Stèle funéraire d'Aphthonétos, marchand de bœufs
(PI. II, fig. 2).
Cumont s'ôst contenté de dater approximativement du I^' ou du 11"^® siècle de notre ère, d'après les caractères de l'inscrip-
(1) Kûnigl. Mus. zu Beilin, Mittheil. aus d. oriental. Samml., faec. VII' p. 47 sq. (nos 4^ 5^ 2578, 2702).
(2) Stuabt Jones, Catal. Sculpt. Mus. Gapit., p. 111, n» 36.
(3) Hekler, Die Bildniskunst der Griechen und Rômer, pi. 219 = Helbig, Fûhrer^, I, p. 11, n» 10. Amelung, Scidpt. Vatic, I, p. 40, pi. IV. Bernoulli, Bôm. Ikon., II, 2, pp. 32, 37, pi. XII.
(4) Billedtavler til Kataloget, pi. LIV, 658 = Hekler, pi. 221. Journ. Hell Stud., XX, 1900, pp. 35 sq., pi. III.
tion, une très intéressante stèle funéraire attique d'époque impériale du Musée du Cinquantenaire (1).
Od peut, je pense, arriver à des conclusions plus précises, en tirant meilleur parti des données chronologiques que nous procurent l'inscription et le bas -relief lui-même.
Les mêmes fermes de lettres se retrouvent à peu près exactement dans une dédicace datée de l'archontat de Didius Sécundus, peu avant 111/2 (2) : on relèvera surtout, dans les deux textes, la même forme de Fn, où la barre horizontale ne se raccorde pas aux hastes verticales ; celle du )u, à barres externes fortement divergentes ; celle du cp, légèrement plus haut que les autres lettres et dont la partie ronde n'est pas une ellipse mais se rapproche de la forme oo .
Ily a également lieu de rapprocher de notre stèle deux dédicaces de l'époque de Trajan, l'une en l'honneur de L. Flavius Flamma, l'autre de Coponius Maximus (3).
Si nous ne voulions pas nous en tenir à des rapprochements avec des textes dont il a été donné une reproduction photographique, il nous serait facile de montrer que les mêmes caractères se retrouvent à une époque un peu postérieure, sous le règne d'Hadrien, auquel appartient certainement le monument qui nous occupe (4).
Le défunt, Aphthonétos fils d'Héraldéon, de Milet, porte la barbe, suivant une mode qui ne revint en honneur qu'à partir d'Hadrien (5). En outre, le port de la barbe, qui se maintiendra jusqu'à l'époque de Constantin, est combiné avec une coiffure très caractéristique : les cheveux sont divisés en longues mèches ondulées, ramenées sur le front avec symétrie. Cette coiffure, assez semblable à celle qui était en usage sous Néron, est
(1) CuMONT, Catalogue^, p. 89, n» 70.
(2) Revue Arch., 1917, VI, p. 22, fig. 12. Pour la date, cf. BGH, XXXIX, 1915, p. 297; XL, 1916, p. 76 ; Graindob, Chronologie des archontes athéniem sous l'Empire, Mém. de VAc. de Belgique, VIII, 1922, p. 114, no 76.
(3) ECU, XXXVIII, 1914, p. 372, fig. 6 ; 416, fig. 17.
(4) Cf. notamment IG, III, 488 : dédicace à Hadrien Olympioa ^131 /2) et 69« ; dédicace de l'archontat d'Hérode Atticus (126/7). Gbaindor^ Chronologie des archontes athéniens sous V Empire, p. 127, n» 92.
(5) Beal-Enc, III, p. 33.
connue à l'époque d'Hadrien ( 1) ; c'est-celle, notamment, d'une tête de oosmète barbu du Musée d'Athènes, portrait étroitement apparenté à celui d'Aphthonétos. Nous l'avons rapprochée d'une série d'œuvres du règne d'Hadrien que l'on pourra également comparer à la tête de notre Milésien (2).
S'il pouvait subsister un doute sur la date que nous proposons, il serait, je pense,levé par la constation de l'emploi, encore timide, d'un procédé technique nouveau qui va, au cours du 11"^^ siècle, prendre de plus en plus d'importance dans la sculpture : le sculpteur s'est servi du foret pour creuser les naseaux des bœufs, les narines et deux ou trois boucles de la barbe d'Aphthonétos. Déjà connu avant Trajan, le procédé est encore discret de son temps et sous son successeur, tandis que, sous les Antonins, il est employé sans mesure, du mjoins dans les têtes masculines (3).
En outre, les pupilles ne sont pas encore gravées comme elles le sont généralement dans les bustes et statues, à partir d'Hadrien (4), et comme elles le sont parfois dans des basreliefs du temps d'Auguste déjà (5).
Ajoutons que c'est vers le début du règne d'Hadrien que la colonie milésienne, à laquelle appartenait Aphthonétos, semble avoir été le plus nombreuse : luie liste d'éphèbes, datant de 115/6 (ou 116/7), donne 48 noms de Milésiens contre 4 seulement d'Athéniens, proportion la plus forte que Ton connaisse sous l'Empire (6).
Si nous avons cru devoir insister sur la date à attribuer à cette stèle, ce n'est pas qu'elle se recommande par sa valeur artistique : on y pourrait au contraire, relever bien des mala-
(1) Steiningeb, Real-Enc, VII, ^. 2148; BGH, XXXIX, 1915, p. 312.
(2) BGH.. XXXIX, 1915, p. 311, no 6.
(3) Fr. Poulsen, Ikorwgraphiscfbe MisceWen, Copenhague, 1921, pp. 90 sqq.
(4) PouLSEïsr, o. l., pp. 84 sqq.
(5) Strong, Roman Sculpture, II, pp. 374 aqq.
(6) BGH, XXXVIII, 1914, p. 423 ; nous avons montré que cette liste de Milésiens se rattachait au catalogue éphébique IG,III, 1098 daté de l'archonte Macrin. Pour la date, cf. BGH, XXVIII, 1904, p. 181 et notre Ghronohgie, p. 123, n» 82. Même si l'on avait étendu à tous les éphèbes étrangers le nom de Milésiens (Tiialheim, Real-Enc, V, p. 2739), c'est que Iss Milésiens étaient les plus nombreux parjui les éire'fYpcicpoi.
dresses; le manque de proportion entre la taille d'Aphthonétos et celle des bœufs, aux pattes visiblement trop courtes. L'attitude guindée du Milésien n'est pas moins déplaisante. L'expression du visage, au regard perdu dans le vague, fait penser à celle de nombreux personnages de stèles du ÏY^^ siècle. Elle contribuait à poétiser des morts héroïsés. Elle devient presque risible chez un marchand de bœufs représenté dans l'exercice de sa profession .
Ce qui donne une certaine importance à cette stèle, c'est, qu'à défaut de mérite artistique, elle rentre dans une série encore peu nombreuse. Si les monuments funéraires romains qui représentent le défunt avec les attributs de sa profession constituent une série très riche (1), il n'en est pas de même en Attique : on a vite dressé la liste des stèles de ce genre (2).
C'e.st à dessein que nous avons qualifié Apothonétos non de bouvier mais de marchand de bœufs : il est vraisemblable que pour un simple bouvier, souvent un esclave, on se serait contenté d'élever une stèle moins coûteuse, sans doute une colonnette avec inscription, le type de monument funéraire le plus modeste et le plus répandu à cette époque. D'autre part, rien ne nous permet d'affirmer que le Milésien pourrait être assimilé à l'un de ces PoiDvai chargés de l'achat des bœufs destinés aux sacrifices (3).