‹ Marat, l'ami du peupleChapitre 50 sur 70 · CHAPITRE XXIiL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIiL

MAEÀT PROPUÈTË.

BoumxMi. — BistorkpM d«8 pciac^aiiK ^vénammiti 4e 1701. Fwtnit Manrt

considéré comme prophcle à la tribune des Cordeliers. — Ce qa'H entonJait par ses prophélifts. — r»? qu'il prédit Nîirab<^a!i. — Co que Thistnire nous a révélé, — Ce qu'il prédit do Bouilié, do Lalajette et do Dumouriez. — Malheur à quiconque a laiND lîx mois d'anaoe.

Nous entrons dans l'année 179U année féconde en événements : la première partie est tout à l'avantage de la réactioQ; dans la seconde, comme nous l'avons dit, la Révolution reprend sa marche. Prouvons cette assertion par quelques détails. Les alliés, à riostigatîon des émigrés, font' pressentir leurs intentions pour nous effrayer sans doute (janvier); les nobles Français se réunissent sur le Rliin (février); Léopold II manifeste sou ])rojet par sa déclaration de Paris (mai), invite les souverains à se joindre à lui pour délivrer Louis XVI (juillet), fait à cet effet une convention avec le roi de Prusse (juillet), s'atx)ucbe à Pilnitz avec Frédéric-Guillaume, Bouillé et Galonné, pour prendre leurs mesures; pour attester sa connivence avec les étrangers, Louis XVI essaye de s'enfuir au 17 avril, maïs on le retient à Paris malgré lui; il proteste contre toutes les sanctions qu'il a précédemment données ou qu'il donnera dans la suite, parce que, prétend-il, elles lui sont arrachées de force; il met enfin son projet à exécution dans la nuit du 21 juin, mais on l'arrête à Varennes; le dub monarchique décèle les intentions des nobles de Tintérieur; création du tribunal, criminel, tout composé de contre-révolutionnaires (mars); lettre pleine de folles et significatives bra-

384 JEAN-PAUL MÀRAT.

vades de Bouillé à T Assemblée, lors de la fuite du monarque; enfin* pour couronner tant de forfaits, le massacre des patriotes au Ghamp-de-Mars. Mais, à partir de ce sinistre triomphe, la fortune de la contre-révolution en abandonne le drapeau ; c'est d*abord l* Assemblée législative qui succède à ia Constitutive; c'est Pélion qui est élu maire en remplacement de Bailly; c'est le roi qui se voit forcé d'adresser une proclamation aux émigrés, pour les convaincre de son adhésion au pacte constitutionnel, forcé, par conséquent, de prouver sa duplicité et son peu de courage (octobre), qui se voit contraint de signifier à l'électeur de Trêves que, s'il ne s'oppose pas efficacement à tout rassemblement de Français dans ses États , la France le regardera comme son ennemi (décembre). \rrétorks-nous là, et disons de suite qu'il n'est aucun de ces événements que; Marat n'-ûit prévu six mois d'avance.

Ici on nous arrête : « Votre Marat fut un prophète, n'est-ce pas? On le disait déjà de son temps; vous n'avez pas le mérite de l'invention; M. Miclielet nous a appris tout ce qui a été avancé à ce sujet par les sans-culottes ou les tricoteuses. » Voyons d'abord ce qu'a éSrît M. Michelet. Uîllastre peintre surprend son personnage au beau moment de l'inspiration propliéti(iue . on plein club des Cordeliers : « Le brillant de ses yeux, leur transparence, l'étrange façon dont ils errent, regardant snns regarder, feraient croire qu'il y a là un visionnaire, & la fois charlatan et dape, s'attribuant la seconde vue, un prophète de carrefour, vaniteux, surtout crédule, croyant tout, croyant surtout ses propres mensonges, toutes les fictions involontaires auxquelles le porte sans cesse l'esprit d'exagération. vSes habitudes d'empirique, la circonstance surtout d'avoir vendu sur la place, lui donnent ce tour d'esprit. » {IJisloirc de la Révolution y tome U, page 350-51.) Avais-je tort d'avancer, au début de ce livre, que ce n'était pas sans raison que le grand artiste croyait devoir flétrir Marat dès avant la Révolution ?

Coupons luuL de suite court à cette allégation, en citant

MAEAT PROPHÈTE.

les prétentions de Marat à ce sujet; voyons ce qu'il pense de ce don des prophéties qu'on lui a attribué et que, sans doute, il s'attribuait; car à quoi bon être faux prophète, si l'on ne 8*en prévaut? un charlatan sait hien qu'il n'est cra qu'à force de vantardise.

« Ghers camarades, ^e passe pour prophète, fe le suis

comme vous. Mais je connais les hommes que vous ne paraissez pas vouloir obser\'er. Je sais par cœur les diverses combinaisons de tons les ressorts de la niacliine politique, dont vous ne semblez pas vouloir approfondir le jeu. En voyant toucher tel et tel rouage , je m*aperçois à l'instant si la main qu'on y porte est d'un ihaladroit qui ne sait ce qu'il fait, ou d'un charlatan qui a dessein d'en altérer le jeu. » (L*Ami du Peuple, N* 288.) Donc, voilà un prophète qui commence par dire à ses auditeurs : Je ne suis pas plus prophète que vous! Marat avait la prétention de connaître un pe\i mieux le cœur humain et les ressorts de la politique que beaucoup de ses collègues en journalisme; en conscience, Tauteur du livre de l Homme y des Chaînes de l'escUmage, du Plan de Ugishuion criminelle^ du Plan de constitution politique ^ des trois cents numéros de son Ami du Peuple qui avaient déjà paru* l'auteur, dis-je, de tous ces travaux avait bien quelques tiU'es à la coîiliance publique sous ce rapport.

Puisque nous sommes en 1791, nous allons citer deux f^lits relatifs à cette époque, sur lesquels Marat ne s'est guère trompé; on verra *^e quelle manière il procédait dans ses découvertes prophétiques; le secret du métier nous sera révélé; nous pourrons, nous aussi, devenir prophètes à la façon de l'Ami du peuple. Le premier sera relatif à un personnage lanieux sur lequel l'enUiousiasme populaire ne s'est guère amoindri depuis; le second a trait à un fait purement politique; on va donc apprendre comment il faut juger, en révolution , les hommes et les événements.

11 s'agit de Mirabeau, du grand Mirabeau , de Bémosthènes-MirabeaUy de Mirabeau-Tonnerre^ à*'IIercule-Mira-

i£À^-rAUL MARAT.

heau^ de mint Bftrabeau, comnie l'appeUera Tînconséqueet Camille, ^'ous somnies ;ui 6 juillet 1790; reiigoueinent est tel encore que TolonUers on lanternerait le contradicteur; Marat écrit : « On armoiice à l'instant de sourdes menées de fiiquetti Tainé (Mirabeau) à Saint- Gioud : quelles àorribles trames que celles de ces soéléiats! » {L'Ami du Peuple y

On se récrie , le joornalUïte s*y attendait; maîs^wnir yjron-

ver que ses soupçons ne sont pas sans fondements, il ajoute : (( Quel verlii^e vous prend? vous avez donc oul>lié que c'est à .Riquetti que nous devons les décrets fujaestes du veto, de la loi martiale, de l'initiative de la guerre, du pacte de famille* de l'indépendance des députés du peuple de leurs commettaats, de 1* usurpation de la souveraineté de la nation par ses représentants, de rinfluence redoutable du roi sur le pouvoir exécutif? » Et lous ces voles sont consignés au Moniteur; mais les discours qui les avaient appuyés étaient si éloquents, que les patriotes, qui raflolent de l'enipiiase avant tout, aijplaudissaieut à une sefvitude si éloquemment décrétée; Marat donc ne faisait que tirer la conséquence de laits notolrea. Nous ne nous étonnons £ttère« en vérité, qu*il ait l'écusé Tépithète de prophète*

Cependant l'Ami du peuple, qui sait combien il en coôte à l'amour-propre de briser ses idoles, d'avouer qu'il s'est trompé, qu'un autre a plus de perspicacité, Marat va donner À ses lecteurs des preuves matérielles de la vénalité de saint Mirabeau; c'est comme s'il leur disait : Si vous savies ce qu'on m*a i^pris, à coup sûr vouç n'acdameriei plus le grapd homme; ooonaiflsez donc oe qu'il en est : « 11 y a deux ans que Ricpietti était obligé d'envoyer ses culottes au mont -de-piété pour six francs; aujourd'hui il nage dans l'opulence, il a trois maîtresses qu'il comble de cadeaux, il tient table ouverte» e£ il a payé jes dettes. » ibidcmy 390.)

Il va plus loin, il calculer approzimativemeiit le pis

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