Eadmerus, Vita Sancti Anseimi, et dans Marbode
Qui puero parcit, levé cor pinguedine farcit, Qui flagra continuât, pingue cor exténuât.
3. En commençant ici l'étude des ouvrages attribués à Marbode, nous devons faire les plus expresses réserves sur l'authenlicité d'un grand nombre d'entre eux, que nous citons d'après les éditeurs de 1708 et de 1854. — V. ce que nous disons à ce sujet à la fin de ce travail.
4. « Magistri scholarum seu cancellarii, qui sono tenus differunt. » (Notes de la Vie d'Hildebert.)
devoirs de professeur et les devoirs que lui créa dans la suite sa dignité d'archidiacre, consacrant à la poésie et à l'amitié tous ses loisirs, ayant autour de lui une phalange d'élèves d'élite qui lui gardèrent toujours une affection dévouée, honoré de la confiance de son évêque, estimé de tous, rien ne lui manquait pour mener l'existence calme et cependant active qui lui plaisait.
Comment Marbode comprenait l'enseignement de la littérature, ses œuvres de cette époque nous le montrent, et nous rencontrons d'abord son livre De Ornamentis verborum.
En 1708, D. Beaugenclre s'est servi pour le publier de l'édition de Rennes de 1524 et de trois manuscrits : un d'Angers, ayant, dit-il, au moins six cents ans, ce qui le rend contemporain de l'auteur; un de l'abbaye du Bec un peu plus récent, et le troisième de l'abbaye de Jumièges, ayant environ quatre cents ans de date. Beaugenclre se trompe ici en ce qui concerne ce dernier. Ce manuscrit, facile à reconnaître par son titre : Marbodus discipulo suo de Ornamentis verborum, est actuellement à la bibliothèque de la ville de Rouen (ms., n° 39); une note en tête de l'ouvrage et d'écriture contemporaine indique qu'il fut donné à l'abbaye de Jumièges par maître Alexandre. Or, ce maître Alexandre était entré à l'abbaye en 1171 et en fut abbé en 1198. Le manuscrit est donc beaucoup plus ancien que ne le pense Beaugendre. En 1854, dans l'édition de la Patrologie de Migne, l'abbé Bourassé a ajouté quelques vers tirés d'un manuscrit de la bibliothèque de Tours.
Le De Ornamentis verborum est destiné à faire connaître les figures de mots. L'édition de Rennes
contient simplement le nom et l'exemple de chacune de ces figures, tandis que les manuscrits consultés par Beaugendre ont en outre une définition sommaire précédant l'exemple. Enfin, nous voyons par le titre du manuscrit de Jumièges que le livre a été composé par Marbode pour un de ses élèves, ce qui le fait évidemment remonter à l'époque où l'auteur était professeur à Angers.
L'ouvrage comprend un prologue, trente figures de mots et un épilogue.
Le prologue a quinze vers, tous léonins riches, c'est-à-dire rimant au milieu et à la fin par deux syllabes :
VersiOcaturo quaedam tibi tradere euro Scemata verborum studio celebrata priorum.
Ces conseils, dit l'auteur, sont utiles pour la prose comme pour les vers; ce sont des fleurs qui transformeront un ouvrage en un jardin délicieux, jardin embaumé, dont le fruit sera la persuasion.
Certes, la comparaison est gracieuse et poétique; Marbode était homme à l'exprimer d'une manière élégante, mais, malgré toute l'habileté du monde, comment éviter la sécheresse, la lourdeur, l'ennui, disons plus, le ridicule, quand on écrit en vers léonins? Apprenez, conclut Marbode, pour devenir capables de tenter de grandes choses, ces petits préceptes et leurs exemples.
Les figures, avons-nous dit, sont au nombre de trente. Ici Marbode ne fait pas preuve d'originalité, et tout l'intérêt de l'ouvrage consiste surtout à nous montrer quel était, en fait de rhétorique, son auteur
de prédilection. Il est singulier qu'aucun de ceux qui ont parlé de Marbode, aucun de ses éditeurs, n'ait pensé à comparer le De Ornamentis verborum à la Rhétorique de Cicèron à Hérennius{ (IV, 13 à 30). Toutes les définitions publiées par Beaugendre sont textuellement celles de Cicéron, et les exemples ne sont le plus souvent autre chose que ceux donnés par l'auteur latin en prose et traduits en vers, ou bien encore d'autres exemples calqués sur le modèle de ceux du maître. Quand il y a dans les manuscrits quelque variante légère dans les définitions, en recourant au texte de Cicéron on peut faire cesser l'hésitation; de même dans quelques passages rendus inintelligibles par une distraction du copiste : Figure n° 28, dissolutum (dissolutio dans Cicéron) : conversionibus verborum e medio sublatis..., lisez : conjunctionibus verborum ; n° 17, gradatio : non ante... quam ad superius concessum est, dit le manuscrit du Bec; ascensum, portent avec plus de raison les autres manuscrits; conscensum, avait écrit Cicéron.
Marbode suit, dans son exposition des figures de mots, le même ordre que Cicéron, mais il en passe quelques-unes sous silence (interrogatio, continuatio, comparatio, etc.), soit qu'il les ait jugées moins importantes, soit qu'il les ait réservées pour le supplément qu'il espérait donner à son ouvrage.
Les exemples sont souvent la simple traduction en vers des exemples de Cicéron. Ainsi, pour la
1. En réalité, la Rhétorique à Hérennius est probablement de Corniucius, et certainement pas de Cicéron. Nous lui laisserons cependant le nom du grand orateur, parce que, même actuellement, on la publie encore avec ses œuvres, et qu'au temps de Marbode on ne doutait pas qu'il n'en fût l'auteur.
quatrième figure l, traductio, exemples de Cicéron : « Qui nihil habet in vita jucundius vita, is cum virtute vitam non potest colère. — Cur eam rem tant studiose curas, quse multas tibi dabit curas ? — Amari jucundum est si curetur ne quid insit amari. » Exemples de Marbode :
Si nihil in vita jucundius est tibi vita, Indecorem vitam perages, virtute relicta. Cur illum curas qui multas dat tibi curas? Semper amare velim, si quid nihil insit amari.
On voit, en comparant ces textes, que la version du manuscrit du Bec, si quid nihil insit amari, est préférable à celle de l'édition de Rennes, qui donne à la fin du dernier vers : sed taedet mortis amatse.
Ailleurs, Marbode imite la forme des exemples de Cicéron, en en changeant l'idée. Ainsi, troisième figure, complexio. Cicéron : « Qui sunt qui fœdera ssepe ruperunt? Carthaginienses. Qui sunt qui crudele bellum in Italia gesserunt? Carthaginienses, etc. » Marbode :
Qui sunt qui pugnant audaciter? Andegavenses. Qui sunt qui superant inimicos? Andegavenses, etc.
Il y a cependant certains exemples que Marbode a tirés de son propre fonds, on du moins qu'il n'a pas empruntés à Cicéron. On peut citer en particulier celui de la figure n° 7, Ratiocinatio :
Dives avarus eget. Per quid? Quia cum petit usus Tangere parta timet. Cur? Ne minuatur acervus.