MORT DE MARBODE
Maintenant Marbode est arrivé à l'extrême vieillesse; très longtemps il est resté exempt de toute infirmité; puis est venue la cécité, et ses forces à la fin ne répondent plus à son courage. Toutefois, nous l'avons encore vu en 1120, âgé de quatre-vingt-cinq ans, consacrer un autel dans l'église bâtie au Mans par Hildebert. Trois ans plus tard, se sentant près de la mort, il voulut finir sa vie clans son pays natal, dans la ville où il avait passé tant d'années cle bonheur et cle travail. Il se démit donc du fardeau cle l'épiscopat et vint demander à l'abbaye de Saint- Aubin un abri pour ses derniers jours. L'abbaye avait alors à sa tête Hamelin, qui fut lui-même, quelques années plus tard, évêque de Rennes. C'était le plus ancien et le plus célèbre monastère d'Angers; il datait du vi° siècle (551), et avait compté parmi ses abbés bien des personnages illustres par leur science
ou par leur vertu. Depuis longtemps il était entre les mains des Bénédictins et jouissait de la protection particulière des comtes d'Anjou. « Heureux, avait dit autrefois Marbocle, heureux le troupeau béni des hommes qui, méprisant les richesses, ne possèdent rien en propre. Une règle sainte les soumet à la volonté d'un seul, et aucun ne fait rien de lui-même. Ils n'ont qu'un cœur et qu'un désir; leurs vêtements, leurs aliments sont les mêmes... Comme les chérubins dans le ciel, les moines sur la terre servent ensemble un seul seigneur1. »
Marbode voulait consacrer à la prière le temps qui lui restait à vivre; ce temps ne fut pas bien long. Quelques mois , plus tard, le 11 septembre 1123, le saint évêque expirait « sur un lit de cendres, dit Dom Chamard, au milieu du chœur de la basilique de Saint-Aubin et environné des religieux. » Il fut inhumé dans l'église de Saint-Aubin, du côté Nord, près de l'autel Saint-Clair2. On a prétendu que les habitants de Rennes réclamèrent son corps, et qu'il fut transporté dans son ancienne ville épiscopale en 1137; mais rien ne le prouve. Son tombeau se voyait encore au dernier siècle clans l'église Saint- Aubin. Ulger et Rivallon avaient composé pour lui les épitaphes les plus flatteuses. « Si quelqu'un, disait
1. Laus vitse monasticœ, Beaug., c. 1564. — Beaugendre donne cette pièce d'après les manuscrits d'Angers et de Tours. Le P. Sirmond, dans les notes des lettres de G. de Vendôme, l'avait citée comme étant d'un auteur incertain. En effet, le grand luxe de comparaisons qui h termine : Comparo formicis..., apibus..., sideribus . . . , cœlo, n'est guère dans le style ordinaire de Marbode. — V. infra, une note du paragraphe intitulé : Les témoignages sur Marbode.