‹ Marbode, évèque de Rennes, sa vie et ses œuvres (1035-1123)Chapitre 16 sur 93 · De même, figures 23, 24, 28, etc · texte numérisé non relu

De même, figures 23, 24, 28, etc

Cur metuit minui? Quia mavult crescere. Quare? Non esset vitium si non ratione careret1.

Nous voyons dans ces quatre vers une facture alerte et facile; le dernier est bien amené et bien exprimé. Marbode avait l'esprit vif et piquant; il eut sans doute à se repentir parfois de la causticité de ses épigrammes. Ici, il ne s'agit que d'une maxime générale, d'une pointe fort anodine; cependant, ces vers méritent d'être rappelés.

Il serait ridicule de demander à des exemples de ce genre une grande valeur poétique; l'exactitude, l'élégance, c'est tout ce qu'on est en droit d'en exiger; et ces qualités, on ne peut les refuser à Marbode.

Il y a dans Cicéron, à propos de la plupart des figures, quelques réflexions judicieuses sur leur emploi. Le professeur d'Angers devait sans doute les développer devant ses élèves, et leur expliquer que, si toutes ces figures se trouvent souvent justement indiquées, il ne faut jamais en abuser. « La gravité et la sévérité oratoire, disait son maître, perdent à l'usage trop fréquent de ces ornements. Et non seulement ils enlèvent l'autorité de la parole, mais ils blessent encore l'auditeur2. » Lui-même, Marbode, dans ses poésies, s'en sert à l'occasion, toutefois

1. Cf. dans les Dix chapitres de Marbode, au cinquième chapitre, quand le poète p^rle de la vieillesse :

Slultior est iste qui quo non utitur auget.

Cur? Quia semper eget. Quare? Quia parcit acervo.

Cur pareil? Ne deGciant sibi commoda...

2. « Fides et gravitas et severitas oratoria minuitur bis exornationibus fréquenter collocatis. Et non modo tollilur auctoritas dicendi, sed oftenditur quoque in ejusmodi oratione auditor. » (Rhetoric. ad Herenn.)

sans excès, et il est curieux de constater qu'il ne parle pas clans son livre De Ornamentis des vers léonins, catapultins, rapportés, etc. Ce fait nous montre quelle différence il y avait entre la théorie et la pratique, la première restant fidèle aux classiques purs, la seconde déviant dans une voie dangereuse.

Le livre se termine par un épilogue de dix-huit vers rimant deux à deux par les deux dernières syllabes. Cet épilogue peut se diviser en deux parties. Dans la première, Marbode dit à son élève que les préceptes ainsi présentés sont pris parmi un grand nombre d'autres; il a voulu les exposer avec netteté et brièveté; s'ils plaisent, il les continuera1. La source à laquelle le poète avait puisé n'était pas tarie, en effet; à la suite des figures que Marbode lui a empruntées, Cicéron en avait ajouté dix autres, qui détournent les mots de leur signification ordinaire et leur en donnent une différente, pour ajouter à l'élégance de la phrase, comme l'antonomase (pronominatio), la périphrase (circuitio), la métaphore (translatio), etc. Après ces dix nouvelles figures de mots, il traitait encore des figures de pensées. La matière ne manquait donc pas à Marbode; on ne voit pas cependant qu'il ait accompli sa promesse et donné une suite à son ouvrage. La seconde partie de l'épilogue est intéressante en ce que l'auteur y fait ressortir un principe des plus importants : soyez vrais avant tout. Ici se trahit le souvenir de Y Art

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