'elle éclate au plus tôt. » {L'Ami du Peuple^ N° 540.) N'était-ce pas la situation où nous avait mis la royauté au 14 juillet 89?*
Un seul argument pourrait confondre Marat; ce serait de prouver qu'au 29 août 91 la France n'était pas réduite à cette terrible extrémité; or, le sang des massacrés du Champde-Mars fume encore, voilà pour l'intérieur; et avant-hier, dans l'entrevue de Pilnitz, Léopold et Frédéric ont juré d'employer les moyens les plus efficaces pour affermir les bases de l'autorité de Louis XVI; voilà l'extérieur. Mais les historiens ne sont jamais que les prôneurs des faits accomplis. Qu'àl'appd de Marat, les Parisiens se soient soulevés au 29 août 91 au lieu d'un an plus tard; qu'ils aient anéanti la royauté : ces apologistes du succès n'auraient pas assez d'éloges; mais parce que Paris ne s'est pas ému à la voix du journaliste, Marat est un anarchiste; ils n'ont pas assez d'opprobres pour en couvrir ce brandon de guerre civile. Plus indépendants et plus logiques, les Tacites à venir reviendront sur ces décisions de la peur ou de Tinintelligence révolutionnaire; ils reconnaîtront, ils constateront l'urgence d'un appel à la révolte; ils rendront plus de justice au grand citoyen qui croyait q«'on n'épargne le sang des enclaves qu'en n'épargnant pas celui des tyrans.
Nous entrons en septembre 91; à la Constituante va succéder la Législative. Marat avait lieu d'espérer que ce changement exclusif dans le personnel des représentants ferait surgir d'autres lois plus en rapport avec la déclaration des droits, seule œuvre vraiment révolutionnaire de nos premiers législateurs. C'est pourquoi l'Ami du peuple avait résolu tout d'abord de clore sa publication avec la première Assemblée: c'est du moins ce qu'il annonce dans les premières lignes
BIOGRxVPHIE. * 409
e son numéro 546 du 5 septembre : « Avant de quitter la lume,. que j'ai consacrée depuis trois ans à la défense des roits de la nation et de la liberté publique, mon dernier !gard sera pour le bonheur du peuple. » Et trois jours après, Tenant un ton tristement goguenard, il finissait son nuéro 5/19 par cette lettre : « Billet de l'auteur aux pires mucrîts. Mes compliments à l'auguste. Assemblée. Grâce à
sublime constitution, messieurs, que vous avez donnée à la •ance, il n'y a plus d'eau à boire à être homme de bien : et mme il y a les galères à gagner en défendant les droits de nation, et la corde à craindre en disant leurs tristes vérités MM. Capet, TAmi du peuple a l'honneur de vous donner is qu'il est sur le point de renoncer à la folle entreprise de mmoler au salut public, pour ne plus songer qu'à refaire fortune, s'étant réduit à Ih besace dans la poursuite de ce oJ€t insensé, ayant même été dévalisé chez quelques citoyens xquels il avait demandé asile. »
Voilà ses comptes rendus au point de vue commercial, t-ce après les avoir vérifiés, la plume à la inain^ que
Michclet a écrit : « Marat gagna beaucoup d'argent par ajournai? » Oui, sans doute, VAyni du Peuple se vendit r moments à un grand nombre d'exemplaires et à prix 562 élevé, et pourtant l'auteur n'y gagna rien; nous en ons drjà trop répété les raisons pour les ressasser ici ; mais
Michelet ne comprend pas cela, ce qui prouve qu'il est is habile commerçant en librairie que Marat, et voilà tout.
Nous disions dans notre chapitre XXI qu'il n'y avait Qais eu de parti maratiste, même au moment de la plus uide vogue du journal; en voici une nou\clle preuve :
ce moment des élections se préparent, le nombre de.^. >utés est immense, puisque les précédents ne sont pas ligibles; or, à coup sûr, personne n'a jusqu'ici fixé l'atten- Q générale plus que Marat; personne ne s'est plus excluement adonné à la chose publique, n'y a plus sacrifié; 'sonne n'a été plus persécuté pour la cause révolutionnaire
radicale; Marat est encore en ce moment obligé de se cacher, r élection suffirait pour lui ouvrir les portes de son cachot volontaire, pour le rendre inviolable, pour Timposer à k réaction; personne n'a montré plus d'aptitude législatrice; quelques-uns lui ont reproché un zèle exagéré, mais que craindre de cette exagération dans une assemblée, et à une époque où le défaut contraire serait mille fois plus à redoih » ter ? personne, en un mot, ne méritait à plus de titres Thottneur d*ôtre élu représentant de Paris. Eh bien, en 1791, il n'en est pas même question; nous n'avons pu découvr'ur uoe seule liste où il eût été porté seulement comme candidat, et nulle part la moindre réclamation; personne n'y pense, 3 peut mourir dans son coin, je ne suis pas sur qu'on en fassb mention , à moins qu'un cri de joie, un hurlement d'hyène ea délire ne s'échappe de l'antre de la police. 0 peuple, quelle ingratitude ! Vous tous, qui voulez embrasser sa cause, appre- * nez ce qu'elle rapporte en fortune, en honneurs, en gloire, en reconnaissance. Et l'on vient dire que c'est le parti des ambitieux, quand tant de nullités se produisent si facilemeot dans le parti contraire; quand il suffit^ suivant l'expression de Marat, d'opiner de la culotte pour y recevoir son salaire! Allons donc, le véritable ambitieux sait compter, sait prévoir, sait juger; comment demanderait-il de la fortune au peuple qui n'a pas môme de quoi manger? des honneurs, au peuple qui n'en dispose pas? de la puissance, au peuple sous le jougî de la gloire, au peuple ignorant et toujours dupe ?
Oui, ce dut être un coup terrible pour Marat que celte indifférence, que cette ingratitude publique. 11 dut être assailli de réflexions poignantes, et comme homme et comme citoyen. L'homme aurait voulu immortaliser sa mémoire^ et le voili enseveli sous l'oubli, le second linceul des morts! Le citoyeu aurait voulu confondre. à la tribune les ennemis de la Révolution, parce que là sa voix aurait été plus y)uissante et se serait fait entendre à plus d'auditeurs encore. iNon, rien, n^" que rindilVérence. 11 nous semble que c'est le moment où il
souffrir plus profondément dans tout son être, corps et ; car plus d'espoir! Et qu'on ne croie pas qu'il se répande ^proches contre ses ingrats concitoyens; qu'il use de sa le pour colporter sa candidature, comme font les éhontés os jours; qu'il chante lui-même ses propres louanges, un mot. Marat avait l'âme trop hautaine, avait trop de atesse pour descendre à ce rôle dégradant de prôner îême ses ser\ices, et d'en mendier le prix. Dès 89 il exprimé ces sentiments dans ses conseils aux électeurs; 1, quand il pouvait se porter sur les rangs, son opin' avait pas changé. Ceux qui feignent aujourd'hui tant lépris pour sa mémoire ont-ils plus de dignité d'euxes?
[arat avait résolu non-seulement de cesser son journal, encore de quitter la France. Cette seconde détermin ressort de son numéro du 20 septembre : « Peut-être (Herai-je un jour«à jeter sur le papier le récit h^torique a captivité, le repos que je vais chercher dans une terre igère, et que je ne puis espérer dans la patrie asservie. » u 21 septembre, son numéro 656 a pour sommaire : Der* adieiix de VAmi du peuple à la patrie. Il y récapitule ce qu'il a souffert pour la cause de la liberté; il termine îs termes : « Ce genre de vie, dont le simple récit glace Burs les plus agueriis, je l'ai mené dix-huit mois entiers me plaindre un seul instant, sans regretter ni repos, ni irs, sans tenir aucun compte de la perte de mon état, de anté, et sans jamais pâlir à la vue du glaive toujours sur mon sein. Que dis-je? je l'ai préféré à tous les avani de la corruption, à toutes les délices de la fortune, à l'éclat d'une couronne. J'aurais été protégé, caressé, si j'avais seulement voulu garder le silence; et que d'or l'aurait-on pris prodigué, si j'avais voulu déshonorer ma »! J'ai repoussé le métal corrupteur, j'ai vécu dans la reté, j'ai consent mon cœur pur. Je serais millionnaire ird'hui si j'avais été moins délicat, et si je ne m'étais
pas toujours oublié. Au lieu des richesses que je tfai pas, j'ai quelques dettes, que m'ont endossées les infidèles manipulateurs auxquels j'avais d'abord confié l'impression et le débit de ma feuille. Je vais abandonner à ces créanciers les débris du peu qui me reste, et je cours sans argent, sans secours, sans ressources, végéter dans le seul coin de la terre où il me soit encore permis de respirer en paix, devancé par les clameurs de la calomnie, diffamé par les fripons publics que j'ai démasqués, chargé des malédictions de tous les ennemis de la patrie , abhorré des grands et des hommes en place, et noté dans tous les cabinets ministériels comme un monstre à étouffer ; peut-être ne tardèrai-je pas à être oublié du peuple, au salut duquel je me suis immolé; heureux sites regrets des patriotes m'y accompagnent; mais j'y porte te témoignage honorable de ma conscience, et j'y serai suivi de l'estime des âmes fortes...
« J'ai combattu sans relâche jusqu'à ce jour, et je tfai pas quitté la brèche que la place ne soit emportée. S'il estai France un seul homme instruit et déterminé qui ose me reprocher d'avoir trop tôt désespéré du salut public et de maoquer de constance, qu'il vienne prendre ma place, et qu'il la garde huit seuls jours.
« Citoyens, je ne vous demande ni regrets, ni reconnsûssance; ne conservez pas même le souvenir de mon nom; mais si jamais quelque coup du destin vous ramenait la victoire, souvenez-vous de la fixer en profitant de vos avantages, et n'oubliez jamais, pour assurer votre triomphe, les conseils d'un homme qui ne respirait que pour établir parmi vous te règne de la justice et de la liberté. »
C'était son dernier numéro écrit à Paris, et le soir môme il partait pour l'Angleterre. 11 fuyait si Ton veut, mais à la manière des Parthes, en combattant encore.
Son numéro du 22 septembre est daté de Clermont en Beauvoisis; il a mis encore son voyage à profit pour le salut public. 11 raconte qu'il s'est trouvé dans la voiture avec
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inq émigrés; il s'est mêlé à la convprsation, il s'est attiré îQT confiance, il les a sondés, il a soutiré leur secret. 11 a ppris et il révèle les moyens qu'ont les émigrés d'obtenir es passe-ports, leurs espérances, leurs des>eins de prendre îur revanche de Varennes, enfin le parti qu'ils tireront tous ss premiers de l'amnistie, de l'ouverture des barrières que cm XVI vient d'annoncer à propos de l'acceptation de la institution.
Le numéro 558 est daté de Breteuil. Nouvelles révélations or les émigrants. Le 559 a été rédigé à Amiens; c'est un des lus intéressants; il prouve combien Marat était au-dessus des réjugés vulgaires, combien il craignait peu de se dépopulaser en combattant parfois l'opinion générale ; il s'agit du imeux décret rendu contre les nobles, à propos de leurs titres a noblesse, de leurs noms pompeux, et l'Ami du peuple en Contre l'injustice et l'inutilité : « Quand la justice n'aurait 18 interdit au législateur ce coup d'autorité, la sagesse aurait ùlui en faire sentir la folie. » Et il finit par cette note : « Si ivais été le législateur, loin de les avoir dépouillés de leui*s 1res et de leurs ordres, je leur aurais fait un devoir de les orter continuellement en public; par ce moyen le peuple les it distingués au premier coup d'œil, il eût appris à s'en êfier et à les repousser comme ses ennemis. »
Le 27 septembre, retour vers Paris; il en détaille les cirinstances. Et d'abord ne nous étonnons pas qu'il se ravise, •ne prenons pas sa résolution pour une comédie, car il avait ïit textuellement en partant : « On dit que dans quelques urs le roi acceptera la Constitution, et qu'on publiera une Qnistie générale : je désire être seul excepté. Au demeurant» k peuple se relève, je reviens me remettre à mon poste. » 'Ami du Peuple j N" 556.)
Mais que lui était-il donc arrivé? Un des émigrants dont
avait révélé les menées était mouchard ; Marat faillit être
'kfCar la police était toujours à sa recherche. Voici comme
raconte l'affaire : « Descendu à l'hôtel d'Angleterre, à
414 JEAN-PAUJ. MARAT.
Amiens, il entend, sur la dénonciation de l'homme de un agent dire à ses côtés : C'est lui, je le reconna doute il y avait amnistie, mais l'Ami du peuple sav qu'il serait toujours de bonne prise. 11 feint donc de n( cevoir de rien, il se promène à pas lents, et tout à c( parait dans la foule et se sauve à travers la camps cache derrière une haie. Un berger passe, Marat lui d de le reconduire sur la roiite de Paris par des sentiers nés. Celui-ci lui donne pour guide un patriote, ui garde française. Le brave homme ne demande pas TAmi du peuple endosse un habit de paysan, et les route. Le malheur veut que le fugitif fasse un faux p donne une entorse. Force fut de trouver à grand'pe charrette et de s'y faife installer. A Beauvais, on le tn dans un cabriolet, et le lendemain Marat se retrc Paris. » {L'Ami du Peuple ^ N<» 560.)
Cependant ce voyage ne lui avait pas été inutile, pu, le long de la route, se convaincre par lui-même campagnes n'étaient pas aussi abattues, aussi déco que Paris ; les émigrants et les officiers de l'armée lui appris quel était l'esprit du soldat révolté contre l'op] des chefs; d'ailleurs, la nouvelle assemblée comptera être quelques patriotes; puis l'imprévu si fécond en m enfin le démon de Socrate; tout lui disait : Repre poste.
Telles étaient les réflexions que se faisait le voyag ce disant, il se traçait un nouveau programme. « Go; n'a rien négligé pour égarer le peuple, il ne deman être éclairé. Si la prochaine législature n'est pas aussi que l'Assemblée constituante, il est possible que les p se relèvent, que la liberté s'établisse à certain pou qu'il en soit, je suivrai la marche du nouveau Corps lé jusqu'à ce que j'aie pénétré ses projets et que je prévoir la tournure que prendront les affaires publique dant le cours de deux années que j'ai combattu pour
yùM '^P^P^^* j'^î ^u ^'"^P d'occasions de reconnaître que nous
iTitioDS pas mûrs pour la liberté, et de me convaincre que
junais la nation ne saura se préyaloir de ses avantages. Elle
pouvait assurer son bonheur au moyen de quelques sacrifices
Mglants : les Cripons qui Tégaraient ont tout mis en œuvre
pour l'en détourner et lui ^n faire horreur. Je ne lui parlerai
donc plus de ses justes vengeances contre les ennemis de son
repos, puisqu'elle est d'humeur assez douce pour laisser
égorger impunément ses membres infortunés; mais je conti-
naersû à éclairer les machinations ténébreuses des scélérats
«chamés à sa perte, et à chercher les moyens de les déjouer.
Je ferai plus, je proposerai les moyens de ramener peu à peu
ennemis avec lesquels nous sommes forcés de vivre, en
amusant par des hochets, après leur avoir ôté la puissance
de nous perdre.
tt Depuis le massacre du Champ-de-Mars, le voile de l' illusion est déchiré. Au lieu de ce temple auguste élevé à la lîl>erté, que nous promettaient nos indignes mandataires, ils ont construit sur le sable un édifice gothique : c'est aux nou- ▼çaux députés à tenter la reconstruction, et aux écrivains paitriotes à empêcher qu'il ne nous écrase sous ses ruines. » C t^'Ami du Peuple^ N** 5(50.)
C'était promettre beaucoup plus que son tempérament ^^ pourrait tenir; est-ce qu'on peut, avec de la sensibilité, assister de sang-froid au spectacle de la trahison, de l'hypo- ^îsie, des perversités de toutes sortes ? Est-ce qu'il pouira ^^ïrprendre, sans crier aux armes, les pièges nouveaux ten- ^'is au peuple par ses éternels ennemis? Sans crier ven- B^nce, pourra-t-il voir, au nom de la liberté, les patriotes Poursuivis, emprisonnés, écriés; le peuple, toujours le P^ple sacrifié, comme si le sang des oj)primés était moins !?fécieux que celui des oppresseurs? Non, il ne le pourra pas, ^^ je lui en sais gré; car c'est à cela que je le reconnais; ^^t par là qu'il fut, à mes yeux, plus grand que tout autre. le sais bien que ce don si rare et si fatal au bénéficiaire ,
de ressentir dans toutes les fibres de ses entrailles les douleurs d' autrui, lui sera dénié; je sais que l'égoïste et l'indifférent ne peuvent comprendre chez les autres ce qui ne vibre pas en eux; je sais que l'ambitieux donnera pour mobile i tous ses actes, à toutes ses aflirmations, celui qui le dirige lui-même ; je sais que l'intéressé à combattre le paili du peuple ne peut, quoi qu'on prouve par les faits, par la logique, par le sentiment, rien admettre de ce qui tend à ruiner ses privilèges; je sais enfin qu'un premier appel du jugement inique de l'histoire ne peut être accueilli sans soulever la suspicion : eh bien, c'est ce que je veux. Oui, je ne demande au lecteur que le doute. Parce que le doute, dans une conscience loyale, appelle la révision de tous les faits avancés, et que je ne crains pas cette révision, que je conjure au contraire le lecteur de ne se prononcer qu'après avoir instruit la cause par lui-même, qu'après s'être convaincu que pas un mot ne peut être retranché de. cette déclaration que faisait Marat en 1792 : « Le jour de l'évasion du roi, dont j'annonçai la fuite, j'aurais pu être nommé tribun du peuple, si j'avais voulu me montrer; mais quand mon éloigneraent naturel pour toute espèce d'emploi ne m'aurait pas garaati des prestiges de l'ambition, la seule connaissance que j'aidiJ caractère français aurait suffi pour m'en guérir. Quel insensé pourrait se fier à des hommes cruels et versatiles qui traitent de visionnaire TobseiTateur pénétrant qui leur dévoile les complots de leurs ennemis, qui Télèvent aux nues à l'instant où ils voient ses présages se réaliser, et qui, le lendemain i oublient le prophète pour se moquer de lui à l'ouïe d'une nouvelle prédiction, ou l'invectiver à l'exemple des ennemis de la liberté. Insensés, qui vous acharnez à ma perte, combien vous rougiriez de vos calomnies, si vous pouviez lire dans le cœur de l'Ami du peuple. Apprenez que le plaisir de secourir les opprimés et la gloire de concourir au bonbeuf
du genre humain font toute son ambition, et n'oubliez jamais que de la foule impaense de citoyens qu'il a arrachés auglai^'^
i tyrannie, il n*en connaît pas vingt personnellement, et n'a jamais accordé aucune entrevue à ceux qui lui andaient la permission de remercier leur bienfaiteur. )» irnal de la République, N* &0.)
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