‹ Marat, l'ami du peuple (volume 3)Chapitre 8 sur 150 · MARAT CONSIDÉRÉ COMME MÉDECIN · texte numérisé non relu

MARAT CONSIDÉRÉ COMME MÉDECIN

SomcAiRS. — Do la sensibilité dans Marat. — Il se fait médecin. — Historiens qui l'ont fait passer poor charlatan : Georges Duval, Rabbe, Biotfrapliie Michaud, Bro> chare de 1795, Monfjoie, Charles Nodier, M. Michelet. - Marat fut-il réellement médecin? — Preuves. — Fut-tl médecin habile? — Mémoire sur l'éleetncité médicale. — Observations de Tamateur Awe à l'abbé San$. — Marat médecin des gardes da corps de M. le comte d'Artois.

On se rappelle les souvenirs d'enfance que Marat nous a tracés de sa main; on a remarqué qu'il revient sur trois principaux traits de son caractère : l'amour de la gloire, l'amour de riiumanité et l'amour de la justice. Ces trois caractères dislinctifs répondent, en eiïet, aux trois phases les plus éclatantes de son existence.

Nous avons vu le premier se développer avec une rare énergie : les philosophes fixent sur eux tous les regards, Marat écrit le livre de rHomme; les savants ont part à Tengouement général, Marat fait ses preuves comme physicien. Nous avons vérifié la valeur de ses titres comme philosophe et comme gavant, ils sont incontestables. A cette frénésie de la gloire, il sacrifie les passions ordinaires aux jeunes gens; qui pourrait lui en faire un crime? Il sacrifie son bien-être; ne devons-nous pas lui en savoir gré?

Mais en même temps qu'il était dévoré du besoin de se

faire un nom, une autre passion, l'amour de l'humanité,

' réclamait aussi son droit d'investiture. Enfant, il avait reçu

de la nature le don de souffrir des douleurs d'autrui ; devenu

homme, il crut qu'il était de son devoir de chercher à les

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adoucir. Marat se fit médecin; son père, avons- nous dit, rxmait cette profession; l'enfant studieux, observateur, ardent à tout connaître, dut apprendre sans efforts les éléments do cette science, et la mère encourageait des dispositions qui j>cuvaient rendre un jour son fils utije à ses semblables : elle lit éclore dans son cœur la philanthropie. »

\Iais que parlé-je du don de souffrir des douleurs d' autrui ! j'oublie que je m'adresse à mon siècle, et que, pour mes positifs contemporains, l'amour de l'humanité n'est qu'un mot qui n'a pas de sens, qui provoque son incrédule dédain. Eh bien, soit! pour être à la hauteur de mon siècle, je feindrai de ne croire à rien d'élevé dans le cœur humain, je niefai Li passion du dévouement, et je dirai en langage du temps : Sarat qui ne gagnait pas probablement assez d'argent au métier de maître de langues en prit un plus lucratif, le métier de médecin.

Cette profession, qui demande tant de connaissances, qui peut être exercée partout, coïncidait on ne peut mieux avec ses aptitudes intellectuelles, avec ses goûts cosmopolites, avec les études auxquelles il s'était livré, qui devenaient chaque jour plus profondes; ses ouvrages scientifiques en font foi : elle se prêtait en outre à la gravité de ses mœurs, à la simplicité de son genre de vie, à ses habitudes d'observation; elle pouvait tirer un grand parti même de ses études philosophiques; on comprend que Marat, à tous les points &vue, fait choisie préférablement à toute autre.

De médecin à charlatan, il n'y a qu'un pas; la malveillance n'hésita point à le franchir. En cela, tous les biographes sont d'accord, sous quelque bannière politique qu'ils soient rangés. Georges Duval, le royaliste, assure que Marat fut vétérinaire; Rabbe, le républicain de 1830, veut que l'Ami du peuple ait débuté par vendre dans les rues de Paris un ^P^'ciOquede son invention ; la Biographie Michaud le dépeint îinsi : (I Charlatan des rues, dévoré par la misère et sans cesse ^^ prises avec les plus extrêmes besoins. » Tous les trois

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oublient que force leur a été, preuves en main, de rendre justice au savant véritable, et que la logique ne saurait conclure de la vraie science au charlatanisme. (Voir le chapitre III.)

Cette assertion descend, en ligne directe, d'une petite brochure imprimée à Paris en 17^, dont voici le titre : Vit criminelle ei politise de J. P. Murât ^ se disant l'Ami du peuple y adoré y porté en triomphe comme tel y et apri^ sa mort projeté sitint par la Jacobinaille, ou l'homme aux 200,000 tintes y le ratnpire le plus remarquable de la Repubiique française. On lit dans ce précieux recueil : n Mant était à peine sorti de Genève, bourgade où il avait reçu le jour, qu'alléché par le son du tambour qui annonçait un guérisseur de tous maux, il se détermina à ailliger l'humanité : mais il lui fallait monter le dernier échelon; il devint valet d'opérateur... Peuple abusé, représente-toi le défenseur des droits de l'homme vôlu d'un habit parsemé de pièces de couleurs diQ'érentes, tantôt sur des planches inégales, le plus souvent sur un tonneau, faire le pendant d'un singe ou d'une guenon, passant habilement dans un cerceau, {fuis tendre d'une main complaisante au docteur Asinus, dont il est salarié, les boîtes d'opiat, la fiole d'élixir, le cornet de pilules, le paquet d'herbes suisses.

(I Mcirat devint à son tour inspecteur de santé, arbitre de la vie ou de la mort du confiant moribond. A l'aide d*iiiie infinité de prospectus mensongers, il fut proclamé par la sottise le médecin universel. Ce n'est plus alors le compère de Polichinelle, c'est Marat dépouillé de ses sales baillons, revêtu d'un costume un peu plus décent, dictant des ordonnances à tort et à travers, envoyant très-succinctement ses malades dans l'autre monde, après leur avoir dégarni b bourse le plus qu'il est en son pouvoir. Peuple désabusé, vois-le se faroiliaiiser avec le sang, s'apprivoiser avec h douleur et les tourments ! •

L'historien Montjoie, l'auteur de Y Histoire de Ut com/mration de Philippe Egalité, s'expriaae à peu près duis les

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