CHAPITRE VllI
OFFRANDE A LA PATRIE ET SUPPLÉ.MKiSi.
■ SoMUAiTiE. — Ce qu'a été Mamt avant 1789. — La Révolution commence. — Off'rande à la patrk. - Premier discours : Que les noblos no pourraient tonir leurs pro» m&iiscs. — Deuxième discours : Appel à la conciliation. — Troisième discours : Bxamea des intnirttoM aniériean. — QuaMèm dl$eemrt : Situatioo d« U Fiance à cette époqiie. — Cingalàmê ditmm : Lcii fondemenleles. — Aceoaatioa de ro^ Ibnw. — Réponse. — Supplément à l'offi^anie à Ut pallié : 1* Peinture dee maux que le peuple doit à son iin nrio; 2« Analyse do la leltro du roi aux états; S» Conseils auT d^piitfs liu tiers; 4'' Supériorité d'nrtft AssrtTibloo ualionale. — MéritO des deux brochures. — Ce qu'est M;irat au début de la Révolution.
Nous avons suivi Marat pas à pas, pour ainsi dire, de 17^3 à 1787 ; aucun de ses écrits, c'est-à-dire aucune de ses opinions philosophiques, morales, religieuses ou politiques ne nous est échappée; sous ce rapport nous connaSssons riioinme tout entier; quel reproche peut lui être adressé? Nous ne savons rien, il est vrai, de ses mœurs; mais quel droit aurait^ on de les supposer iiiciuvaises? Nous l'avons vu occupé tour à tour (le littérature et de science ; nous avons constaté qu'il y sacrifiait tout ce qu'il gagnait comme médecin, comme savant ou comme écrivain; nous avons cité le passage de son journal dans lequel il mettait toutes les polices de l'Ëurope au défi d'avoir aucune dénonciation à faire contre lui : sont-ce là des inductions à Timmoralité? Nous avons avoué enijii, et lui-même ne s'en cachait pas, qu'une passion ardente le dominait, l'amour de la gloire. Quelle gloire recherchait-il? Celle d'être tour à tour le plus grand philosophe, le plus grand savant et le plus profond politique de son
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époque. Qu'il l'ait ticfiuisc ^mi non, là n'est pas la quoplr^n en ce nifimcnt. Si ambiiion doit être eiiroiïra«^ce, c'est à coup sûr cetJe-là, puisque la société n'a que proltt à faire, j)uisque rindivtdu que cette passion anime ne j-eut jamais plus sûrement la satisfaire qu'à des conriîtitms honorables. Que Marat se soit fait illusion sur son importance personnelle, sur le degîé (le renomméé qu'il s'était acquise, qu'importe? Ce n'était là qu'un rnoiiv-'iiient de prrsonipiioii ; |)t)Hi' moi, je sais gré à Li nature qui lui avait donné ce délaiit p'un le soutenir dans la lutte: je crois que l'humilité chrétienne a étouiïé plus d'utiles aspirations qu'elle n*a renveisé d*orgaetUeitx de leurs sièges, comme dit le Psalmiste. Hst<>ce tout ce que ses ennemis ont jusqu'à piésent à lui reprocher? Soit, nous acceptons «ne accusation qui ne prouve qu'une chose : c'est qu'il fut hommp; et alors même nous nous écrierons avec Jean -Jacqut'S : « É re éternel, que chacun de ses euneiiiis découvie à son tour son cœur au pied de ton trône avec la même sincérité, et puis qu'un seul te dise, s'il Vo»e^j> /us meilleur que eel homme' là! » {Confessions, l**page, livre 1*'.) Mais attendez, si les actes de sa vie civile ne nous sont pas connus jusqu'en 1780, à partir de cette date jusqu'au jour de sa mort nous n'allons par. !e perdre de vue d'un in>tant; ,'t, Cdinnip c' t espare de i('inj)s rst j^tsiemeiit rempli par la période iév«dutiormaiie, c'est-à-dire par des circonstances où l'individu peut donner plus libre cours à' ses mauvais >i instincts, eh bien! voyons comment agira Marat, et par ce qu'il s'est montré dans la Révoliitîon jugeons de ce qu'il avait pu être auparavant. On ne peut faire plus large part à des ennemis; c'e>t qu'aussi notis axon* si peu à craindre Knore i!iie fuis, nous ne demandf)ns au l"cîeur qn'u?^peu d'afiention et riniparlialité qu'où a dr^it d'attendre d'uue âme loyale.
Aleajarta esf^ enfin le ?art en est jeté, le signal du combat est donnée la France se levé, la Révolutiou commence : place au droit 1
OFFRANDE A LA PATRIE. m ,
KoQs sommes m S7 clécembre 4788, le besoin d'argent a
fait desceinJj e a la nionaichie un pas de plus dans la voie des coIlces^i^)ll^ iurcees, le conseil d'État arrête : « Que le nombre des députés du tiers sera égal à celui des deux autres ordres réunis. » Toutes les tètes fermentent, chacun est dans Fattente; Uarat, atteint d*une maladie dont le médecin préroit tons les ravages, croit ètre^snr les bords de la tombe. Mourir à la veille d'an triomphe auquel on a tant aspiré, pour lequel on avait préparu loule ^a vie, pour lequel, .surtout, on se sent si nécessaire î Qu'il dut soullVir ! Mais il lui reste encore quelques jours à vivre, il a froidement calculé les progrès du mal, il doit à la liberté jusqu'à ses derniers instants, il prend la plume , et» sur son lit de mort, il écrit son Offrande 4 la pairie : hymne d'espérance, derniers conseils d'un soldat expérimenté frappé d'un coup imprévu' avant que la lutte s'engage.
VO/frandc à la patrie ^ datée de 1789, se compose de deux brochures : la preaiière, de soixante-deux pages, renferme cinq discours ; la seconde, qui porte le titre de SuppUment à l'Offrande à la pairie, n'en renferme que quatre dans le même nombre de pages. La date précise de l'apparition de ces deux brochures successives est indiquée dans une note du journal VAmi du Peuple , au numéro 41; l'auteur écrit ; « La perte de icmps qu'a entraînée celte lureur de briller à la tribune de l'Asseuibiée nationale a été prévue, il y a sept mois, dans ï Offrande à la patrie. » Or, ce numéro est daté du M septembre, ce qui rapporte la publication an courant de février.
Le premier discours s'ouvre par un hommage rendu aux philosophes du xviii* siècle, à ces génies éminents qu'on a trop oubliés depuis : « Grâce aux lumières de la philosophie, le temps est passé où i homme abruti se croyait esclave. » xMais la reconnaissance de l'auteur ne s'arrête pas là, la justice demandait plus encore : « 0 ma patrie l accablée sous le poids de tes maux, longtemps tu gémis en silence :
I3S JEAN-PAUL MAUAî.
Texcès de tes tourments t*a enfin arraché des cris de déses-
poir; ils ont retenti aux oreilles de ton roi, et son cœur paternel a été ému de compassion; il a sondé tes plaies, et ses entrailles ont tressailli de douleur; il vole à ton secours. Indigné de l'abus que des serviteurs infidèles ont fait de sa . puissance, il veut lui-même enchaîner l'audace criminelle de ; ,céux qui seraient tentés de les imiter, il veut lui-même s'élever un boulevard contre leur fureur, n
Puis, passant aux nouveaux pièges tendus déjà à la crédulité du peuple : « Convaincus de la lépritimité de vos droits, vos eniieniis mêmes oui cessé de s'inscrire contre VOS réclamations; loin de refuser de subvenir aux besoins de rÉtat, dont ils avaient été jusqu'ici les sangsues, ils oûrent d'en acquitter seuls la dette. (On se rappelle la réuuton au Louvre des ducs et pairs, le 20 décembre 1788.) D'en acquitter la dette ! Msûs le peuvent-ils? et où prendraient- ils de quoi combler l'abîme? Libérateurs présomptueux, en est-il cent dans le nombre qui ne soient ruinés?... Mais quand ils ne s' allumeraient pas, quand ils pourraient, quand ils voudraient libérer le gouvernement, leur pompeux sacrifice ne serait qu'une ressource précaire, et l'État a besoin de ressource» assurées. Mais ils consentent à payer un jour sans mesure pour ne plus payer de la vie ; et, «'exécutant une fois pour toutes, ils resteraient maîtres du champ de b:;tciille, ils vous tiendraient abattus pour toujours, ils appesantiraient vos fers, ils continueraient à s'engraisser de votre sueur, à se gorger de votre sang. » L'affirmation était explicite, elle promettait un conseiller expert et courageux.
Le deuxième discours est un appel à l'union, non pas un appel -déclamatoire, mais basé sur les plus solides raisons. « Mes chers compatriotes, vos ennemis cherchent à détacher de vous l'ordre des financiers; mais ces hommes fortunés sont trop^ judicieux pour prendre parti dans une faction qui les méprise... On cherche à détacher de vous les officiers municipaux des villes; mais ces hommes estimables sont trop