II
noms, il les a désignés à la vindicte publique; eh inen, qu'on consulte les listes des condamnés par le tribunal révolutionnaire ; qu'on énumère combien de dénoncés par TAmi du peuple ont subi la peine de leurs forfaits. Pour la vingtième fois enfin , nous ne dirons pas au lecteur : crois-noœ sur parole ; nous lui répétons : le journal du prescripteur csl là, les pièces sont sous ta main, vérifie. Mais, vérification faite, prononce, car la justice l'exige.
ié sais bien que si, au lieu de demander la mort des ooi: pables, Marat se. fût contenté de l'exil, de la prison, de h déportation, il compterait plus de partisans. Usas y afOvous bien réOéchi? Si Marat concluait à la peine capitale, c'est qu'il savait que de la prison, de l'exil on revient, pawe que toutes les autorités sont sœurs et que par prévoyanoe elles gracient; c'est qu'il savait qu'on ne revient jamais 8« une vengeance au cœur plus implacable, et que nous n'avoi que trop chèrement et trop de fois payé la faute irréparaH de notre indulgence. Et pourquoi donc Marat, réclamant h peine capitale pour des forfaits avérés, serait-il plus crodqi le juge qui tous les jours prononce du haut de son tribunal l même peine pour le merae crime? Serait-ce que les déntmcé par Marat, nominativement ou non, n'étaient pas coupables Qu'on Taffirme, et nous répondrons. Serait-ce que le jog prononce au nom d'une loi existante ? Mais quand le législa teur a prévariqué et que le juge n'est plus qu'un corapUtt n'existe -il pas au-dessus de la loi qu'ils ont faite et açpl quée une autre loi antérieure, éternelle et plus sacrée, cett loi qui légitime les révolutions, que la société civile a grav^ sur sa table d'airain sous le nom de loi de salut public, qi la nature a gravée au fond de notre être sous le nom de dro de conservation ?
Si, de propos délibéré, Marat appelle la mort sur latft de ceux qui ont tué, c'est que cette menace seule peutfe arrêter : « La mort, la mort, voilà quelle doit être la puniliof des tr^dtres acharnés à vous perdre; c'est la seule qui te
^aœ d'eiïroi. » Si nous autres, au contraire, préférons l'exil, tB n*est pas par plus d'humanité, mais par un sentiment qu'il ne faut pas déguiser. J*ai vu des malheureux entassés au fond de la cale, destinés à mourir lentement dévorés par les fièvres du tropique, eh bien, je dois le dire, mon cœor ne s'est pas brisé comme il aurait fait devant l'appareil du supplice; il se complaisait dans je ne sais quel espoir irréalisable qui n'était m fond que le besoin égoïste d'échapper à une image déchi- .nuite, qui n'était au fond qu'une lâcheté. Avouons-le à notre hùùtiè: il semble que l'humanité soit satisfaite quand à la mort sioglante on a substitué la mort sèche. Mais si nous voulons tee sincères, ne nous payons plus de mots« et, songeant qn'un plus haut degré de terreur sai^t le tyran à la menace 4u supplice, parce qu'il est homme aussi, n'hésitons pas à fRHKmcer une peine plus propre k le glacer d'épouvante et à Mver des innocents. Et comprenons enfin qu'à ce pêle-mêle irréflexions sur l'audace toujours croissante de la réaction, inr l'imminence des dangers de ceux qui allaient être frappés, Ah justice de la cause qu'il défendait, sur les appels tant de lois réitérés et toujours vains aux promesses faites et violées; wnprenons, dis-je, qu'à ces pensées de notre injuste sensi- Uité pour les grands coupables, de notre froideur léthargique four les maux auxquels nous espérons en secret échapper, comprenons que Marat, par une humanité mieux comprise, i^inonible à tous les points de vue puisqu'elle avait le salut PoUic pour objet, se soit écrié un jour, éperdu et dans le dâire du danger : a Citoyens, que le feu du patriotisme se rallune dans votre sein,, et votre triomphe est assuté; coures ^Bx armes, vous connaissez aujourd'hui les vraies victimes qui Aiveot être immolées à votre salut; que vos premiers coups tonbent sur l'infâme général; immolez tout l' état-major ; im- Mlez vos chefs vendus au héros contre -révolutionnaire; ^loolez les membres corrompus de l'Assemblée nationale f^ vous ont vendus à la cour, l'infànàe Riquetti à leur tête, ^pez les pouces des mains à tous les jadis nobles qui ont
conspiré contre vous; fendez la langue à tous lescalodos indignes qui ont prêché la servitude. Il n'est aucune mesure que ne justifie la loi suprême du salut public; si vous êtes sourds à mes cris, c'en est fait de vous pour toujours, i
{L'Ami du Peuple^ N* 305.)
Qui de nous ne voudrait se soustraire à ces terribles extrémités? Mais pour ne pas tremper mes mains dans le sang, dois-je me laisser égorger? car il n*y a pas de terme moyen, je vous l'ai déjà dit, le massacre a commencé sur place à Nancy, il se poursuit partiellement dans toute la Franchies détails sont historiques, on ne peut les récuser. S'il ne s'agissait que de moi seul, je pourrais encore me résigner, tendre la gorge au bourreau; mais je suis citoyen, je suis hoffloe public, je suis Marat, et je n'ai pas le droit de stipuler pcwr regorgement des autres; j'ai devoir de leur crier : Levei-iwi et défendez-vous, et si mes concitoyens ne m'entendent p»i j'ai droit d'épouvanter les bourreaux par la frénésie de nw menaces. C'est justement ce qu'espérait Marat, et, de fait, il tf de terreur reculer les assassins. Et c'est pourquoi je lui sas gré de cette fureur patriotique que nous ne condamnons qw par indifférence et lâcheté. Oui, lâcheté, car, ayons au moins là bonne foi d'avouer que ce qui étouffe le plus souvent nos cris de vengeance' au spectacle des atrocités légales, c'estb crainte de nous compromettre ; mais lui, entendez-le une fois encore, et si vous osez vous avouer en secret seulement à combien de dangers il s'exposait en écrivant les lignes qui vont suivre, force sera de reconnaître que jamais courage n'égala le sien : « Citoyens, puisque vous êtes destinés à périr au milieu de la société qui vous abandonne, vous voilà rentrés dans l'état de nature. Rassemblez-vous donc de toutes parts, armez-vous donc de votre désespoir, et courez, la torche à la main, réduire en cendres les repaires de ces brigands qui font le malheur de votre vie. Courez ensuite au sénat, ouvrez-en les portes à ces hommes bornés qui ne voient pas quand ib sacriûent vos. droits, à ces hommes froids qui n'osent pas
I défendre, à ces hommes honnêtes qui ne savent pas \ soutenir; puis refermez-les sur tous les autres, et qu'ils rissent au milieu des flammes. C'est l'àme suffoquée d'ingoation contre la scélératesse de vos perfides représen* Qts que l'Ami du peuple vous donne ce conseil. S'il tombe i-méme entre les mains de ces barbares conspirateurs, il ne abaissera pas à leur demander grâce; et, si sa voix étoufl<ée ir la douleur peut encore se faire entendre, sa seule justifition sera de leur dire qu'il n'a d'autre regret que celui de 5 voir impunis. » [I.'Ami du Peuple^ N** 351.)
Je vous entends, ai-je dit déjà, philosophes, vous voudriez l'on en appelât à la loi des abus d'autorité que vous conimnez aussi chaleureusement que Marat, dites-vous. Mais y ez-vous bien songé, hommes sages et vides? de loi, il n'en t plus, puisque c'en est la violation même qui nécessite nsurrection : « Il ne s'agit plus de poursuite légale, puisque justice est impuissante contre ces scélérats. » {Ibidany ihh.)
Faut- il s'étonner que les concitoyens de l'Ami du peuple iient pas eu le courage de se lever à ces cris d'alarme, land nous autres, au récit de ces terribles extrémités, teons dire : il avait raison? Aussi le mal gagnait-il toujours vaotage par l'impunité; après Nancy le massacre de la tapelle, après celui-ci le massacre de la Râpée, de Maisoninche et tant d'autres, sans compter les incarcérations par- Dès et les tortures physiques et morales qu'elles supposent. Aveugles citoyens, n'ouvrirez -vous jamais les yeux? 11 y a ux mois que cinq cents tètes abattues auraient assuré votre nheur : pour vous empêcher de périr, vous serez peut-être tes d'en abattre rent mille après avoir vu massacrer vos res, vos femmes et vos enfants. » {Ibidem^ N° i^36.)
Cette dernière parole nous ramène à notre point de défi: est-il vrai que Marat ait demandé quon abattît des es par cent mille? Et d'abord remarquons que le nombre il vient de désigner est insignifiant par lui-même, puisque
trois mois plus tard, c'est-à-dire quand le mal s'est encore, quand, par conséquent, le chiffre devrait être pi élevé s'il était le résultat d*une liste arrêtée, l'Ami du peupi écrit : « 11 y a onze mois que cinq cents têtes auraient sa aujourd'hui il en faudrait cinquante mille; peut-être en bera-t-il cinq cent mille avant la fin de l'année. La F aura été inondée de sang, mais elle n'en sera pas plus {L'Ami du Peuple y Ji^ k7l.)
Huit jours après, le 15 juin, une semaine avant 1' de Varennes : « Le moment s'approche où le peuple sentin^ ^ nécessité indispensable d'avoir un tribun ou un dictat^^^r momentané pour le défendre contre les légions nombreiEss de ses oppresseurs. Si jamais j'étais jugé digne de cet hovneur, ma première expédition serait de faire accrocher tes pères conscrits, traîtres à la patrie, chacun à leur place. » {Ibidem, N»âOO.)
Toujours la môme prescription, afin que le peuple n'oublie pas que sans cette mesure Texécution, tombant sur des innocents, n'atteindrait pas le but. Et c'est alors qu'il s'oflre en personne pour plus de certitude encore. Et le jour dcl* fuite, au moment où le peuple va peut-être se lever : « Faite» tomber votre choix sur le citoyen qui a montré jusqu'à ce jour le plus de lumière, de zèle et de fidélité. .• Un tribun, uï* tribun militaire, ou vous êtes perdus sans ressource. » Ento» après le massacre du Chanip-de-Mars : a Rougissez, dit-il» d'avoir traité FArai du peuple de cannibale, lorsqu'il vou^ pressait de sauver la nation par le sacrifice de cinq cent» tète^ criminelles. » {IbideiJiy N*» 529.) « Par une pitié barbare,!^ peuple s'est mis dans l'affreuse nécessité de rétablir l'ordre* en faisant couler le sang à grands flots, » {Ibidem^ N* 549.)
Arrêtons -nous ici, nous ne pourrions que répéter 1^ mêmes paroles à propos des mêmes scènes. Il n'est plus possible d'en changer le sens sans la plus insigne mauvaise fo'* C'est pourtant ce qu'on a fait. Pour laisser croire que Mar»^ était un proscripteur à la manière des Svlla, on a supposa
des listes toutes dressées, afin de faire entendre que les BOttbres indiqués: ôOO; 10,000; 50,000; 100,000; 500,000 teient fixes. Mais comme le nombre entier aurait sufli pour sniever le doute à cet égard, on a eu soin de le fractionner. Ci qui donnait un sens proscripteur inniable. Qui allègue ces nombres fractionnés? Trois ennemis fieffés de Marat : le MonàeuTy Barbaroux et M. Micbelet. Nous décTârons avoir relu quatre fois, sans en passer une page, tout l'Ami du Peuple et les antres écrits de Marat, et n'avoir jamais trouvé les chiffres de Î70,000 têtes consignés dans le Moniteur^ non plus que ceux de 260,000 et 273,000 cités par le girondin et Thistorieo moderne. Le Moniteur est dans les mains de tout le Mnde, chacun peut le consulter à la séance du 26 octobre 1792; mais que dit Barbaroux ? « Marat voulait me prouver qte c'était un calcul très-humain d* égorger dans un jour ttO,000 hommes. Sans doute il avait de la prédilection pour ce Bombre, car depuis il a toujours exactement demandé 110,000 têtes, rarement il allait jusqu'à 300,000. » {Mémoires et Barbarouj^y page 57.) Encore une fois nous défions qu'on twmve ce chiffre une seule fois dans son journal ; nous ne pemrons faire d'autre réponse à cet égard, parce que Tabsence depièces répond à tout en bonne justice.
Mais attendez. M.- Michelet n'est pas d'accord avec Barl^ux : « Toujours le même refrain : la mort. Nul autre Attgement que le chiffre des têtes à abattre, 600 têtes» W,000 têtes, 20,000 têtes; il va, s'il m'en souvient, jusqu'au cWTre singulièrement précisé de 270,000 têtes. » {Histoire ^ la Kévolution française, t. Il, page 395.) Comment M. Mi- ^et, qui a lu Marat la plume à la main, s'en rapporte-t-il ^••mémoire, surtout quand elle est aussi infidèle? N'est- ^ pas inqualifiable, quand H s'agit d'une accusation aussi Itfe?
Mais attendez encore, M. Michelet, deux volumes plus ■în, ne se souvient plus dé ce qu'il a écrit; et cette fois il a ittrottvé ses notes sans doute, ou bien sa mémoire est plus
fidèle, car nous lisons : « Dans les derniers temps de sa vie, Marat s'était arrêté, je ne sais pourquoi, au chiffre minimi en vérité, de 273,030 têtes. » M. Michelet en impose pi sciemment que Barberoux, car ce dernier ne se targue d'avoir lu l'Ami du Peuple la plume à la main , et pourrai alléguer que c'était le chiflre spécifié verbalement par sauf à nous à n'en rien croire. Mais M. Michelet affirme » pièces que nous le mettons au défi de présenter. II ne pas, dit-il, pourquoi Marat s'était arrêté au chiffre de 273,00C^^; ce que nous savons bien, c'est la raison pour laquelle Pavez inventé : c'est qu'un nombre aussi exactement spécifi précisé par la fraction, équivalait à une liste toute faite av noms, flcmeures et signalement des victimes dé^^ignées ; c' qu'il organisait le massacre par avance; c'est que Sylla pàlm. sait devant l'Ami du peuple; c'est que ce chiffre ne pas soupçonner les appels à la justice régulière que Marais faits tant de fois et que l'historien n'a pas cités une seul € c'est que ce chiffre donnait un sens to^it nouveau à la fonctl de dictateur réclamée par Marat; c'est qu'enfijl un homr qui se propose pour être lui-même le bourreau de 273,fr<lW) de ses concitoyens doit être en effet considéré comme la vè table porsonnilication du meurtre. C'était la dernière touc du maître; c'était, si l'on veut, l'accent suprême qui vie^ "*^^ achever la ressemblance du portrait, qui donne au perso*''* nage s:i v('*ritable physionomie. En peinture cela s'appelle ^3*1 génie: en histoire, quand le fait est coritrouvé, cela s'appe^-^^* mensonge; et, pour peine ressortant de la nature du dêl i"^» rhistorien qui le commet mérite de perdre toute autorL ^^* D'autres historiens ont été, à cette occasion, plus extrav^*^-* gants que M. Michelet, mais non pas aussi perfides; nc^ '^-''^ lisons dans un livre intitulé Paris pendant le cours de ^^ lUrolulion^ page 06 du tome I : « En septembre 92, Ma^^^^ fit la proposition de faire couper sept à huit cent mille tête» ^
Quant à nous, si nous nous sommes suffisamment nr^"-*" comprendre, si nos citations sont vraies, nous ne devons pï
avoir besoin d'insister pour démontrer que ces nombres 10,000, 50,000, 100,000, 500,000, prouvent par leur exagération même et par le vague de leur spécification qu'ils n'étaient sous la plume de l'écrivain qu'une sorte de figure de logique pour témoigner de la progression géométrique du mal, A je puis m'exprimer ainsi.
C'est si certain que voici l'aveu de Marat : « S'il m'était jpossible de déduire ici les raisons qui m'ont déterminé à tel ou tel acte de vigueur, que les hommes bouchés ou pusillanimes ont regardé comme des coups de tête, sans en excepter te conseil que je donnai de dresser huit cents potences pour les traîtres constituants, je ne doute pas qu'ils ne les regardassent bientôt comme des traits de sagesse, calculés sur les circonstances, l'opinion publique, les moyens de produire de fortes impressions sur les esprits, et de détruire toute fatale ^^urité. C'est ce que je m'engage à prouver, si jamais je ^ouve le loisir de donner dans des notes sur l'Ami du peuple, les motifs qui m'ont déterminé dans chacun de mes prétendus écarts. » {Journal de la République^ N*» 109.)
Enfin, pour nous résumer en quelques lignes, nous dirons :
^^U, Marat ne fut pas la personnification du meurtre, car
i^Ur punir des coupables reconnus il a demandé tout d'abord
9^* on créât un tribunal; sur le refus de cette érection, et
^^\ant des forfaits qu'on ne peut nier, il en a appelé au droit
^ la résistance ; mais en même temps, de peur que le peuple
^^Xilevé ne se trompât dans sa vengeance, il a demandé la
^Omination d'un juge suprême appelé dictateur ou tribun.
"^^ tout moyen légal de prévenir la contagion contre-
^*^volutionnaire lui fut refusé, ses ennemis mêmes s'ap-
Ï^Xiyaient des mesures qu'il avait prescrites pour le calomnier,
cependant le peuple était de plus en plus poussé vers
^ ^tme, la liberté de plus en plus compromise; c'est alors ^ue, ne prenant plus conseil que de lui-même, Marat résolut ^'arrêter le mal par Jia terreur qu'il inspirerait à la fois aux ^^actionnaires et aux patriotes ; aux réactionnaires en exagé-
n JEAN-PAUL MARAT.
rant ses menaces, aux patriotes en exagérant la progression du nombre de leurs ennemis : de là le tableau des supplices à infliger aux coupables, de là les chiQres toujours croissants des têtes à abattre. Mais dans ces deux derniers cas mêmes, pour qu'on ne se méprenne pas sor ses véritables intentions, toujours la demande réitérée d*an dictateur devant répondre seul des mesures de salut public qu'il aurait prises; enfin, poor dernier acte de dévoueoient, Harat se propose pour remplir cette charge conapromettante , dût sa mémoire être flétrie à jamais, pourvu qu'il sauve le peuple» la patrie et la liberté des fiureurs du despotisme.
Est-ce à ces titres que Marat mérite la désignation outrir géante de personnification fixk meurtre» ou ne serait-ce pis plutôt parce que son courage est un secret reproche à notre pusillanimité, et surtout parce que la doctrine de la légitioûté de Tinsorrection contre toute autorité qui s'impose à quelque ûtre que ce soit étoulTerait à jamais la tyrannie à$m ses germes? Ne nous y trompons pas, si Marat, sous ce rapport, compte tant d'ennemis, c'est que les tyrans ne sont pas seulement sur les trônes; c'est qu'à tous les degrés de l'échelle sociale et sous toutes les bannières on compte des a^irants à quelque domination subalterne, et que pas de domination sans obéissance passive. Mais on n'ose avouer une aussi ridicule et coupable prétention, et, pour donner le change sur le motif secret de sa haine, on met Marat au ban de rbumanité en disant au peuple : Que cet homme soit à jamais maudit, car il fut la personnification du meurti^ I
CHÀ.PITRE XXXL
AODT — SEPTEMBRE 1792.
— Résumé da ploeard du 10 aoftt. — JnaCificatioo du omttiui. ~ Marat «st admis aux séances de la commune comme rédacteur des événements. — Il s'empare des presses do Ulmprimerie royale. — 11 demande que lA nomination des députés i la CouTcntion soit directe. — Il engafe la peuple i rester sons les armes jusqu'à ca qn'il ait obtenu justice. — Dictatire de la commune. — Marat demande qu'on presse le jugement des traîtres pour éviter les exécutions populaires. — Preuves qu'il prend part aux délibérations de la commune. — La Législative hésite dans la nomination d'un tribunal. — Elle cède enfia. — Marat déclare qu'il £aut se porter A fAbbaye. — Justification de cette mesure. — Il se (ait nommer au comité de sur- Teillance. — Part qu'a prise le comité aux massacres. — Déclaration du maire à ce f^jet. — Béfutation. — Circulaire du comité de surveillance. — Justifleation de la ptnnaiience de la commune. — Justification du massacre de l'Abbaye. — Justification de l'invitation faite aux départements. — Protestations tardives. ~ Roland , Pétion, Vergniaud. — Rérutation. — Marat déplore la nécessité de tels événements. — DÎMentiments entre Marat et Danton. — Marat pouvait seul rédiger la cdiculaire.
Nous connaissons les principes politiques de l'écrivain; ^^us avons vu avec quelle persistance il en demanda Tappliition^.avec quelle énergie il dénonça, il signala à la venkce du peuple les fonctionnaires infidèles, nous n'avons oablié surtout quels moyens il proposa pour sauver les iocents de l'aveugle fureur du peuple; mais yoici que Paris 'Vient de vaincre ai| 10 août, Marat va devenir une autorité administrative ; voyons s'il remplit le mandat qu'il avait im- ;^K>sé aux autres dans son journal ; s'il alla plus loin ou s'il hésita; si Thomme d*action s'élèvera à la hauteur du législateur;'si, devenu lui-même une puissance, il n'en abusera -pas pour se venger de quelque ennemi personnel; s il sera
entraîné par (juelqu'une des passions criminelles dont on Ta accusé.
Résumons d'abord ce qu'il avait demandé au 10 août dans son fameux placard, et demandons- nous si c'était juste : (( Décimez les membres contre -révolutionnaires de la municipalité, des juges de paix, du département et de l'Assemblée nationale... Tenez le roi, sa femme et son fils en otage... Emprisonnez les ex -ministres. Que les contre -révolutionnaires de Tétat-major soient suppliciés, les bataillons pourris désarmés; que tous les citoyens patriotes soient pourvus de munitions ; qu'on rapporte le décret qui innocente Motier; qu'on convoque une Convention nationale; qu'on renvoie immédiatement tous les régiments étrangers et suisses qui se sont montrés ennemis de la Révolution. »
Puis venait cette réflexion : « Si vous reculez, songez que le sang versé dans ce jour le sera en pure perte, et que vous n'aurez rien fait pour la liberté. »
Voilà donc le programme, et remarquez qu'il ne s'agit ni des soldats pris les armes à la main, ni des contre-révolutionnaires hommes privés, ni des prêtres, ni des délinquants pour cause non politique; il ne s'agit que des fonctionnaires prévaricateurs; toujours des hommes publics, rien que des hommes publics: si Marat est une personnification, c'est, à coup sûr, celle de la terreur de l'autorité.
Ce programme est-il juste? Pour le nier, il faudrait prouver que la cour n'eût pas, au 10 août, conspiré contre la Révolution, et qu'elte n'eût pas de complices dans toutes les parties de l'administration gouvernementale; or, c'est ce qu'elle n'a jamais cherché à dissimuler, c'est ce dont ses partisans se sont fait depuis un mérite comme d'un droit, comme d'un acte de civisme; or, s'il y a eu conspiration, doit-il, en bonne justice, y avoir jugement et châtiment? Au moment où Paris est maître de la jUace, l'Ami du peuple ne demande donc rien autre que ce qu'il a réclamé jusqu'ici.
Voyons ce qui va suivre; quels seront les conseils et les
actes de Marat, car il va conlînuer son journal avec pleine 11l)erté, avec d'autant plus de facilité môme que, loin d'en être empêché, l'assemblée générale de la commune lui accorda, assurent certains historiens, une tribune particulière dans la salle des séances, et l'invita même à rédiger un journal des événements révolutionnaires. Ils ajoutent que l'Ami du peuple ne fit pas cette histoire, mais qu'on mit à sa disposition des presses saisies sur les écrivains royalistes. (Villiaumé.)
Voici ce que dit à ce propos madame Roland : « Marat, le lendemain du 10 août, avait fait enlever, par son peuple, quatre presses à l'Imprimerie royale, pour s'indemniser de celles que la justice lui avait précédemment fait retirer. » {Appel à l'impartiale postérité,)
Brodant sur le texte, M. Michelet écrit : « Marat avait été tout droit à l'Imprimerie royale, déclarant que les presses et les caractères de cet établissement appartenaient au premier, M plus grand des journalistes; et, ne s'en tenant point aux paroles, il avait, par droit de conquête, pris telle presse et tels caractères, emporté le tout chez lui. » {Histoire de la Résolution française^ tome IV, page 69.)
On voit comment l'historien moderne applique l'art d'amplifier; il fait entendre que Marat au 10 août, profitant de la l^agarre, avait volé les presses de l'Imprimerie royale; car droit de conquête est pris ici dans le sens que lui aurait donné Cartouche ou Alexandre le Grand. Madame Roland avait été plus loyale, elle avait dit par droit d indemnité. Et, en effet, ïïoiis savons que bien des fois les autorités avaient fait main *^^sse sur l'imprimerie Marat et avaient tout saccagé. Indem- ^^ était donc plus près de la vérité , car Marat , reprenant '^^ partie de ce qu'on lui avait volé, était loin d'entrer en ^^^itution complète. Mais n'admirez-vous pas cette autre ^Piression de la dame : la justice? C'est bien cela, et en ce f^^^ madame Roland et M. Michelet retombent d'accord : ^t.es les fois que le gouvernement vous pillera, vous trou- '^z des gens qui appelleront cela justice^ toutes les fois
que, par vos mains, vous rentrerez en restitution, ?oiis€q trouverez d'autres qui appelleront cela vot^tmi^ par dériaioB, droit de conquête I
Pour nous, nous renverserons les termes et nous dirons : Marat, reprenant de vive force ce qu'on lui avait volépf violence, faisait acte de j^istice ; Lafayette, tombant avec ses mouchards sur le domicile d'un écrivain qui lui reproduit ses méfaits, et pillant et saccageant son imprimerie» fainit acte de brigandage. Que le lecteur décide, et que Thistoriefl démocrate réfléchisse 1
Ses moindres actes, ses écrits surtout, à la veille des journées de septembre, doivent être étudiés plus minutieaa&ment que jamais, car dans de telles circonstances conseilkr, c'est agir.
Le journal reparut le 13 août; ce numéro 678 portait poir titre : <( Le x)euple al)usé par ses représentants, ou les ooh velles trahisons des pères conscrits depnîs la prise ducbitesa des Tuileries. » Que leur reprochait-il donc? Un décret ente autres qui donne la mesure de tous ceux qui suivirent II s'agissait de la convocation d'une Convention nationale; les législateurs, au lendemain du 40 août, venaient d'arrêter qi^ les élections' se feraient aux deux degrés. L'Ami du pea|Ae écrit : « S'il n'est pas arrêté que l'élection des députés se fera par le peuple en corps, et s'il n'est pas statué qae non-seulement tout membre de l'Assemblée constituante et de TAssemblée actuelle, mais tout citoyen ayant apparteoui quelque ordre ci -devant privilégié ou ayant tenu quelque emploi de la cour, sera inadmissible à la Convention nalkh nale, c'en est fait du salut de la patrie. » Qui a tort de Mwst ou de la Gironde? Qui se tient dans les bornes de la prudence ? Vous tous qui avez assisté aux révolutions qui suivirent, qui avez concouru aux élections faites sans les éliminations prescrites par Marat, qui avez vu de quels membits se composèrent les chambres nouvelles, et quelles furent les suites de cette faute capitale et toujours renouvelée, dites
qui était dans Terreur, de Marat ou des Girondias? L'expérience vaut mieux en ce cas que toutes les déclarations des rhéteurs politiques.
Ce décret de la Législative révélait toute la pensée de la fiactioD orissotine, pensée de défiance contre le peuple de P&ris et spécialement contre la commune improvisée dans la nuit du 9 au 10 août. C'était le premier engagement de la lutte qui allait être soutenue par les représentants de la défDocratie parisienne. Marat, qui allait être l'âme de cette commune, Tavait bien senti; aussi lisait-on dans le même Doméro : « 0 vous, dignes compatriotes des sections de Paris, vnis représentants du peuple, gardez-vous des pièges que vm tendent ces infidèles députés; gardez- vous de leurs séductions ; c'est à votre civisme éclairé et courageux qi^ la capitale doit en partie le succès de ses habitants et que la pttrie devra son triomphe. Restez en place pour notre repos, pour votre gloire, pour le salut de l'empire. Ne quittez le timon de l'autorité publique, remis en vos mains, qu'api-ès ^ la Convention nationale vous aura débarrassés du despote et de sa race indigne; qu'après qu'elle aura réformé les vices monstrueux de la Constitution, source éternelle d'anarchie et Se désastres; qu'après qu elle aura assuré la liberté publique RU* ses bases inébranlables. Mais pour cela faites révoquer le roiieste décret d'élection des députés appelés à la composer. ocUirez le peuple, convoquez toutes les sections à ce sujet; pi'il déploie sa puissance et qu'il fasse descendre dans la iombe les scélérats qui osent machiner de nouveau et s'opposer à son bonheur. »
Et pourquoi la France s'y opposerait-elle? Ne vient-elle ts de confier aux Parisiens le soin de sa défense contre la )yiuté ? Paris ne vient-il pas de sauver la liberté ? Et pour- Doi lui retirerait-elle le lendemahi du combat la confiance l'elle lui avait accordée la veille ? En quoi ont-ils donc déjà Mérité ces vainqueurs de la Bastille, des 5 et 6 octobre, du ) avril, àja 20 jum, ces victimes du massacre du Chàmp-de-
Mais? En quoi, le 13 août 1792, ont-ils démérité, ces triomphateurs (lu 10? Singulier privilège que de donner son sang, et, pour prix de ce sacrifice, d'être toujours, le .lendemain de la victoire, traduits au ban de la France pour crime d'envahissement d'autorité î L'ennemi intérieur est-il donc si complètement anéanti qu'il n'y ait plus rien à craindre? Le parti royaliste n* est-il pas plutôt dispersé que vaincu? Tout n'est-il pas à reconstruire? Et si votre Assemblée ne représente qu'un principe qui n'est plus, à quoi sert-elle? Pourquoi n'est-elle pas tombée avec ce pouvoir qu'elle n'a que trop défendu, dont elle n'est que trop complice, et dont elle ne vient de prononcer la suspension que contrainte par l'indignation publique. Paris, sous Tinspiratioa de Marat, ne prétend à rien moins qu'à la dictature, dites-vous? Et pourquoi s'en cacberait-il, puisqu'il la circonscrit lui-même dans les limites étroites du temps nécessaire pour nommer de nouveaux représentants è la France entière, pour assurer l'abolition de la royauté, et le règne de la liberté et de l'égalité par une coifât tution franchement républicaine? Jamais dictature a-t-elle été plus nécessaire et plus limitée? Pour préserver la nation de l'anarchie de la populace, comme vous dites dédaigneusement, voulez -vous livrer le pays à ranarclûe royalisteî Voulez-vous que la France soit ouverte à réirauger quia franchi les froniières, qui s'avance sur la capitale? Vouiezvous enfin que tous ces gentilshommes qui poussaient hier les Suisses devant eux, qui se sont enfuis au moment du danger par les galeries du Louvre, reprennent les armes à la faveur du désordre et se vengent de leur honteuse défaitet Si telle est votre opinion, ce ne fut pas celle de Marat, ^ l'histoire un jour lui en saura gré.
Mais nous sommes habitués à voir le peuple Jui-mèmeue souscrire jamais aux conseils de son Ami que par des deffiimesures; ainsi va-t-il faire encore; vous vous en apjdaudisseï au nom de l'humanité, eh bien, continuons ce pitoyable récit des dernières résistances de la Législative contre la commune»
yoyoDs ce qu'il adviendra ; et que le sang des innocents ombe sur ceux qui n*ont pas voulu le jugement dictatorial ) coupables I
Le numéro 679 est consacré à l'exposé de l'aflaire du 10, Q de tenir le peuple en éveil sur le nombre des ennemis 41 avait à redouter, et qui tous vivent encore quoique Jiés ; le journaliste y prescrit les mesures les plus ur- 3te9 : « Garder le roi à vue , mettre à prix la tête des pets fugitifs, armer tous les citoyens, former un camp sous ris, presser la vente des biens des émigrés et récompenser malheureux qui ont concouru à la prise des Tuileries, iter les troupes de ligne à nommer leurs officiers, veiller ( subsistances ( ne perdons pas un mot du dernier con- I), presser le jugement des traîtres détenus à l'Abbaye... le glaive de la justice frappe enfin les machinateurs et les ivaricateurs, on n'entendra plus parler d exécutions popu-reiy cruelle ressource que la loi de la nécessité peut seule Dmander à un peuple réduit au désespoir, et que le som* il volontaire des lois justifie toujours. » N'oublions pas, teors impartiaux, que ces paroles sont du 16 août, paroles lumanité dans une telle crise et que Danton, le plus grand iteur révolutionnaire, résumait si éloquemment quand il ût: 0 Que la justice des tribunaux commence, la justice peuple cessera. » Et voilà les hommes qu'on a signalés Dme des instigateurs de massacres !
Cependant quelques-unes des mesures prescrites par BÛdii peuple étaient prises par la commune; aussi disait- « Elle marche à merveille... Si le peuple la surveille avec licitude, je regarderai le salut public comme assuré, et je mirai sur les deux oreilles... Et de fait, quelle autre tâche resterait-il à remplir? » {L'Ami du Peuple^ N* 679.) La part qu'il prend aux délibérations de la commune, ^'il n'en soit pas membre, est attestée, comme nous ^008 fait remarquer, par la coïncidence de ce qu'il demande ks son journal et par les décisions des représentants; sil n. 6
s'adresse au préalable au peuple, c'est qu'il sait que cesélos de la Révolution du 10 ont besoin eux-mêmes d'être forcis par la pression de leurs déléguants ; c'est toujours la même politique : quand elle est basée sur un principe vrai, ellena pas besoin de fléchir selon les circonstances. Une autre preuve de la continuité de sa présence au Conseil, c'est la rare apparition de son journal; du 13 août au 13 septembre, il ne fit imprimer que quatre numéros, et pourtant il était libre.
Le numéro 680 est consacré à combattre tous les moYCOS dilatoires employés par la Législative pour tirer les choses en longueur, et, en dernière analyse, entraver les mesores municipales, spécialement dans la nomination du triboml destiné à juger les coupables de la conspiration du 10. Ces^ toujours la pensée qui préoccupe Marat, tant grandit 1» défiance générale, tant il sent que cette défiance est justifiée^ tant il prévoit de terribles conséquences.
On sait que l'Assemblée ne se décida à décréter la création d'un tribunal que quand la commune l'y eut forcée par trois députations consécutives, dont la dernière avait dit : « Si dans très-peu de temps les jurés ne sont pas en état d'agir, de grands malheurs se promèneront dans Paris. » {Monileur du 19 août 92.)
?i'est-ce pas une pensée révoltante que de songer qaeo» assemblées délibérantes, toujours si promptes et si unanimes à prendre un parti énergique quand il s'agit de venger te pouvoirs constitués, sont, au contraire, si hésitantes, si molles, si divisées d'opinion quand il faut punir les abus d'autorité, supplicier les assassins du peuple?. N'était-ce donc que pour la forme que ces perfides représentants avaient décrété Tégalité des citoyens devant la justice? S'il n'en était pas ainsi, comment expliquer autrement que par la complicité qu'ils se soient fait arracher un décret si juste? Une crainte seule aurait pu arrêter la Législative, c'est que la commune se fit juge elle-même? D'abord pourquoi n'y aurait-elle pas été aussi apte que l'Assemblée nationale? Mais je passe outre et
f affirme qu^il n'y avait pas le moindre doute à cet égard, poisque aucune des deux rivales n'avait revendiqué ce droit, puisque les députations s'étaient formellement expliquées; elles avaient dit : Que le jugement se fasse par des emmissaires pris dans chaque section» On se rappelle que ^est uoe des propositions antérieures de Marat; nous avons donc tout lieu de croire que l'Ami du peuple avait inspiré, ^DOD rédigé la demande des pétitionnaires communaux. It qu'y avait- il d'arbitraire dans cette mesure? Les juges, Jltes-vous, auraient été choisis parmi les violents, parmi des combattants encore impressionnés par l'horreur du massacre. Je veux l'admettre; s'ensuit- il que les condamnés eussent été innocents? 11 s'ensuit tout au plus que de tels juges vmieot été inflexibles. Plût à Dieu qu'un tel tribunal eût M érigé, que l'inflexibilité eût inspiré toutes les sentences, car au moins l'histoire n'aurait pas aujourd'hui à enregistrer fc» exécutions des enchérisseurs, suivant l'énergique expressoo de Harat à Camille ! Et d'ailleurs, pourquoi donc le peuple •nût-il seul et toujours soupçonné capable des plus grands •Wèsî — Parce qu'il est moins éclairé. — La sensibilité se développe -t- elle en raison des lumières? Sans paradoxe, il Miit plus facile qu'on ne pense de soutenir le contraire. Kib ce n'est pas ici le lieu; il suflit que Fhistoire soit en oiesure de prouver que la commune, à la veille des massacres de septembre, dut arracher à l'Assemblée le décret de Création d'un tribunal; qu'elle était inspirée par l'Ami du ieiqple; qu'elle avait demandé que les juges fussent choisis MT les sections, c'est-à-dire par tout le peuple; il suffit enfîn poi'OD se rappelle que c'était déjà du peuple que devaient tre tirés les jurés qui ne sont auti*es que des juges en matière nminelle ; que cette institution est considérée comme un des nuids bienfaits de la Révolution, et que par conséquent la eouode des représentants de la commune, de Harat, ne faiitt que consacrer, dans une circonstance critique, ce que nous ^gardons aujourd'hui comme la sauvegarde de la justice.
Mais lès législateurs, forcés de se rendre à l'intimation à la commune, allaient montrer toute leur mauvaise volonti dans la clause principale des moyens d'application. En effet par l'article 5 du décret il était arrêté que chaque sectioi nommerait un électeur, et que les juges seraient dbm exclusivement parmi les électeurs et par ceux-ci seuls, c'est à-dire que l'Assemblée procédait, comme elle avait fait pou la nomination des députés à la Convention , par l'élection i deux degrés; toujours la défiance du peuple, toujours l'épo ration, c'est-à-dire le mépris des évincés. Et dans qw moment? Au moment où les membres du département, ton suspects, étaient là pour témoigner des résultats de ce pro cédé contre-révolutionnaire.
Il y avait plus, c'est que cette double élection entratmi nécessairement des longueurs qui semblaient être prévues e combinées; et ce soupçon passait à l'état d'évidence, qiuui> on voyait des législateurs, dans une crise où rincendi gagnait d'heure en heure, s'occuper par l'article 10, du oofi tume des membres du tribunal! Mais qu'espéraient-ils donc Je ne veux pas croire tout ce qu'on a dit; mais qu'où avocH du moins qu'il est permis de tout attendre de gens qui justifient tout soupçon ; et, si l'on se rappelle les menaces directes des armées alliées et celles de Lafayette contre les Parisiens, si Ton se dit que les étrangers sont en marche sur Paris et que, sans doute, Lafayette et Dillon vont se joindre à eux, on conviendra que, prendre dans un tel moment des mesures dilatoires pour punir des criminels applaudissant dans la prison à leurs futurs libérateurs, c'était s en montrer cofflplices, ou tout au moins encourir la plus grave responsabilité
Mais non, je ne puis croire à tant d'inhabileté; tropdi faits ultérieurs démontrent évidemment que Tanimosité de Girondins contre Paris n'était pas moins vive que celle di l'étranger et du général, que conséquemment, sans être di connivence directe, ils étaient unis dans le même but pa la môme haine, et que par conséquent aussi le peuple de Pari
l'avait plus qu'à se sauver lui-même, et par quel moyen? ^ar le seul qui soit laissé à Thomme abandonné de tous, rahi par tous; oui, Paris n'avait plus pour sauver la France ^la liberté qu*à se sauver tout seul.
Et c'est pourquoi, dans cette crise frénétique, Marat t'essaye pas d'opposer une digue au torrent que nulle puislanoe ne saurait arrêter ; il ne se contente pas, comme tous les collègues du journalisme, de décliner sa responsabilité {tersonnelle .par un lâche silence ; il va droit au but : « Quel Bst le devoir du peuple? Le dernier parti qu'il ait à prendre, st le plus sûr et le plus sage est de se rendre en armes à l'Abbaye, d'en arracher les traîtres, particulièrement les officiers laisses et leurs complices, et de les passer au fil de l'épée. Qaelle folie de vouloir faire leur procès I II est tout fait; vous les avez pris les armes à la main contre la patrie, vous avez Biissacré les soldats ; pourquoi épargne riez-vous leurs officiers, incomparablement plus coupables ? La sottise est d'avoir écouté Itt endormeurs, qui ont conseillé d'en faire des prisonniers *• guerre. Ce sont des traîtres qu'il fallait immoler sur-lecbamp, car ils ne pouvaient jamais être considérés sous un Uitre point de vue. » [UAmi du Pnipley N° 680.)
Puisque l'histoire est un tribunal, puisque tout lecteur est Qge, analysez froidement, comme doit le faire un juge, ce •ssage tant incriminé; tenez compte des circonstances, puis- D'en bonne justice les circonstances sont tout, et dites si je rce l'interprétation en affirmant que nul plus que Marat I s'efforça de circonscrire un massacre devenu inévitable ir les hésitations coupables des autorités organisées. A telles limites le borne-t-il? Au supplice des détenus de Jirf>aye; c'est qu'en effet cette prison ne renfermait exclurement que des prévenus politiques, et quels prévenus? lox qui, en majeure partie, avaient été saisis aux Tuileries I armes à la main. Et ne croyez pas qu'il veuille le mascre du simple soldat suisse; il s'en explique ouvertement le ademain : u Les soldats suisses sont iivwccnlSy on n'a pas
le droit de les punir, leurs officiers seuls sont coupables, ils méritent d'être écartelés comme Louis Capet et ses suppôts. »
Sans doute il eût été moins compromettant pour sa •mémoire et plus sûr de lever au ciel des mains suppliantes comme font les honnêtes pusillanimes; de détourner les yeux d'un spectacle atroce, comme firent les Girondins, et de laisser aller les événements, quitte à protester quand ils seraient passés. Mais il était d'un homme supérieur an défaillances féminines ou hypocrites d'envisager froide ment la situation, de juger d'un coup d'œil du seul parti possible , et de le prendre résolument. Ainsi fit Marat, et bien il fit.
Mais ce n'est pas tout; il n'eût rempli que la moitié de sa tâche, s'il fût resté exclusivement dans son rôle de jonroi* liste ; il y aurait déjà preuve de courage, il fit plus encore, il devait un exemple aussi aux fonctionnaires, et lui qui jusqu'alors n'avait rien accepté, rien recherché, Marat se défoaa une fois de plus. Au plus fort du danger, au moment possiUe d'une des plus terribles catastrophes, quand les ennemis ds peuple se dressaient de tous côtés rugissants : ennemis à l'intérieur, ennpmis à l'extérieur, il accepta une des fonctions les plus compromettantes qui fut jamais, qui pouvait entraîner la mort en cas de défaite et qui devait perdre la mémoire de celui qui Texercerait en cas de triomphe; il se fit nommer par Panis et ses trois collègues, membre adjoint du comité de surveillance, comité directement chargé de faire incarcéreî les prévenus de conspiration royaliste. Il le devait pour être conséquent avec ses précédents; celui qui, dès 89, avait tant de fois réclamé l'érection d'un tribunal vraiment patriote; qui, sur le refus d'érection, avait dit au peuple : Créeua tribun pour ne pas te tromper dans ta vengeance ; celui qiû s'était proposé lui-môme, et que personne n'avait écouté; celui-là, au moment d'un massacre depuis si longtemps prévu, devait encore, pour dernier sacrifice, se dévouer comme bouc
émissaire de malheurs qu'il avait par tous les moyens essayé de conjurer. /
Oo sait la suite d'événements qui appartiennent à l'histoire générale de la Révolution. Le tribunal extraordinaire épuré par les deux degrés jugea le 19, jugea le 20, jugea pendant tous les jours qui suivirent; et, malheureuse coïncidence des lenteurs d'une justice régulière et de l'impatience légitime du dehors, la fatalité (nous préférons le croire), la fatalité voulut que de tant de coupables très-réels « le tribunal ne donna guère moins d'une tète par jour. » (Michelet, Histoire de la Révolution françaiscy tome IV, page 75.)
Pusillanimes prôneurs d'une indulgence funeste, politiques maladroits, qui n'avez pas compris que le 19 août, le Jour même de l'installation de votre tribunal suspect, quand Marat rédigeait sa motion la plus directe, la plus violente, quand il désignait les officiers suisses, les ennemis pris les armes à la main, c'était encore vous dire : Mais donnez donc aliment à la frénésie qui ne raisonne plus, et pour qu'elle ne ^vore pas des coupables d'opinion , jetez-lui donc des coupables de faits. Mais non, il était écrit qu'ils ne comprenaient pas ou plutôt ne voudraient pas comprendre qu'au ttmtraire en pleine Assemblée, à Tavant-veille même du masure, ils traduiraient Marat au ban de la France (voir le ^oniieur du 2 septembre, séance du 31 août) pour crime ^ motion homicide, et que Marat, dans l'impossibilité de Kvrer un secret qui ne pouvait être divulgué sans que les ^ocents en perdissent les fruits, demeurerait couvert de la '^Pi'obatîon générale! Les hommes valent-ils la peine qu'on ^^ sacrifie tant? Assurément non , répondrais-je, si au-dessus * leur jugement il n'y avait pas celui de la conscience. Mais ^^ <^dons pas à une indignation qui ne prêterait qu'à rire aux ^^ï*alistes de convention , et voyons quelle part réelle Marat I^tnse aux 2 et 3 septembre.
îious sommes au 2 septembre, le peuple exaspéré se lève, ^ tocsin, comme a dit Danton, sonne la charge contre les
ennemis de l'extérieur, et le canon de Verdun qu'on crdt entendre, tant les imaginations sont frappées d'épouvante, le canon de Verdun défonce les portes des prisons.
Marat est appelé au comité de surveillance avec cinq autres adjoints, Deforgues, Lenfant,Guermeur, Leclerc et Durfort; voyons quelle influence Y exterminateur exercera sur le directoire du massacre (Michelet). Jusqu'à présent les actesde ce comité sont ignorés, nous ne pouvons juger de Tinspiradoû qui le guide que par deux pièces, mais très-significatives; h première est moins connue, nous allons la citer ; la seconde est la fameuse circulaire, nous en parlerons en son temps; voyons donc celle-là. En octobre les Girondins, qu'on n'ape^ çoit nulle part dans le moment du danger, qu'on ne rencontre point à la commune pour influencer ses décisions, qu'os n'entend point à l'Assemblée nationale, qu'on ne voit poiat même auprès de Roland , ministre de l'intérieur, ces fougueux rhéteurs qu'on devrait au moins rencontrer à la tète du bataillon des Marseillais dont ils disposent, les conduisasi aux prisons pour en barrer l'entrée à la populace ; en octobre, dis-je, quand tout péril a disparu , les Girondins n'ont pas assez d'outrages, d'insinuations atroces pour en couvrir le comité de surveillance et Marat en particulier. Voici en quels termes TAmi du peuple leur répond dans son numéro 12 da Journal de la République \ il n'a pas été démenti dans le fait important qu'il révèle, au moment où tout le monde pouvait le faire, la Gironde étant en puissance; ce silence confirine l'authenticité de l'acte du comité. Ne perdons pas un mot de cefte déclaration publique; c'est la plus complète révélation du mobile qui a dirigé les massacres.
(( L'événement désastreux des :2 et 3 septembre, que des .perfides et des stipendiés attribuent à la municipalité, a été uniquement provoqué par le déni de justice du tribunal criminel qui a blanchi le conspirateur Montmorin , par la protection qu'il annonçait ainsi à tous les autres conspirateurs, par rindigïiation du peuple qui craint de se voir esclave de
18 les traîtres qui ont si longtemps causé ses désastres et ) malheurs. On prétend que ce sont des brigands qui ont issacré les traîtres et les scélérats détenus dans les prisons, cela était, Pétion serait criminel d'avoir laissé paisiblement $ brigands consommer leurs forfaits pendant deux jours isëcutifs dans toutes les prisons de Paris : sa coupable inac- D serait le plus affreux des crimes, et il mériterait de perdre tète pour n'avoir pas mis sur pied toute la force armée pour opposer. Il vous dira sans doute, pour se disculper, que la ce armée n*a pas voulu obéir, et que tout Paris était à Kpédition, et c'est un fait; convenez donc que c'est une posture que d'avoir rejeté sur des brigands cetie opération ikeureusement trop nécessaire. C'est donc parce que les iqpirateurs étaient soustraits au glaive de la justice, qu'ils it tombés sous la hache du peuple. En faut-il davantage mr repousser l'insinuation perfide de rejeter ces exécutions pulaires sur le comité de surveillance de la mairie? Mais justification ne finit pas là : on va voir ce que les princi^ KX membres de ce comité ont fait pour empêcher qu'aucun locent, aucun débiteur, aucun coupable de petit délit ne enveloppé dans les dangers dont étaient menacés les lods scélérats.
« Je me trouvais au comité de surveillance , lorsqu'on y Kmça que le peuple venait d'arracher des mains de la de et de mettre à mort plusieurs prêtres réfractaires préiQs de machinations, envoyés à là Force par le comité, et i le peuple menaçait de se porter aux prisons. A cette ivelle, Panis et moi nous nous écriâmes, comme par inspi- OD : <( Sauvons les petits délinquants, les pauvres débitiirs, les prisonniiers pour rixe ! »
« Le comité donna l'ordre sur le cbamp à différents geô- ) de les séparer des grands malfaiteurs et des traîtres tre-révolutionnaires, afin que le peuple ne fût pas exposé imoler quelque innocent. La séparation était faite lorsque [>risons furent forcées, mais la précaution se trouva inutile
par Tattention qu'eut le juge du peuple, qui faisait les foliotions de tribuD dans cette expédition ( Maillard sans doute), de vérifier les écrous et de relâcher tous ceux qu'avait bit séparer le comité de surveillance, attention que n'aurait pas eue le despote s'il eût triomphé le 10 août. Voilà des faits à opposer à la calomnie qui a dénaturé les récits des événements des 2 et 3 septembre. » [Journal de la République , N* 11)
Ainsi , c'est bien entendu , comme action directe du coflÉé stimulé par Marat, un seul fait est consigné : c'est le soin qie prennent les directeurs de massacre^ en apprenant que k peuple se précipite sur les prisons, de séparer les petits délinquants des grands coupables. Quç pouvait-il, que devait-il faire de plus? Rien, car il ne lui était pas permis de iiùe élargir ceux qu'il avait fait incarcérer : c'était aux juges à décider.
Mais nous affirmons que rien ne dément le fait avancé par l'Ami du peuple, est-ce bien certain? Nous venons de voir dans le numéro précité qu'il s'agit du maire, du vertœiB Pétion, que Marat n'accuse pas, qu'il disculpe de son ioactioD au contraire; cherchons comment le Girondin répond aujom^ naliste ; le chef de la municipalité doit être mieux inforné ' que personne autre, il a toutes les pièces à sa disposition; H était, au moment terrible, le centre auquel tout convergeait; d'heure en heure toute nouvelle lui arrivait, rien surtout ne devait partir des bureaux de son administration qu'il n'en fût informé; or, le comité de surveillance est un de ceux (pi composent la police municipale, et le maire en est président de droit et par devoir, surtout en de telles circonstances. Pesons bien aussi toutes les paroles du maire, comme nous avons fait pour la justification de l'Ami du peuple; elles sont consignées en toutes lettres dans le Moniteur du 10 novembre 1792 : elles composent un discours que Pétion n'apa prononcer, mais qu'il donne au complet, revu à froid, d'au tant plus précieux par conséquent; si précieux, en effet, (pi l'orateur avoue, dans quelques lignes d'avant-propos, qu'il
est peut-être le seul dans 1* Assemblée <f à qui il ne soit pas permis de hasarder la moindre conjecture. » Remarquons en outre que ce document vient après Taflirmation de Marat citée plos haut et datée d'octobre, que par conséquent le chef de U municipalité pourra réfuter tout à son aise, le Moniieur âidaot, car le Moniteur est toujours la feuille dévouée au pouvoir. Nous ne reproduirons de ce discours que ce qui esl idatif à notre sujet. L'éloquence avocassiëre est verbeuse, et les rhéteurs du midi sont passés maîtres en ce genre ; mais qu'importent les coupures, si nous indiquons la source. Pétion trace le récit de ce qui s'est passé depuis le 10 août, il arrive aux derniers jours de ce mois, il s'agit de préparer le plus Uttiement possible la catastrophe : « Le comité de surveillance de la commune remplissait les prisons. On ne peut pas le dis^muler que, si plusieurs de ses arrestations furent justes et nécessaires, d'autres furent légèrement hasardées. U fcut moins en accuser les chefs que leurs agents; la police teit mal entourée : un homme, entre autres, dont le nom seul ttt devenu une injure, dont le nom seul jette l'épouvante dans l'âme de tous les citoyens paisibles, semblait s'être ttiparé de sa direction et de ses mouvements. Assidu à toutes ks conférences, il s'immisçait dans toutes les affaires, il parkit, il ordonnait en maître : je m'en plaignis amèrement à h commune, et je terminai mon opinion par ces mots : Marat CS8C ou le plus insensé ou le plus scélérat des hommes. Depuis fe n'ai jamais parlé de lui. »
Examinons : u Parmi les arrestations, il y en eut de néceslaires, de justes, mais d'autres furent égarement hasardées; I. fout en accuser surtout Marat qui parlait et ordonnait en naître. » Si nous comprenons bien, toute l'accusation se 6duit à ceci : l'Ami du peuple est l'auteur des arrestations fgirement hasardéesy car s'il n'avait commandé que les justes t nécessaires, il ne serait pas condamnable. On avouera qu'il st fâcheux que l'accusateur n'ait pas donné les pièces ou tout a m.oias quelques pièces à l'appui, cité quelques noms de
n JEAN-PAUL MARAT.
personnes légèrement arrêtées, qu'il n'ait pas dit par exemple : c'est Marat qui a fait arrêter l'abbé Sicard, H. de Sombreuil , M""" de Lamballe ou d'autres que le tribunal de Maillard avait fait élargir ou égorger ; il est fâcheux qu'il n'ait pas désigné nominativement quelques-uns des ennemis peN sonnels de l'Ami du peuple, Lavoisier par exemple; c'était le moment de se venger, et Marat le pouvait puisqu'il parlait m maitrcy puisque la commune était maîtresse, puisque le comité de surveillance dominait dans cette commune, puisque Panis, le président de ce comité, était tout dévoué à Marat Mais qui vous assure, accusateur sans preuves, que le mattn n'usa pas de son influence uniquement pour les arrestation! justes et nécessaires? Ne m'est-il pas permis de le supposer, puisque vous ne me démontrez pas le contraire? En faisait cette supposition est-ce que je n'use pas du même droit qoe vous? Mais qu'ai-je avancé? Supposition. Je me ravise et je dis : si vous manquez de preuves pour démontrer que liant n'a conseillé que les arrestations arbitraires, j'en tiens d*aathentiques qui certifient qu'il n'a pu conseiller que les emprisonnements justes et nécessaires. Où sont ces preuves? Jeta trouve consignées dans les sept cents numéros qui composent son journal jusqu'à ce jour; les dénonciations y abondent, les citations de noms propres y pullulent, les demandes d'arrestation en niasse de certains corps politiques y regorgent; or, pas un des dénoncés précédemment par TAmi du peuple ne figure parmi les prisonniers ; je m'avance trop, quelques-uitt y figurent, mais ce sont de grands coupables, ceux dont vous* même avez jugé l'arrestation juste et nécessaire: Montmorin et autres. Et comment n'en serait-il pas ainsi, puisqu'il avai^ pour principe que les opinions ne peiwent être incrimina^} puisqu'il n'avait jamais pris à parti un liomtne privéy puî*" qu'il n'avait jamais dénoncé à la vengeance du peuple ^^^ des fonctionnaires infidèles? Sont-ce là des preuves? fX "^^ suis-je pas en droit d'y ajouter le fait révélé par Marat-» ^ fait du comité ordonnant qu'on sépare au moment du 0^^
acre les petits délinquants des grands criminels? J'ai bien e droit, puisque vous ne niez pas' le fait, un fait qui contrelirait à lui seul tout ce que vous veniez d'avancer, vertueux ^tion. Et qu'est-ce que Marat entend par petits délinquants? I est explicite : les prêtres réfractaires , les débiteurs, les irisonniers pour rixe. N'est-ce pas ainsi que vous l'entendiez 'oos-lméme? Et comme cet acte est bien la conséquence la principe qui guide le journaliste depuis trois ans : « Pas le dénonciation d'hommes privés, pas d'incriminations d'opi- QODS divergentes ! »
Et maintenant, lecteurs, vous vous rappelez le massacre b prêtres réfugiés aux Carmes, celui des voleurs détenus 0 Châtelet , à la Conciergerie, celui des femmes de la Salpêrière dont aucune n'était retenue pour crime politique, celui les enfants de Bicêtre ; imputerez-vous à Marat ces massacres, Oflnme l'a fait M. Michelet? et croyez-vous que l'accusation ^ Pétion soit suffisante pour appuyer une telle imputation ? A dernier mot n'est pas dit sur cette épouvantable catatropbe qu'on appelle les journées de septembre; avant de orter un jugement définitif, n'oublions pas, nous spectateurs 09Û de guerres civiles, de scènes sanglantes, n'oublions pas oe dans ces derniers temps les éternels ennemis du peuple Dteu trop d'intérêt à exagérer la peinture des faits, à pousser lême aux plus grands excès, pour qu'il n'en ait pas été ainsi 1 1792.' Nous croyons que le massacre de la prison de l'Ab- ^ve a été exécuté par le peuple, par le vrai peuple ; qu'il ^t nécessaire et inévitable, les circonstances étant données; ttis nous avons tout lieu de soupçonner que ceux qui suivint trouveront quelque jour leur explication ; et, dans tous 'cas, Marat n'en peut être accusé, puisqu'il a tout fait avant pendant Faction pour prévenir d'horribles atrocités, Tégor- ^lent de prêtres plus entêtés, plus bornés que vraiment vpables, ou le meurtre de femmes prévenues d'avoir volé ^ drap, une couverture ou quelque chose semblable. Mais, ajoute-t-on, la complicité de Marat avec les assas-
94 JEAN-PAUL HARAT.
sins ne s'arrête pas là; il est une autre pièce signée délai, connue de tout le monde, la fameuse circulsûre adressée, k soir du 3 septembre, par le comité de surveillance à toaste départements. Nous n'hésiterons pas plus à produire cette pièce, que toutes celles qui ont un caractère d* authenticité; plût au ciel qu'il n'y en eût que de telles, la calomDie n serait plus possible I Celle que nous allons citer littéralemes est signée des dix membres du comité de surveillance, aum (Feux rCen a rappelé depuis comme d'abus d'usurpation à signature, et pourtant M. Michelet a écrit que Marat « l'ani signée intrépidement de tous les noms des membres di comité. » {Histoire de la Révolution française ^ tome IV page 188). Infamie! voici cette fameuse pièce :
« Frères et amis,
<f Un affreux complot tramé par la cour pour égorgi tous les patriotes de l'empire français, complot dans leqoi un grand nombre de membres de l'Assemblée nationale 9 trouvent compromis, ayant réduit, le 8 du mois dermer,! commune de Paris à la cruelle nécessité de se ressaisir de 1 puissance du peuple pour sauver la nation , elle n'a riei négligé pour bien mériter de la patrie, témoignage honorable que vient de lui donner l'Assemblée nationale elle-même. L'eût-on pensé? Dès lors de nouveaux complots non moins atroces se sont tramés dans le silence ; ils éclataient au moment même où l'Assemblée nationale, oubliant qu'elle venait de déclarer que la commune de Paris avait sauvé la patrie, s'empressait de la destituer pour prix de son brûlant civisme. A cette nouvelle, les clameurs publiques élevées de toutes parts ont fait sentir à l'Assemblée nationale la nécessité urgente de s'unir au peuple et de rendre à la commune, pni le rapport du décret de destitution , les pouvoirs dont il l'ayaBl investie.
« Fière de jouir de toute la plénitude de la confiance nationale qu'elle s'efforcera toujours de mériter de plus en
plos, placée au foyer de toutes les conspirations» et déterminée à s'immoler pour le salut public, elle ne se glorifiera d'avoir pleinement rempli ses devoirs que lorsqu'elle aura obtenu votre approbation, objet de tous ses vœux, et dont elle Be sera certaine qu'après que les départements auront sanctionné ses mesures, pour sauver la chose publique.
« Professant les principes de la plus parfaite égalité, n'ambitionnant d'autre privilège que celui de se présenter la première* à la brèche, elle s'empressera de se mettre au itveau de la cmnnmnc la moins nombreuse de l'État, dès Finstant que la patrie n*aura plus rien à redouter des nues de satellites féroces qui s'avancent vei*s la capitale.
« La commune de Paris se hâte d'informer ses frères de tons les départements qu'une partie des conspirateurs féroces détenus dans les prisons a été mise à mort par le peuple; sctesde justice qui lui ont paru indispensables, pour retenir pir la terreur les légions de traîtres cachés dans ses murs, io moment où il allait marcher à l'ennemi ; et sans tloute la 'Bttion entière, après la longue suite de trahisons qui l'ont conduite sur les bords de l'abime, s'empressera d'adopter ce Myen si nécessaire de salut public, et tous les Français • i^écrieront comme les Parisiens : « Nous marchons à l'ennemi; < mais nous ne laisserons pas derrière nous ces brigands, pour * égorger nos enfants et nos femmes. »
« Frères et amis, nous nous attendons qu'une partie d'entre vous va voler à notre secours, et nous aider à repousser ks^ons innombrables de satellites des despotes conjurés à ^ perte des Français. Nous allons ensemble sauver la patrie, et nous vous devrons la gloire de l'avoir retirée de l'abîme.
« Les administrateurs du comité de salut public et les •^niinistrateurs-adjoints réunis : P. -S. Duplain, Panis, Ser- (R^t, Leufant, Jourdeuil, Marat l'Ami du peuple, Deforgues, ï^derc, Duffort, Cally, constitués par la commune et séant ^ la mairie. A Paris, ce 3 septembre 1792.
« .Y. B. Nos frères sont invités à remettre cette lettre sous
ments d'approuver les mesures qu'elle vient de prendre, au besoin, de suivre l'exemple de Paris; en d'autres term^^ de massacrer aussi. Il faut, une fois pour toutes, s'expliqiL.^ nettement à ce sujet : on ne résout pas plus une question ^ salut public en Fesquivant timidement, qu'on n'évite un ni^. heur en détournant lâchement la vue.
Nous disons : une question de salut public, et ce mot nous place tout d'abord sur le vrai terrain. Au 2 septembre^ k mai^sacre était -il une mesure de salut public ? En d'autres termes, y avait-il danger pour la France en général et pour Pai'is en particulier, et ce danger ne pouvait-il être conjuié par d'autres moyens?
Le 23 août, Clei^fayt a bombardé et pris Longwy au nom de TAutriche, c'est le commencement du manifeste de Brunswick, Paris doit se rappeler ce qui l'attend. Le 2 septembre le roi de Prusse prend Verdun, il marche de là sur la capitale; on sait aussi par quels moyens il prétend arrêter b Révolution, car Frédéric aussi a fait son manifeste, et le foyer révolutionnaire sera anéanti de fond en comble. Un jour, disent les prophètes, l'herbe croîtra sur les ruines de 1» Babylone moderne. Voilà pour l'extérieur. A l'intérieur c'est pis encore, car Tennemi est plus près, l'ennemi est au centre de la place même. Ce sont d'abord les royalistes ullra; leurs dis|)ositioiis sont attestées par le 10 août: or, dans l'attaque du château, les Suisses seuls ont péri, car seuls ils ont été braves jusqu à la fin ; mais les gentilshommes, mais les che- ; iraliers du poignard, mais tous les enrôlés de Tex- garde eonstitutionnelle, niais les intéressés à lancien ordre des ' choses, mais les prêtres non assermentés, mais les parents d'émigrés, les parents de détenus, les détenus eux-mêmes qu'on peut élargir par un coup de main, tous les royalistes absolus sont là guettant, attendant, méditant et promettant de se venger. Ou compte encore les royalistes romlilnlionnés dont le traître Lafayette vient pour ainsi dire de proclamer le programme de sang, et qui, après le 20 juui, au nombre de
atire demande la destitution de la commune du 9 août et la lomination d'une nouvelle assen^blée municipale dans les Rmnes voulues parla Constitution. Triple mensonge habilement développé par d'habiles rhéteurs! La première loi, c'est le salut du peuple, et tout ce qui l'assure est légal; le lA juillet et toutes les révolutions qui ouvrent la marche de l'humanité 90Dt là pour Taffirmer. Le danger! il est si peu «passé quelques jours après le 10, que, de tous les côtés, les royalistes applaudissent à l'étranger qui vient les venger; que dans Paris môme le délire de l'espérance les rend imprudemment iBenaçants; qu'enfin l'on peut dire qu'au 10 août la royauté mil été défaite, mais non vaincue. Dès lors le but de la commune n'est pas complètement atteint, la permanence du danger légitime la permanence de sa dictature. D'ailleurs la Bberté de la France pouvait- elle être compromise par des arrêtés municipaux qui, par leur origine môme, n'étaie«t pas dwtinés à sortir du département? Et la commune le sentait tibien, que la circulaire qu'on vient de lire, ne revêt pas le caractère gouvernemental, elle n'est qu'une simple invitation ; Al reste, elle limitait elle-même sa durée à l'expulsion totale des^armées ennemies du territoire ; donc pas de doute possi- Ne. Voilà ce qu'affirmait hautement la première partie de cette pièce, pour confondre l'accusation de dictature que les fiirondigs faisaient sourdement planer sur la capitale. Soup- ÇMi non-seulement injuste dans ses fondements, mais anti- Patriotique dans un moment où la France, pour être forte contre les alliés, avait besoin d'être plus unie que jamais dans J* pensée exclusive de délivrer le pays. Au reste l'Assemblée *ti bien compiis qu'elle s'était laissé entraîner à un mouve- 'Wit coupable, qu'elle n'a pas tardé à rapporter elle-même •on décret de suspicion. C'est, dites- vous, qu'elle avait 11 ••în forcée par les députations. Je vous répondrai alors qu'uni* ••emblée qui se déjuge sous une pression de violence ei ^ assemblée qui abdique.
Slais, réplique-t-on, la circulaire demande aux départe II. 7
Mais le danger n'était- il qu'à Paris? Pour TafTirmer j faudrait nier les faits les plus authentiques ; dans quelqixcî mois, quarante départements vont être soulevés contre la capitale: croit- on naïvement qu'en septembre n'existassent pas déjà les germes de division? Je sais qu'ils invoqueront ia liberté, qu'ils protesteront ostensiblement contre la dictature de cette capitale; msds la réaction de 1795 nous à révélé le secret de ces prétendus libéraux, leur véritable foi politique. D'ailleurs, n'est-ce pas hier, 22 août, que huit mille paysans du district de ChâtUlon- sur- Sèvres ont levé l'étendard de l'insurrection vendéenne? Et les massacres des patriotes do midi à Montauban, à Arles, à Avignon, etc., ne nous livrentils pas le mot d'ordre des royalistes ? Et, au sud, le Piémont et l'Espagne ne leur assurent-ils pas des secours au nom des princes fugitifs ? Le danger est plus grand à Paris sans doute» mais la résistance y est proportionnée ; en dernière analyse I^ danger est partout, et tant que l'ennemi sera sur le territoire, le salut public appelle les mômes moyens de résistance, b terreur doit être à l'ordre du jour.
Voilà ce que pensait Marat, ce que seul il osa proclamer dans sa circulaire, quand il disait aux départements : « Sans doute la nation entière, après la longue suite de trahisons qui Font conduite sur les bords de l'abîme, s'empressera d'adopter ce moyen si nécessaire de salut public, et tous les Franc^ais s'écrieront comme les Parisiens : « Nous marchons à l'ennemi, mais nous ne laisserons pas derrière nous ces brigands pour égorger nos femmes et nos enfants. » Ajoutez que cet acte n'est pas seulement le plus courageux qu'ait ]amais exécuté fonctionnaire public par la responsabilité qu'encourait le signataire, mais qu'il fut encore le plus profondément politique ; car c'était empêcher que Paris ne fû^ mis un jour au ban de la France; c'était rendre tout le pa)'-^ solidaire d'une mesure prise dans l'intérêt commun, lui en faire mieux comprendre la justice et la nécessité; c'était enfin lier les patriotes dans une même résolution : l'extermination
ennemis de la liberté. Il fallait l'audace, le caractère et îlligence politique de FAmi du peuple pour concevoir une pensée et la mettre à exécution au plus fort même des sacres, le soir du 3 septembre. C'est ce sang-froid dans le -mêle de toutes les émotions, dans la consternation des tionnaires, la terreur des royalistes, ragitation des paes, l'indignation d^ peuple, la fureur des massacres, c'est, je, ce sang-froid qui décèle la combinaison, qui a tout u; c'est la combinaison qui révèle le génie; c'est parla Richelieu et bien d'autres, tous objets de la haine de leurs emporains, ont conquis auprès de la postérité plus juste e qu'elle est plus impartiale, plus impartiale parce que, mfpliis en cause, elle ne pèse que les desseins; c'est là, dis-je, que ces grands hommes ont acquis dans l'hisï les titres de libérateurs de l'humanité ; c'est par l'inensable mesure soutenue hautement dans la circulaire t, et conseillée à toute la France, que Marat prendia sa e un jour parmi les plus grands révolutionnaires, car, >re une fois, l'épouvante qui a glacé les ennemis de Tin- !ur a permis seule aux patriotes de marcher en toute té contre les armées étrangères, de les repousser hors du itoire, et leur triomphe, assurant notre indépendance, a ïnté la liberté. Je voudrais pouvoir tenir un autre langage, \ quand les faits parlent, l'historien , doit-il les nier de ' de se compromettre, ou dans l'intérêt de je ne sais le sensiblerie qui n'a jamais assuré que le triomphe des hants dans la vie privée, que le triomphe des oppresseurs J la vie publique ?
Sous avons rappelé quel rôle ont rempli la plupart des tionnaires dans ces terribles journées, rôle de lâches ï tous les cas : de lâches surtout, s'il est vrai, comme *assurei.t, que les exécutions aient été commises par Iques centaines d*individus, car comment ne s'y être pas !>sé avec la force armée dont dispose toujours un gouvernent ; Icichcs munie si tout le peuple assista aux exécu-
lions, comme l'assure Marat, car, du moment que ces fonctionnaires n'adoptaient pas la mesure en principe, ils devaient mourir à la porte des prisons en en défendant l'entrâe. Mais non, ils se cachent, ils se taisent, pas un n'a signé sa protestation d'une goutte de son sang. Voilà ce qu'ils ne pardonneront jamais à Marat. Mais attende;, ils vont descendre pins bas encore, ils vont essayer de couvrir leur manque de cœur dans le péril, du manteau de la sensibilité : les Tartufes vont jouer leur quatrième acte. Entendons-les d'abord au moment, de Taction, quand ils tremblent encore de l'émotion de ceqoi pou ira suivre; c'est leur représentant au conseil exécutif, te ministre de l'intérieur, Roland, qui va prendre la parole. On était dans la soirée du 3 septembre : « Hier fut un jour sur les' événements duquel il faut peut-être laisser un voile; je sais que le peuple terrible dans sa vengeance, y porte encore une sorte de justice. Il ne prend pas pour victime ce qui se présente à sa fureur, il la dirige sur ceux qu'il croit avoir été longtemps épargnés par le glaive de la loi, et que le p6il des circonstances lui persuade devoir être immolés sans délai > {Moniteur du 5 septembre. ) Le ministre est explicite : c'est le peuple qui s'est levé, c'est le déni de justice qui l'a poussé à s'armer du glaive de la loi, c'est le péril de la circonstana qui lui en a fait un devoir, et dans l'exécution même il « porté une sorte de Justice. Qu'avons-nous affirmé? qu'a dit autre chose Marat dans sa circulaire ?
Le 6, tout est rentré dans Tordre, ou à peu près; Pétion, maire de Paris, est introduit à la barre : « Vous avez voulu être instruit chaque jour de la situation de Paris. Permettezmoi de jeter un voile sur le passé; espérons que ces scènes affligeantes ne se reproduiront plus. » Il y a trois jours le ministre avait parlé de justice, aujourd'hui ce n'est plus que de regrets qu'il s'agit. Or, regret est commencement de blâme, c'est l'esprit moins la lettre. A quoi l'Assemblée répond par la bouche de son président : « L'Assemblée est satisfaite d'opposer à des événements malheureux la présence
l'un homme de bien, elle se reposera toujours sur votre patriotisme et votre sagesse. » Or, Topposé d'un homme de MeD, ce sont les criminels qui ont concouru aux événements oulbeureux. k\x fur et à mesure que les orateurs gagnent du temps, l'appréciation gagne en vigueur. Que pensez-vous de % président qui loue le palriatisme d'un maire de Paris qui l'est p^ mort en s* opposant à des massacres qu'il condamne? ^t de cette assemblée qui ne s'est pas levée comme un seul omme hier, et qui accuse, elle aussi ? Ai-je eu tort de dire le tous ces gens-là avaient à se pardonner réciproquement complicité d'une lâcheté mutuelle ?
àlais allons plus loin ; cette fois le danger est entièrement 3sé, les hommes de paroles ont repris toute leur verve ; us sommes au 25 septembre, le Dénwsthêne de la Gironde
s'attaquer directement à Marat: <c Que le peuple, lassé Line longue suite de trahisons, se soit enfin levé, qu'il ùt "6 de ses ennemis connus une vengeance éclatante , je ne «3 là qu'une résistance à l'oppression. Et s'il se livre à Laïques excès qui outre-passent les bornes de la justice, je Y vois que les crimes de ceux qui l'ont provoqué par leurs ^faisons... » Tenons note de l'aveu : c'est la trahison qui Bculevé le peuple au nom du droit à la résistance, ce n'est Us Marat. La seule diiïérence entre le grand orateur et le Urnaliste, c'est que le premier prétend que dans ce cas le 'Uple n* obéissait qu'au sentiment de ia vengeance, le second Kirrae quil était mù par l'instinct de conservation. C'est Ui faits recueillis à prononcer en dernier ressort.
Vergniaud ajoute : a ... Mais que des hommes revêtus* *\m pouvoir public; qbi, par la nature même des fonctions
H'ils ont acceptées, se sont chargés de parler au peuple le ^gage de la loi, et de le contenir dans les bornes de la juste par tout l'ascendant de la raison, que ces hommes prêl)ent le meurtre, qu'ils en fassent Tapologie, il me semble ue c'est un degré de perversité qui ne saurait se concevoir ue dans un temps où toute morale serait bannie de la terre.
Je De les accuse pas d'être les auteurs de cet infâme écrit, je pense qu'ils s'empresseront de désavouer leurs signatures. Mais s'il est d'eux, il doit être puni avec d'autant plus de sévérité, que les écarts auxquels il provoque le peuple sont plus dangereux. )> On voit qu'il s'agit ici de la circulaire et que le but de l'orateur est de provoquer les collègues de Marat à nier leur adhésion, c'est-à-dire à isoler l'Ami dix peuple, pour que ses ennemis puissent en venir plus facilement à bout. La tactique était adroite, malheureusement, pour l'habile tacticien elle n'a pas réussi, les signataires n'ont rien désavoué. Usant d'un semblable procédé, M. Mi— chelet a conçu l'idée criminelle d'affirmer que Marat avût pris sur lui le droit d'usurper l'adhésion de ses collègues da comité de surveillance; l'historien n'a pas plus réussi que l'orateur, mais aujourd'hui il lui reste en plus l'infamie d'affirmer un fait que l'histoire dément positivement.
Si nous analysons la substance du passage que nous venons de citer, quelle logique ! En effet, si Vergniaud ne voit dans le massacre qu'une résistance à V oppression y il semNe dès lors que tout le poids de l'accusation doive retomber exclusivement sur les traîtres qui ont provoqué l'insurrectioD, sur les royalistes; mais non, il y a des hommes plus coupables encore, pense le Girondin ; ce sont les fonctionnaires qui, chargés de contenir le peuple dans les bornes de la justice, ont dit au peuple : lève -toi et défends -toi contre les traîtres. Cependant, grand orateur, de deux choses l'une: ou la résistance (qui est un droit constitutionnel) était provoquée par la trahison, ou elle ne l'était pas. Si elle était provoquée par les royalistes, c'est justçment le devoir da magistrat d'y appeler le peuple; si elle n'était pas juste, c'est tout le peuple de Paris qui doit être puni. Mais vous avez avoué vous-même qu'il y avait trahison, partant droit pour le peuple de s'insurger, et inclusivement devoir pour te magistrat d'appeler ses administrés à la résistxince.
\oulez-vous dire que le danger était dans Paris seule-
? Mais tous les faits vous démentenf : la France est soude tous côtés par les partisans de la royauté; or, il pas' deux poids et deux mesures : ce qui était juste pour pitale Tétait pour la province, et l'appel à l'insurrection uile était un devoir pour le magistrat de la police, r que Marat seul a rempli. Il y avait là une impasse outes les rhétoriques du monde n'auraient pas fait franï Tillustrissime orateur. Les royalistes étaient bien plus ens quand ils condamnaient également et Paris et les 'tements, niant en tout. état de cause le droit à la résis- . Bien en prit à l'Assemblée de passer à l'ordre du jour ette question, car, s'il y avait eu jugement des signa- 1, quel parti aurait pris le peuple? Il est facile de le présachant ce qu'il venait de faire. Vergniaud et ses cols, en demandant la mise en accusation du comité de illance, en appelaient tout simplement à la guerre cic'est-à-dire au renouvellement des scènes qu'ils déplot$i éloquemment; voilà à quels désastres ils exposaient )ays, au moment où Tennemi était encore sur' le terriet cela, j'aime à le croire, sans en prévoir les consé- ;es, uniquement par haine d'un homme et d'un parti; ^s têtes! pauvres cœui-sî
3us verrons plus tard que Marat eut la générosité de ne élever cette attaque.
ais nous avons entendu l'Ami du peuple, parlant des
ées de septembre, dire lui-môme : « opération nialheu"
Tient trop nécessaire » {Cirml/iire); M. Michelet rappelle
octobre 92, au numéro VI du Journal de la République^
imaliste a écrit : u Événement dHastrcux. » Nous pour-
citer bien d'autres passages plus explicites encore.
chelets'en étonne et ne sait qu'en conclure; nous faisons
telligence de ceux qui nous lisent l'honneur de i)enser
n'ont pas besoin d'explication, et que l'historien les a
jés à concevoir meilleure opinion de son jujjjement, à ne
•oire surtout à tant de naïveté. Ne déplore-t-on pas tous
les jours des mesures que 1^, nécessité a forcé de prendre?
Il reste ^répondre au doute que soulève une historiette rir contée par Pétion, à propos dçs rapports de Marat avec Danton et de leurs dissentiments à l'époque où nous en sommes.
Pans le fameux discours du maire sur les événements d'août et leurs suites, discours dont nous avons déjà cité un passage, l'orateur ajoutait : « Quelques jours après les 2 et 3 sq>tembre, Danton vint me trouver, me montra une lettre qM lui écrivait Marat; cette lettre était très-insolente; les reimches étaient mêlés aux injures, il menaçait Danton de ses j^ cards. Danton me parut courroucé. Marat était au comité di surveillance, nous y descendîmes ensemble ; le débat fut trèi* animé. Danton traita durement Marat; Marat soutint ce qal avait avancé, finit par dire qu'il fallait toiit oublier, décbinli lettre, embrassa Danton, et Danton l'embrassa. J'atteste oa faits qui se sont passés devant moi. » {Moniteur du 10 novembre 92.) C'est cette scène, dont nous ne doutons pas, fK M. Micbelet raconte, et à propos de laquelle il écrit : « Danloi endura le baiser, sauf à se laver ensuite. » {Histoire de 1i Révolution française^ t. IV, page 218.)
Pétion ne dit pas à quel propos s'éleva le débat entre le ministre de la justice et le membre du comité de surveillance ; nous avons tout lieu de croire que ce fut à propos de raiïaire Duport, nous en avons parlé dans notre livre sar Danton, nous y renvoyons le lecteur. Mais noiis devons ici quelques explications relatives au désaccord ap|>areDt qw l'on s* est piu à constater entre les deux hommes publics (pi ont montré le plus de courage pendant les massacres. iNous disons désaccord apparent, car on va voir que tous les deux ont atteint au même but, le salut du peuple, en assurant l'intégrité du territoire et le triomphe de la liberté.
Si l'on se reporte bien à septembre 1792, on verra quel* Révolution avait deux puissants ennemis à combattre : l'ennemi extérieur et l'ennemi intérieur, l'étranger et la contrerévolution. Danton, d'Arcis-sur-Aube, né sur le sol où pendant
MARAT AU MASSACRE DE SEPTEMBRE. 4a7
demi-siècle allaient se débattre tant de fois les destinées
de la France, Danton le Champenois, paysan par goût, par
tempérament, homme du pays avant tout, Danton, dis-je,
éUdt plus exclusivement préoccupé de l'idée qu'on devsdt
4*abord chasser l'étranger du territoire : pour cela, la France
s'avait pas trop du concours de tous ses enfants. Mais com-
MDt obtenir ce concours, pensait-il, si l'appel aux armes n'est
pA fait par la seule voix qui puisse être entendue de tous, la
loix de l'Assemblée nationale ? Voilà pourquoi Danton fit de si
grands eObrts, efforts qu'aucun historien n'a reconnus jus-
^'ici, pour maintenir à la Législative toute prépoi^dérance.
Sans doute il n'ignorait pas l'opposition des aristocrates, mais
Bcroysdt qu'ils seraient emportés par le mouvement général
oomme le brin de paille par l'ouragan; il croyait qu'à l'hon-
■ear les gens de cour sacrifieraient le privilège : nous ne
mioDs pas encore qu'avant d'être Français, ils sont roya-
liites. C'était l'erreur d'un grand cœur. Quoi qu'il en ait été
te résistances, cette noble conviction de Danton fit sa force;
àloi seul il souleva la France, et l'étranger fut repoussé.
Harat, Français par adoption, cosmopolite par nature, ifaot vécu déjà dans toutes les parties de l'Europe, âme B'aspirant qu'à être libre et si exclusivement dominée par ce iOQtiment que pour elle point de patrie où il n'y a pas de Sberté, Marat devait être moins préoccupé par le danger tttéricur, mais bien davantage par la pensée de la servitude politique à laquelle nous auraient réduits les réactionnaires triomphants. De là sa fureur contre les aristocrates, contre ks ennemis du dedans, de là les mesures exceptionnelles dhîgées contre ceux qu'il appelait les traîtres. Mais est-ce à fire qu'il ne combattit que contre un fantôme créé par une imagination malade? Loin de là, qu'au contraire le plus {FUid danger était à l'intérieur. Or, lui aussi terrifia la ojrauté et ses suppôts par les violences de septembre qu'il Jeva à la hauteur d'un coup d'État, en les justifiant devant oute la Frauce; et la liberté fut sauvée.
En résumé, il était nécessaire que les Prussiens et les royalistes fussent combattus en même temps : ils le furent par Danton et par Marat. Qu'importe que la double action n'^it été conçue au môme degré d'intensité par aucun d'eux à la fois, quoique également indispensable sous les deax rapports? pour mon compte particulier je m'en réjouis, car malheur au peuple sauvé par un seul homme : la reconnaissance a fondé tout autant de tyrannies que la ruse ou la force. Comprend-on maintenant que le dissentiment de ces deoi grands patriotes n'ait pas touché au fond de la question, qu'il ne s'étendait que sur le plus ou moins d'importance i donner à l'une ou l'autre défense; et que» comme l'assure Pétion, ils aient pu finir par s'embrasser, car tous les deux avaient le même but, et ce but était déjà presque atteint? Je ne sais si mon imagination m'entraîne trop loin, mais il nie semble voir dans cette scène émouvante les deux représentants de la Révolution dans le présent et de la Révolution dans l'avenir : Danton plus préoccupé de l'indépendance coraffle nation, Marat plus préoccupé de l'indépendance comme individu; le premier, incarnation de la liberté d'un peuple; le secoqd, incarnation de la liberté du monde; l'un, citoyen de la France libre; l'autre, citoyen de Thumanité; honDeorà tous les deux, car tous les deux nous ont sauvés d'un double péril, de la ruine de notre pays et de la perte de la liberté! Sans doute dans ce drame sublime, le rôle sympathique, fe rôle selon notre cœur fut donné par la nature à Danton; mîûs l'histoire, spectatrice plus froide, dira que, pour avoir remplie tâche la plus ingrate, Marat n'en a pas moins acquis des droits éternels à la reconnaissance de tous les amis de la liberté.
Encore un mot pour terminer. Rapprochez par la pensée ce chapitre du précédent; depuis trois ans l'Ami du peuple proposait les seuls moyens propres à éviter les insurrections, à sauver les innocents en cas de révolte; on n'a pas voulu l'entendre; le peuple s'est levé furieux et sans guide, et neuf cent soixante-six égorgés ont péri!