‹ Marat, l'ami du peuple (volume 3)Chapitre 75 sur 150 · PROCÈS. — ACQUITTEMENT · texte numérisé non relu

PROCÈS. — ACQUITTEMENT

Liste des membres composant le Tribunal extraordinaire.

Juges. — Liébaud, Pesson, Montanet, Desfougères, Desladelaines, Grandsire, Etienne Foucaut.

Juges suppléants. — Ghampertois, Roussillon, Tartanac.

Accusateur public. — Faure.

Adjoints. — Fouquet- Tin ville, Verteuil, Floriot, Bellot, [atré.

Jurés. — Dumont, Brisson, Goppin, Lagrange, Langlier» labanis (médecin), Jourdeuil, Fallût, Poullain, Gaunet, Laoche, Fournier.

Suppléants. — Tréteau, Ilattinguais, Leroi, Maignon, raudin, Brochet, Chancerel de Courville, Pierre Duplain, *aintex, Grandmaison, Clirestine, Ghasseloup.

Le Moniteur du 17 mars, séance du 12, donne aussi la iste moins complète, et il diffère dans quelques noms et ans l'orthographe, mais cette différence ne fera rien à la ause. Nous citons.

Juges. — Lienbotte, Pesson, Montalais, Desfougères, lémy- Foucault, Deligne. /

Accusateur public. — Faure.

Substituts, — Foclaiiiville, Verteuil, Fleuriot.

Jurés. — Dumont, Brisson, Coppens, Lagrange, Langlier, 'euquière, Cabanis, Jourdeuil, Fallot, Moulins, Gaunet, Laoche, Fournier.

On voit que le Moniteur cite à la liste des jurés : Moulins u lieu de Poullain; Coppens au lieu de Coppin; qu'il nomme reize jurés au lieu de douze portés par le décret; que le cm de Feuquière en plus pourrait bien être un prolongelent de celui de Langlier. On remarque encore quelqties bangemcnts dans les noms des juges, mais peu injporte,

puisque la discussion ne reposera pas sur ces noms^ qiâTifc soient ceux du Moniteur ou des Procès-Verbaux.

Kous avons encore consulté le Journal des Débats el IH. crets; parmi les noms des juges nous trouvons Delmas-DeligDc^^ qui ressemble singulièrement à Desmadelaines; et c'est ipeo près toute la différence notable.

Revenons à M. Michelet qui prétend qu'au 2i avril M, jour du jugement de Marat, le tribunal était composé exctoavement de robespierristes et de maratistes.

Si rhistorien s'en fut tenu à cette affirmation, il seradt très-difficile de le réfuter, la plupart des individus cités sur la liste n'étant pas des noms historiques. Mais M. Michelet n'est pas si timide; il affirme la tête haute, du ton d'une autorité, il sait que l'aplomb ne nuit pas pour s'attirer 11 confiance du public.

Donc, il va réviser hardiment chacun des noms, et prouver son assertion : « Le président du tribunal, c'était Rd)cspierre dans le doux Herman d'Arras, son ami. » Où avez-foos pris ce nom, monsieur, ce n'est ni dans le Moniteur ni dans les Prorcs- verbaux; or, l'ariicle 4 du décret porte que le premier des juges élus présidera. « Le vice-président c'était lui dans le Franc-Comtois Dumas. » Où avez-vous pris ce nom, monsieur? « Ceux dont il refit plus tard la commune étaient là déjà [Payan^ Coffinhal); son fanatique admirateur, le peintre Top ino- Lebrun , siégeait pour lui au tribunal... Son imprimeur Nieolas était juré révolutionaire... Nommons en tête Antonelle... Dobsent... Souperbielle. » (Tome V, page â8/i, 5. C.) Où avez-vous pris ces noms, monsieur?

M. Michelet ne les a pas inventes, car ils sont historiques, et, en les lisant, chacun croit les reconnaître; ce qui donne à Tassertion du faussaire un air de vérité bien plus authentique. Nous les lisons, en effet, dans une liste sommaire des membres qui ont composé le Tribunal révolutionnaire à différentes époques autres que celle dont il s'agit ici. Le tour n'est pas sans dextérité. Nous croyons qu'en effet le tribunal a pu se

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composer d'hommes choisis ad hocy mais ultérieurement, quand Robespierre était une puissance. Avant la mort de Maratt il s'en faut bien que Maximilien ait eu autant d'influence que lui en attribue le critique, mais il faut préparer 8on héros, planter ses jalons; c'est une règle de l'art de dramatiser l'histoire.

Hais comment à la page &8& l'historien peut-il affirmer que les robespierristes composaient tout le tribunal, quand il venait d'écrire (page Â83): « Les Girondins étaient toujours forts à la Convention, honorés d'elle, présidents, secrétaires, membres de tous les comités. » Nous avons vu que le tribunal fut composé le 13 mars; l'article 5 et le 7* nous ont appris que l'Assemblée en nommait les membres; M. Michelet nous a affirmé lui-même, et le Moniteur le confirme, que ce tribunal fut créé malgré la Gironde; et, quand il se serait agi de la nomination, ces mêmes Girondins, toujours forts^ n'auraient laissé choisir que des Jacobins! C'est insoutenable. Nul doute que les Girondins, le 13 mars, sont encore puissants à l'Assemblée, puisqu'un mois après, le 12 avril, ils vont obtenir la majorité dans le fameux appel motivé qui va traîner Harat devant ledit tribunal. Dès lors, comment supposer que le 12 avril ils livrent à des juges robespierristes et maratistes TAmi du peuple, eux qui n'étaient pas hommes à oublier que ces Jacobins siégeraient jusqu'au 1" mai? (Art. 7.) Tout cela ne résiste pas au simple sens commun. Il est vrai que M. Michelet n'épargne pas le reproche à ses amis : a Les Girondins avaient été bien inconséquents. » Cela veut dire : Ils auraient du composer le tribunal de leurs créatures avant d'y traduire Marat. C'aurait été plus conforme à la politique habile, en eiïet, mais un outrage à la conscience; et, en adressant ce reproche d'inconséquence aux Girondins, vous ne faites, monsieur, honneur ni à leur moralité ni à la vôtre; oe connaî triez-vous qu'une sorte de morale, la morale gouvernementale qui dit en effet : Toutes les fois qu'un pouvoir politique choisira un tribunal pour y traduire ses ennemis» il

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ne devra le composer que de ses créatures? C'est logiqi^e ainsi Tont pratiqué tous les gouvernements successifs. V(£li, lecteurs, la leçon que vous devez tirer de l'histoire, s'il tnuf en croire M. Michelet. Et c'est justement parce qu'il n'y « pas de milieu entre la logique autoritaire qui tue à coup sur et la conscience qui exposerait tout gouvernement à des inconséquences funestes, c'est, dis- je, parce qu'il n'y a pas de milieu entre ces deux extrêmes, que nous voudrions désar^ mer le gouvernement du pouvoir judiciaire, comme le voulait, nous ne disons pas le révolutionnaire Marat, mais le législateur Marat.

Il suit de ce qui précède que M. Michelet a manqué de sincérité en composant le Tribunal révolutionnaire de membres qui évidemment n'en faisaient pas partie en mars et en avril 1793; qu'il a fait preuve d'une médiocre moralité en accusant les Girondins d'inconséquence pour n'avoir pas composé le tribunal de leurs créatures avant d'y livrer Marat. Du reste M. Michelet est historien ravissant dans ce passage de son livre comme dans tous les autres. Et, pour amuser le lecteur SLpiiis l'avoir fatigué par nos indigestes démonstrations, nous allons extraire du livre du maître la page qu'on peut appeler le triomphe de Marat.

L'Ami du peuple est devant ses juges : « Marat nageait dans les roses; une vanité délirante était épanouie sur sa large face jaune. « Vous voyez, dit-il modestement au tribunal, le martyr, l'apôtre de la liberté. » Il profita de l'accusation pour débiter une histoire de son héroïque vie, des services qu'il avait rendus au genre humain depuis l'époque où, pratiquant la médecine à Londres, il avait publié les Chuines de V esclavage. Rien ne manqua à la comédie. On suivit toutes les formes. Le jury se retira, délibéra, puis, rentré, prononça l'acquittement.

« A ce moment, il fut près d'être étouffé. Toute la foule voulait l'embrasser. Les soldats se mirent devant et le protégèrent. On lui jeta sur la tète je ne sais combien de cou-

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Tonnes. Il était petit, on le voyait peu. Plusieurs s'élancèrent, !e prirent sur leurs bras, le juchèrent sur un fauteuil, le montrèrent un moment du haut du grand escalier. C'était un objet étrange. Son. costume, à la fois recherché et sale, était moins d'un homme de lettres que d'un charlatan de place, d'un vendeur d'orviétan, comme il l'avait été en effet. C'était une lévite jadis verte, somptueusement relevée d'un collet d'hermine jaunie, qui sentait son vieux docteur. Heureux choix de couleurs qui s'assortissait à merveille au teint cuivré de la peau, et pouvait faire prendre de loin le docteur pour un lézard. « Il est sauvé! Vive Marat! » Toute la foule déguenillée l'emportait avec violence, heureuse de sa victoire. C'était une fête d'avril; échappés au long hiver, ces pauvres gens croyaient leurs maux fmis par ce triomphe du grand empirique qui jurait de tout guérir. Quand il eut passé le Pont-Neuf, par la rue de la Monnaie, par la rue Saint-IIonoré, ce fut comme une pluie de fleurs, de couronnes et de rubans. Les femmes des halles surtout, dans l'effusion de leurs cœurs, noyaient de bouquets l'homme et le fauteuil, les enchaînaient de guirlandes. Marat se voyait à peine, hâve, étrange, égaré, sous ces fraîches verdures printanières ; la crasse reluisait sous les fleurs. Retardé à chacjue instant par des députés de métier, des harangueurs de sections, il allait agitant la tète d'un mouvement automatique, répondant à tout d'un fixe sourire, qui semblait d'un fou. Il ouvrait les bras sans cessé, comme pour embrasser le peuple. » Le reste à la page 489. Taî ouï dire qu'à Lyon, au moyen âge, on condamnait cert^dns auteurs à manger leurs manuscrits; nous proposons qu*on institue de nos jours le pilori de la citation.

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