‹ Marat, l'ami du peuple (volume 3)Chapitre 64 sur 150 · MARAT ÉLU DÉPUTE · texte numérisé non relu

MARAT ÉLU DÉPUTE

es membres, et que déjà plusieurs choix portent à la ConrentioD (j'apprends qu'il vient d'être nommé), on s'étonne et 'on réfléchit.

« Est-ce l'erreur d'un homme ardent et soupçonneux tpû [Nrend ses craintes pour des vérités, et qui sème de bonne foi la défiance dont il est pénétré ? N'existe-t-il point d'ambitieax adroit, d'ennemi caché qui nourrit pour son proflt rinqaiétude d'un esprit atrabilaire et le dirige à son gré? âfoos-nous dans notre sein des émissaires de Brunsiwick qui chmhent à nous aflaiblir par des divisions intestines, ou d^ scélérats qui veulent tout renverser pour s'élever sur, des mines? Je ne puis résoudre ces questions, mais je vois qu'il f t lieu de les faire ; et si ces scélérats et ces émissaires existtient parmi nous, ils s'efforceraient de produire la défiance etfagitation que nous voyons exciter et perpétuer. » {Monifewdu 1$ septembre 92.)

Cette adresse répondait aux placards de fAmi du peuple^ pbcards qui n'ont rien qui nous étonne dans Texpression de Ksvœux, puisque l'Ami du peuple n'y fait que répéter ce Itt'il a dit vingt fois, puisqu'il ne demandera pas autre chose bns les cinq derniers numéros de son journal, parus du H août au 21 septembre.

Ao fond, de quoi se plaint le ministre ? De la défiance de Ibrat. Jamûs autorité ne comprendra ce principe, mais il >*en restera pas moins Téternelle sauvegarde des républipies. Que demandait Roland ? Qu'on le laissât faire ; il avait i bonne volonté ! Je n'en doute pas, vertueux Roland ; mais K pouvez -vous vous tromper? mais ne peut-on pas vous tK)n)per ? De grâce, laissez-nous juges, nous qui sommes la Wière administrée. Est-ce bien franchement d^ailleurs que '^ vous étonnez de la défiance de Marat, après tant de Irisons des pouvoirs successifs, trahisons que vous-même ^ dénoncées quand il s'agissait de vos prédécesseurs ?

Hais de qui se méfiait encore Marat? De l'Assemblée, l'a- 1- elle pas été nommée sous l'influence de la royauté

constitutionnelle? Ne doit-elle pas tomber avec elle? Ses héàitations n'ont-elles pas trahi ses vœux secrets? Pourquoi son remplacement est-il tant attendu, si elle répond auj vœux du pays ? Et n'est-il pas notoire qu'aidée des ministres qu'elle a nommés elle n'use de ses derniers instants d'influence et de puissance que pour se faire renommer à la Convention? Ne sont -ce pas là des motifs suffisants de défiance ? ,

Roland s'étonne que l'Ami du peuple demande encore aujourd'hui ce qu'il réclamait il y a im mois. Et pourqiUM pas, si rien n'a changé ?

Mais des massacres ont eu lieu, dites-vous. Sont-ce dose des massacres que demandait Marat ? 11 avait voulu la mise en accusation des fonctionnaires infidèles, et, à quelques télés près, on n'a massacré que des hommes privés, et tous les fonctionnaires suspects sont encore en place. Ne voyez-voos pas que son placard du 8 proteste implicitement contre le choix des victimes des 2 et 3 septembre ? Or, le supplice des innocents paye-t-il pour les coupables? Et si les traîtres sont restés, le danger n'existait-il plus? L'épouvante a glacé les royalistes; mais les royalistes étaient -ils les seuls redoutables ? Tous ceux qui veulent l'autorité sans contrôle, de quelques noms qu'ils se parent, ne sont-ils pas également à craindre? N'est-ce pas un vote de confiance que demandait tout à riieure le chef du pouvoir exécutif?

Roland sentait bien que la conscience publique ne se méprendrait pas; aussi se rejette-t-il sur les insinuations: Marat ne serait-il pas vendu à l'étranger? Marat ne serait-il pas un Cromwell en germe ?

Le bon sens public fit justice de l'adresse aux Parisiens, et les électeurs ne revinrent pas sur le choix qu'ils avaieoi fait de l'Ami du peuple. Quel autre sentiment que la piti^ pouvait accueillir une proclamation qui finissait ainsi : « 0"^ des lâches et des traîtres provoquent les assassins! Je les attends, je suis à ma place, j'y fais mon devoir, et je saurai

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rir. » Dire le 8 septembre qu*on attend sans crainte les fôins, alors que les assassins ont été pendant quatre joui*s naitres de la place et n'ont pas touché un cheveu de la du ministre, c'est se donner gratuitement le mérite d'un âge tardif. 11 est vrai qu'il entrait dans Tintérèt des élec- ; girondines que Paris ne fût plus considéré que comme epaire d'assassins. Précieux démentis donnés à ces imtioos; les hommes de la Gironde crieront souvent à l'asnaty et parmi les victimes on ne comptera jamais que Montagnards !

)ans les derniers numéros de VAmi du Peuple^ Marat ndit : u Je n'ignore pas les menées de la faction Brissot re moi. Elles sont dignes de la bassesse de mes ennemis, je dédaigne d'employer le temps à les déjouer. L'Ami euple n'a rien à dire, si ses titres à la confiance publique ent encore être révoqués en doute. Le seul devoir qu'il remplir envers ses concitoyens les patriotes de toutes sections qui pourraient être induits en erreur, c'est de déclarer que le plus ardent de ses vœux est qu'ils troubeaucoup d'autres représentants qui aient mieux mérité i patrie. » {L'Ami du Peuple, N'^ 682.) !t le lendemain : u Ne voulant pas voler l'argent de swick et des Capcts fugitifs dont ce général défend la e, je conjure tous les amis de la patrie de mettre à prix le des Capets et de Brunswick. » C'était la meilleure que. Quant au ministre considéré personnellement, sa fut bientôt faite : <( Un mot à la femme Roland. Vous êtes ( de ne plus dilapider les biens de la nation à soudoyer cents mouchards pour arracher les affiches de TAmi du le. Citoyens, vous êtes requis au nom de la patrie de corces mouchards s'ils ont l'audace de reparaître. » Et en : « Roland n'est qu'un frère coupe-choux, que sa femme I par l'oreille; c'est elle qui est le ministre de l'intérieur la main de son directeur, l'illuminé Lanthénas, agent

t de la faction Guadet-Brissot. » {Ibidem^ N"^ 683.) 11. 8

Pour qui connaît les Girondins, il est facile depréroirqi ne pardonneront jamais à Marat cette piqûre à faite leur tlîonisse; les séances de T Assemblée qui va s'ouvrir sei bien plus occupées par eux à se venger de leurs ennemis | sonnels qu'à sauver la patrie; seulement, pour que le proche ne puisse leur en être fait, ils seront assez habiles ] donner le change et présenter leur intérêt de faction coi intérêt public. Le peuple prendra 'parti, dès lors la Fr sera divisée et exposée aux plus grands dangers par suit ces divisions. Les Girondins succomberont eux-mêmes, i \Tai, mais leur mort ne sauvera pas la République; par ] vaincre il faut des chefs aux partis, et, partout où il y a chefs, la liberté est perdue. Que leur mémoire en réponA

Quant à Marat, il allait inaugurer Tavénement de la Dé blique par un nouveau journal. On lisait dans le preo numéro : « Le despotisme est détruit, la royauté estaM mais leurs suppôts ne sont pas abattus. Les intrigants, ambitieux, les traîtres, les machinateurs sont encore i t mer contre la patrie, la liberté a encore des nuées d'ennai Pour la faire triompher il faut découvrir leurs projets, déî 1er leurs complots, déjouer leurs intrigues; il faut lesdém quer et les réprimer dans nos camps, dans nos sections, municipalités, nos directoires, nos tribunaux, dans la C vention nationale elle-même. Comment y parvenir si amis de la liberté ne s'entendent, s'ils ne réunissent k eflbrts ? Ils pensent que Von peiil triompher des malmll sans s en défaire. Soif y Je suis pirt à prendre les voies jui effirares par les di'fenseurs du peuple : je dois marcher î eux. Amour sacré de la patrie, je t'ai consacré mes^tîil mon repos, mes jours, toutes les facultés de mon être t'immole aujourd'hui mes préventions, mon res5entim( mes haines, à la vue des attentats des ennemis de la libe & la vue de leurs outrages contre ses enfants; j'étoufferai, se peut, dans mon sein, les mouvements d'indignaiion s'y élèveront, j'entendrai sans me livrer à la fureur le r

BIARAT ÉLU DÉPUTÉ. Uo

du massacre des vieillards et des enfants égorgés par de lâches assassins, je serai témoin des menées des traîtres à la patrie sans appeler sur leurs têtes criminelles le glaive des vengeances populîdres. Divinité des âmes pures, prète-moi des forces pour accomplir mon vœu; jamais Tamour-propre 00 robstination ne s'opposera chez moi amx mesures que prescrit la sagesse; fais -moi triompher des impulsions du sentiment, et si les transports de l'indignation doivent un jour me jeter hors des bornes et compromettre le salut public- ^e j'expire de douleur avant de commettre cette faute. »

Le nouveau journal, substitué à l'Ami du Pciiplcy allait

pitndre pour titre : Journal de la République française ^ par

Maratj VAmi du peuple^ député à la Convnition nationale,

Cest que, sans doute, ce titre d'ami emporte avec lui Tidée

d'une certaine condescendance qu'on pourrait interpréter

■ttiicieusement, qui siérait mal à Marat, maintenant qu'il va

mrier au peuple libre. L' épigraphe même est changée, elle

•c rappellera plus au rédacteur son devoir de mourir pour la

^ité ; elle indiquera le but du gouvernement républicain :

Ci re^leai miseriSj abeai fortuna superbis : que la richesse

■« aoît plus le partage exclusif des privilégiés, qu'elle soit le

P*rt*ge de ceux qu'on appelait jusqu'ici les misérables. Plus

^•^^^ quand l'Ami du peuple sera mort à la tâche, le citoyen

■^^•^^selin dira dans un discours en l'honneur de la victime :

' V^Us rappeler cette devise à laquelle Marat consacrait ses tra-

^'^ et ses veilles, c'est dire son crime irrémissible aux yeux

^^ ^«"btocrates. » N'était-ce pas proclamer devant tous que

^ * Ami du peuple avait quitté son titre primitif, il n'en avait

•^^ ouhijé les engagements. En effet, c'était encore à la vérité

^ *^ ^Ualt consacrer les dix mois d'existence qui lui restaient

^^oot nous allons suivre les émouvantes péripéties; puis,

"T^^ à sa première devise, il scellera de son sang toute une

^^ Sacrifiée au bonheur du peuple et au triomphe de la liberté.

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