‹ Marat, l'ami du peupleChapitre 51 sur 70 · MARAT PROPHÈTE · texte numérisé non relu

MARAT PROPHÈTE

â* acbat de la conscience du Démosthënes modeme {L*A^m du Peuple, ^•tiû) :

Achat de la maisao de la rue d'Antin. . « « • 500,000 Uttob. Campagne acquise dli sieur Le llattre. . . . 250,000

Acfaal de la terre du Harais, près 'd'Arpsgon. 4,500,000 Payement d'hypothèques de la maison de son

pèfe ^ 400,^

Anciennes dettes payées. . . « -aOO^OOO

Achat de la bMolbhqiie de Buffon. '300,000

2,850,000 livres.

On peut aujourd'hui comme alor? chicaner sur les chiffres; mais qu'importe^ si Ton ne le peut laire sur l'achat? Eh bien ! •croira- t-on que Bfirabeau étant mort deux mois après, Desmoulins, revieftu sur le compte de son fétiche, consignait avec dépit ce qui suit : <i Une députatbn des quarante-huit sections vint demander un deuil public pour ce citoyen éloquent et vcrtui wr; puis il raconte que pendant trois jours on ne fit que parler de Mirabeau; que le peuple, dans son enthousiasme, eilaça le nom de la Chaussée-d'Antin et écrivit à sa place : rue de Mirabeau; que cent mille personnes suivaient le convoi; que tous les orateurs l'ont honoré d'une oraison funèbre; que les patriotes le regrettaient; que Pastoret demanda pour lui k Panthéon; que TAssemblée vota cet honneur? » {Révolutions de France et de Brabant, N* 72.) Quand serons-nous, hélas! délivrés des grands hommes? Quelle liste, que la nomenclature des maux qu'ils ont cau^es I

Deux ans après, le 5 décembre 1792, force fut bien d*avouer que Marat le faux prophète ne s'était pas trompé, quand on lut, à la tribune de la Convention, cette lettre trouvée dans r Armoire de fer; document irrécusable, si connu aujourd'hui de tout le monde qu'il est inutile de le citer. Peutêtre vaut-il mieux donner à l'appui une autre preuve beaucoup moins répandue, c'est le témoignage de Bouillé : « Le roi me fit savoii* secrëteineut que je pouvais coi{ipter sur Mir^

388 JEAN-PAUL MAUAT.

beau, qu*il lai avait donné depuis peu six cent mille livres^ qu'il lui en payait 50,000 par mois, qu'il lui avait fait en

outre des promesses fort étendues, dans le cas où il lui rendrait de grcands services. » (Mémoires de Bouille ^ P^-g© ^^3» collection Barrière.)

Ce dut pourtant être une grande satisfaction pour TAmi du peuple quand, lui présent, on lut à la Convention la pièoe dénonciatrice de La Porte. Alors ses collègues de l'entourer, de le féliciter : « C'est ton jour de triomphe, lui disaient-ils; voilà tes prédictions sur Mirabeau complètement vérifiées. » Mais lui : « Eh! que m'importe, messieurs, que vous ouvriez , aujourd'liui les yeux et que vous me rendiez justice sur ce point? vous n'en êtes ni plus justes, ni plus sages, et vous n'en serez pas moins badauds. Depuis trois mois je ne cesse de vous mettre en garde contre les machinations et les perfidies de Roland, en êtes-vous moins dupes? Attendez-vous à le connattre qu'il ait consommé la ruine de la patrie? » [Journal de la Ih'pubUqu(\ N° 68.) Le fait est qu'on voulait bien reconnaître sa pénétration pour les événements accomplis, mais jamais pour les événements à venir; aussi maintes fois Tentend-on s'écrier : « 0 Parisiens ! TA mi du peuple fera* t-fl sans cesse parmi vous le rôle de Cassandre ?» — « Un peu de bonne foi, messieurs les badauds, quand la prédiction est accomplie, et un peu moins de fureur quand elle est mise au jour pour la première fois. Kst-cc nia faute si vous avez la vue si courte? Ce qui me désole, c'est que la nation est partagée en deux classes, dont l'une est composée de maîtres fripons et l'autre de frères dupes : il y a longtemps que je n'aurais plus rien à vous dire, si celle-ci avait le sens commun. » {Jaurnal de la République, N*^ 60.) On remarquera que le prophète, que le charlatan tenait peu k sa charge, et qu'il livrait volontiers sa recette : « un peu de sens commun »; mais on aurait honte de procéder si simplement, et, pour sortir du commun, on préfère extravaguer. Camille, qui a en des quarts d'heure pour tous les revirements, écrivit un jour ;

MâKAT prophète. 3$9

« Marat, quoi qu'on en dise, a parfois d'excellentes réflexions; et quand je remarque T accomplissement de tant de choses qu*il a prédites, je suis tenté de prendre de ses almanachs. » {Journal de la Rèvolutiony 4^0

Muis venons à Fantre prophétie. N'est-ce pas dans VAmi du Peuple y 31 â , que nous lisons huit mois avant le voyage de Vai-ennes : « La fuite de la famille royale est concertée de nouveau; c'est toujours à AÎPtz. et f^ons la pvotcelion de rdutin'roluiiomuiire Bouille, que le monarque doit se mettre à la tète des ennemis de la liberté pour tenter une contre-révolution? » Or, voici ce qu'a écrit depuis le marquis :* a Quoique j'eusse la guerre civile en horreur, je la croyais nécessaire alors pour sauver le roi, la monarchie , la France entière. » [Mimoircs de BoitilU'\ chapitre i\, page loi.) u Je n'entrevis plus (qu'une seule ressource pour sauver quelques débris de l'ancienne monarchie : c'était d'engager l'empereur à faire avancer quelques troupes sur la frontière... Je roulais ce projet dans ma téte, quand le roi m'envoya M. d'Àgoult, évéque de Pamiers. Celui-ci m'assura que le roi avait une confiance entière en* moi, dont il allait me donner la plus grande preuve en me conlmuniquant- de sa part le projet qu'il avait de soi"tir de Paris... Il fut convenu en même temps que j'entrerais dans ce uioment dans une correspondance en cbitfres avei: Sa Majesté. Cette correspondance a duré pendant huit mois avec une grande activité, sans qu'on en ait eu le soupçon. » {Ibidcmy p, 183.)

N'a- 1- il pas pénétré cent autres consphrations? n'en prèssentira-t-il pas bien cl'autres encore de la part de ces généraux qui vont tour à tour déserter après avoir trahi? jS'avait-il pas écrit de Lafayette, au niO!iicnt de sa plus grande renonnute : o Bientôt il sera forcé de chercher son salut dans la fuite, et il ira, comme tant d'autres indignes valets de la cour, couvert d'opprobre et d'infamie, promener dans une terre étrangère sa honte et son désespoir? » {VAmi du Peuple^ j)ages 283, 17 novembre 1790.) Le- 8 octobre 92, on

m ' J£AN-PAUL MAAAX.

lira dans /' 1//^/ du Peuple : « Cent contre un que Dumouriez s'enfuira a\ aiit la fin de mars prochain. » Or, le mars 93, le général était défait à Nenvinde; le 27, il aimonrait qu'il allait marcher sur Paris pour établir la royaité constitutionnelle ; le 31, il négociait avec les Autrichiens ; le 1*' avril, il ftùsalt arrêter les commissaires de la Convention ; et le A« il s'enfuyait de son quartier général. Nous iie taririons pas si nous voulions rappeler tous les événements qu'il a prédits, et cela sur les plus simples conjectures ; mais on n'en continuait pas moins à fermer l'oreille aux sinistres avertissements de la pauvre Gassandre. Aussi s'écriait-il : « C'est un cruel métier que celui de se porter dans Tavenir, de présager les événe^ ments et d'avoir raison six mois d'avance, surtout chez les Français, peuple irréfléchi, inconstant et frivole, qui s'engoue du premiei" venu, qui eourt après les charlatans de tous genres, qui .s'abandonne à eux sans réserve, qui reniet téinérairement dans leurs moins ses destinées, qui insulte à quiconque le ramène à la sagesse, qui se moque de quiconque prévoit les suites funestes de son aveuglement, qui maltraite qmcoiique veut abatt^ ses idoles, qui ne reconnatt son imprudence que •lorsqu'il en est victime, qui ne profite jamais de ses fastes^ et qui court de chute en chute se précipiter dans l'abîme. » {Le PuhUrlslv (Ir la liépiiblique, N« 16/i. )

11 me semble que, sans être plus propliète que Marat, on pourrait prédire ce qu'il adviendra de la véridique Uittoire de la Révolution françaiêe^ par M. Micbelet : Alceste a prescrit l^osage qu'il conviendrait d'en foire*

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