MARAT MÉDECIN
mêmes termes (t. II, p. Ihà) : « II débita au petit peuple
toujours crédule de$ herbes qu'il assura être des simples de
son pays, et qu'il métamorphosa en remède univei*sel. Auprès
des riches, il se donna pour Tluveoteur d'une eau tellement
spécifique, selon lui, qu elle guérissait toutes les maladies.
Il remplit de cette liqueur des milliers de petites bouteilles,
et fixa le prix de chacune à deux louis. . . Il serait assez
oaturel de conjecturer qu'une liqueur inventée par un fripon
aussi méchant et aussi ignorant que Marat ne pouvait être
fi'une sorte de podson. » Suit> en eOet, une histoire d'un
bomme empoisonné : risum teneatisy amici,
La Biographie moderne écrit : « Charlatan vendant des simples, et un spécifique qui guérissait tous les maux. Beau* coup de personnes assurent même qu'il fut pendant quelque temps réduit à mendier. »
Ainsi, selon Montjoie, il aurait fait des aOaires merveille«9es, vendant des milliers de fioles à deux louis ; et, d'après h Biographie moderne y^ il aurait été réduit à demander Taumôoe ! Ce n*est pas tout.
Le bon, le sensible Charles Nodier, comme se plaisent à l'appeler les ressasseurs de phrases faites, se délecte à cœurjoie à ces sources si pures ; il se garde bien de nier que Marat ait été médecin, c'eut été perdre l'occasion d'une image ingêoieuse : a 11 me semble que le bourreau devait être fils de inédecin, et que celui-ci, en coupant des têtes de grenouilles pour ses expériences de physique, avait enseigné au second i couper des têtes d'hommes. » (Journal le Sicclcy 15 août ISà":) Bon Nodier ! 0 bonté, voilà de tes tours !
C'est là que le grave historien, M. Micbelet, a puisé aussi : « 11 fut parfois réduit, dit-on y à vendre ses remèdes sur les places de Paris... Marat se dowie ordinairement le titre de <locieur; je n'ai pu vérifier s il l'avait réellement... » Et deux Fo^s plus loin, le critique, oubliant ce quil vient d'écrire, Ajoute : tt )Iarat entra dans la maison du comte d'Artois, d'abord par l'humble emploi de médecin de ses écuries, puis
avec le titre plus relevé de médecin de ses gardes du corps. » [Histoire de la Révolution française^ chap. ix, tome II, passim,)
Dieu merci ! le génie du mal n'est pas toujours irréfutable; nous espérons le prouver péremptoirement, et pour nous assurer si Marat fut médecin, et même médecin habile, nous ne nous appuierons, comme aux chapitres précédents, que sur des faits authentiques. Nous ne demandons qu'une chose : c'est que l'on compare la valeur de nos documents avec les assertions des ennemis de l'Ami du peuple et qu'on prononce.
Et d'abord Marat fut-il médecin? Il faut bien le croire, puisque, de son temps, personne ne Ta nié, pas môme Voltaire, qui, dans sa fameuse réfutation du livre de V Homme ^ l'invite patriarcalement à ménager des clients qui payent bien leur médecin; Voltaire qui, s' adressant à l'auteur, lui dit: « Comment un médecin ne cite-t-il pas Hippocrate? » Quel parti le satirique Voltaire n'aurait-il pas tiré de la position d'un pauvre écrivain qui n'aurait été qu'un marchand d'orviétan? Mais je me trompe, si Marat n'avait été qu'un misérable charlatan. Voltaire ne serait pas descendu jusqu'à lui.
Mais comment nier le titre de docteur à un philosophe qui signe son livre, à un savant qui signe la plupart de ses ouvrages de ces mots : Marat ^ docteur en médecine. Or, cette noble profession n'était pas plus libre alors qu'aujourd'hui. En supposant qu'un charlatan eût voulu usurper ce titre, s'en fût audacicusement paré, la Faculté de médecine, à coup sûr, n'aurait pas tardé à l'en faire repentir, surtout si le misérable n'eût pas craint de s'attaquer personnellement à certains membres des autres facultés , comme a fait le savant : toutes les privilégiées sont sœurs ; surtout si l'intrigant se fût dit attaché à la maison d'un prince du sang, comme Te portent encore d'autres sous-titres d'ouvrages de Marat. Il n'y avait, en vérité, que le scrupuleux M. Michelet en qui pût naître la malencontreuse idée de réclamer le diplôme perdu, hélas!
En mars 1791, l'Ami du peuple écrivait : « On ne puise pas