Un portrait de l'école d'Alexandrie
(PL I, fig. 1).
Bien qu'assez médiocre, la tête d'albâtre provenant d'Egypte que possède le Musée du Cinquantenaire (2), mérite d'être brièvement étudiée. L'éditeur ^'est borné à relever le caractère individuel, le type barbare, très accusé, de l'œuvre et à supposer qu'elle provenait d'une statue funéraire.
On peut 5 je pense, la rattacher à une école déterminée et arriver à lui assigner une date assez précise.
Ce qui frappe, dans cette tête, c'est la facture mcUe et fluide
(1) Fb. Cumont, Catalogue des sculptures et inscriptions antiques {Monuments lapidaires) des Musées royaux du Cinquantenaire,'!'^ éd., Bruxelles, 1913.
(2) Catalogue-, p. 48, no 37.
une certaine morbidesse qui garde le souvenir des œuvres de l'école praxitélienne. C'est encore le réalisme du visage, auquel les coins abaissés de ]d bouche donnent un air maladif et maussade, et où l'asymétrie est très marquée : la partie gauche est moins forte que la droite. C'est, enfin, ce caractère d'œuvre rapidement exécutée, d'ébauche assez sommairement traitée.
Or, ces caractéristiques sont précisément celles que Schreiber note dans les portraits alexandrins d'époque impériale (1) Il y a très justement relevé « une certaine mollesse et la fluidité dans le modelé du visage », « l'habileté à animer la figure en ouvrant la bouche et en en abaissant les coins, en accentuant les irrégularités de structure du visage. » Il y observe également, nous continuons à traduire, que « le goût pour l'asymétrie, un trait fondamental du réalisme alexandrin, est encore vivant dans ces œuvres tardives, en même temps que la tendance, bien alexandrine au style exquissé. ))
Ces caractéristiques, Scheiber les tire d'une série de portraits trouvés dans la nécropole de Kôm-esch-Schukâfa, dont les plus anciens paraissent dater du temps des Fia viens, le plus récent, de celle d'Hadrien (2).
Il y a lieu de rapprocher spécialement la tête du Cinquantenaire de celle d'un prêtre de Sérapis, oii l'on retrouve le même air de maussaderie maladive (3), et celle d'an enfant, aux yeux largement ouverts, comme ceux du portrait que nous étudions, et où ] 'ourlet des paupières est, comme ici, fortement accusé (4).
La tête a été achetée à Alexandrie et il ne semble pas douteux qu'elle provienne bien d'Egypte. La matière dont elle est faite suffirait presque à déterminer la provenance (5), si le
(1) Expédition Ernst Sieglin, I, pp. 270 sq.
(2) Ihid., pp. 266 sqq.
(3) Ihid., pp. 262 sqq., pi. XL V- XL VI.
(4) Ihid., pi. LUI.
(5) Cf. C. Edgar, Catal. Mus. Caire, Greek Sculpt., noe 27425 à 27428, 27434, 27439, 27458,27476,27400,27588,27593. Pour l'emploi de l'albâtre et ses différentes espèces, cf. Blumner, Technol, u. Terminol. der Gewerhe u. Kimste, III, p. 60 sqq.; Real-Enc, l, p. 1272, 2; Dict. des ant. gr. et. rom., I, pp. ] 75 sqq.
style ne trahissait suffisamment Torigine alexandrine. Si l'albâtre est fréquemment employé pour lej bustes, à l'époque impériale, il l'est très rarement pour la tête elle-même, du moins en dehors de l'Egypte et de la sculpture himyarite (1). Les têtes qui sont tirées de cette matière, comme celle d'Hadrien, au Palais des Conservateurs, sont tout à fait exceptionnelles (2).
Après avoir rattaché la tête du Cinquantenaire à une école déterminée, il resterait à préciser la date qu'il faut lui assigner.
Les rapprochements que nous avons établis, avec les portraits étudiés par Schreiber, nous invitent déjà à la placer vers la fin du I^^ siècle ou la première moitié du II "^6. C'est de cette époque que datent, en effet, la plupart des têtes trouvées dans la nécropole de Kôm-esch-Schukâfa. Le visage imberbe, l'absence d'indication des pupilles nous interdisent de descendre plus bas que le règne de Trajan. Il ne faut pas, d'autre part, remonter beaucoup plus haut. Le modelé flou du visage, la chevelure à boucles courtes, ramenées en arrière, font penser à une tête d'un art d'ailleurs fort supérieur, je veux dire celle de la statue de Titus du Vatican, qui est traitée dans la même manière réaliste (3). Les mêmes caractères reparaissent également sur un portrait d'homme d'époque flavienne que possède la Glyptothèque Ny Carlsberg (4).