Epigramme en l'honneur d*un proconsul initié aux
mystères d*Eleusis.
Il semble qu'il faille rapprocher deux fragments d'inscriptions métriques, composées de distiques, trouvés tous deux à Eleusis et qui paraissent bien se compléter. L'éditeur a malheureusement négligé de nous donner la hauteur des lettres et l'épaisseur du fragment 6, mais les caractères sont les mêmes des deux côtés et l'inscription est complète en bas dans a comme dans 6 (1). Tous deux sont gravés sur marbre blanc.
MùcTTiiv dvOuTTaTOV cr6[^vôv] ^ --^ — ^ ^ ~ ^^
Ev>|jiô[X'rT]ou Y^vefiî — -— ^ — ^ ^ p^ç KeKpOTrîi;! (TTr|0"avTO 9 "" "~ "" [dvdKTo]pa Ar|oOç, "Qç TTOTe Ktti Ar|br|ç — ^ ^ ~~[Yev]er|V.
5 OuveKev ci) 6e(y|uoîcri qp "" ~ ^=^^ ~ "" juoOvov
'AXXà Kai éùcrepiî^, [eucppovi b]éHo vôlu.
En publiant le frg. a, Skias avait bien compris qu'il s'agissait d'un proconsul qui avait été initié après avoir été admis dans le Tévoç des Eumolpides, comme les Dioscures qui, en leur qualité d'étrangers, avaient dû être adoptés par Aphidnos, avant leur initiation.
Skias supposait aussi que le nom du proconsul devait être donné à lai. 1.
Nous connaicîsons précisément, par une dédicace d'Eleusis, un proconsul d'Asie qui est dit [Ei)])LioXmbriç (2). Ce proconsul,
1)0: 'Eqp. dpx-, 1899, p. 213, no 47 ; 6 : ihid., 1896, p. 53, n» 57.
2) 'Eqp. àpx.,1895,p. \M,n^Z'è.Qi.V.YoTSOABr£, Les grands Mystères d' Eleusis, Mém. Acad., XXXVII, 1900, p. 13,n. 3 ; Les Mystères d'Eleusis, p. 156, n. 3.
c'est Kui[vTiXiav6ç] , le même sans doute que Julius Proclus Quintilianus, qui était en fonction en 249/50 (1).
Il est bien tentant de restituer son nom au premier vers : aé [TTpÔKXe], En tout cas, il ne peut guère être ici question de Vottius Agorius Praetextatus, proconsul d'Achaïe depuis 361 ou 362 (2) et qui fut initié aux m}/ stères d'Eleusis avec sa femme (CIL, VI, 1779 et 1780) : l'écriture de notre épigramme ne semble guère permettre de la placer après le III"^^ siècle.
V. 2. — Probablement taut-il lire Y^verjv accusatif apposé à àvGiJTTaTOV : le personnage avait dû être adopté par les Eumolpides, comme les Dioscures, comme aussi les empereurs Hadrien, Marc-Aurèle, L. Vérus (3) et Commode (4).
Au second hémistiche, il faut suppléer sans doute une formule comme [eùcrepéeacri Té]paç (5).
V. 3. — La restitution [luef dvdKTo]pa Arioûç n'est pas douteuse. Cf. 'Ecp. dpx-, 1883, p. 75, n^ 5, L 1 : eneî(T0e ^et' àvàKTopa Arioûç. Quant au cp, il appartiendrait donc à un dissyllabe ïambique qui ne pourrait guère être qu'une des formes de cpiXoç, soit cpiXoi, comme sujet de (TTrjcravTO, soit qpiXriç ou cpiXi;), comme épithète de ArjoOç ou de Kgkpottit;).
Skias supposait que KeKpOTTÎt;i faisait allusion à une seconde statue qui aurait été érigée sur l'Acropole. Le contexte ne semble pas autoriser cette hypothèse : avec KeKpOTriî;!, on ne peut guère sous entendre ici que x^o^i. Après avoir parlé de l'Attique, on précise l'endroit où s'élevait la statue.
1) Prosop. imp. Rom., II, p. 209, n° 335 (ne cite pas le texte d'Eleusis, également omis dans la notice de Hohl, Beal-Enc, X, p. 786, n° 422).
2) Sur ce personnage, cf. Seeck, Symmachus, {Mon. Germ., VI, 1) LXXXIII ; Svndwat.Ij, Abhand. zur Qeschichte des Ausgehenden Rômertums, Helsingfors, 1919, p. 87; Giannelli, I Romani ad Elevai, Att. Accad. Torino, 1914-5, p. 384; Nistler, KUo, X, 1910, pp. 462-475.
3) FoucABT, Les Mystères d'Eleusis, p. 156; SIO^, 872.
4) SIG^, 873 = 10, II, éd. min., 1110. Cf. Webbb, Untersuchungen zur Gesch... Hadrianus, pp. 172 sq.
5) Pour Yepotç employé dans ce sens, cf. Kaibel, Epigr. Graeca, 338, 3; 884, 1 (mais la lecture eucrepiriç... fépo.(;, 199, 6 est fautive. Cf. IG, XII, 3, 48), 845, 849, 1. Pour eùaepéeaai, Kaibel, 259, 1 et IG ad r. r. p., I, 194, V 43 ; pour le datif avec Y^'paç, / G, VII, 2543.
Remarquons que [luex' dvdtKToJpa ajoute à GTY\aavTo un complément qui lui convient et justifie le rapprochement, que nous proposons entre les deux fragments.
Il en est de même de [ïevjeriv du vers suivant qui nous donne le régime de (Trrio'avTO d'où dépend Arjbnç. Dans la lacune de ce vers, on restituerait volontiers [Tr)v bibujiiov T ev]er|V.
V. 5. — Moûvov se rattachant étroitement à où et annonçant le àKkà Kai du début du vers suivant nous permet d'affirmer, encore une fois, que les deux fragments sont bien d'un même texte. De plus, la formule bien connue [euqppovi 5]éHo vÔLjj (v. 6), déjà restituée par Skias, complète exactement le V. 5, dont il rous manquait un hémistiche.
Nous n'avons pas trouvé de restitution satisfaisante pour lé V. 5. D'après Skias, le sens serait le suivant : ne sont pas seul dign\.s d'être initiés ceux qui possèdent ce droit par naissance mais aussi les hommes pieux et vertueux. Il semble qu'il faille comprendre : Déméter doit taire bon accueil au proconsul non seulement parce qu'il s'est fait initier mais parce quïl a apporté un esprit de piété à l'accomplissement des rites prescrits.