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Le marbre est complet en haut et l'inscription l'est sûrement à gauche, et les deux fragments, quoique ne se rejoignant pas appartiennent bien au même texte : l'identité des caractères, la qualité du marbre et le contexte le prouvent.
L'éditeur s'est borné à restituer [brmapxiKfiç èHJouaiaç, à la 1. 2, et 7raTf|[p Trarpiboç jf} èS 'Apeiou TrdTOu PouJXilJ Kai Tij'pouXfJ TUJV [<t>' Kai TLp bniniu], à la 1. 3. Cette dernière restitution montre que la 1. 2 ne devait pas se terminer avec u'iTaTo[ç] mais qu'il y a, entre ce mot et le chiffre de la ligne suivante, une lacune d'une dizaine de lettres au moins. Or, entre la mention du consulat et celle de pater patriae, il n'y a pas d'autre titre que l'on puisse insérer : notre texte, d'après les caractères, est sûrement postérieur et de beaucoup, à Claude, prince à partir duquel imperator, suivi du chiffre des acclamations, se place régulièrement, lorsqu'il figure dans la titulature impériale, après la puissance tribunice et avant consul. La seule restitution possible, après uTraTo[ç], serait donc [dîTobebeiYMévoç].
Dès lors, il nous reste à chercher quel est l'empereur dont la 14® puissance tribunice, indiquée à la 1. 2 (AI) tombe dans le 7® consulat et coïncide avec le moment où il était désigné pour le septième (to V^^ 1. 3).
En parcourant la liste des empereurs, on s'aperçoit qu'il n'y en a que deux qui puissent entrer ici en ligne de compte, Gailien et Galère. Les autres ont revêtu moins de sept fois le consulat, ou leur 7 6 consulat ne coïncide pas avec leur 14^ puissance tribunice.
Gallien, consul pour la 6^ fois en 264, pour la 7^ en 266 (1), a pris la 14® puissance tribunice le 10 décembre 265 et l'a conservée jusqu'au 9 décembre 266 (2) : si la lettre est de lui, elle se placerait entre le 10 décembre 265 et le 31 décembre de la même année, période pendant laquelle il peut être qualifié de designatus pour le 7® consulat qu'il revêtira le 1®' janvier 266.
Pour Galère, la question est plus compliquée. Son 6^ consulat est de 306, sa 14^ puissance tribunice va du 1®^ mars 306 à la fin février 307 (3). Mais la date de son 7® consulat offre certaines difficultés. Maxence le nomme bien consul pour la 7® fois en 307, mais Galère ne fait pas entrer ce consulat en ligne de compte (4). Son 7^ consulat commence en réalité en janvier 308. Si notre document émanait de lui, il faudrait supposer qu'avant le 1^^ mars 307 déjà, il s'était désigné pour le 7® consulat de l'année suivant celle où il venait de refuser cet honneur de la part de Maxence, ce qui est bien invraisemblable.
Il faut donc, je pense, opter pour Gallien.
A la 1. 2, avant [brijuapxiKfiç è]Hou(Tiaç, on ne peut restituer que [dpxiepeùç juéYicTTOç], qui doit venir en tête des titres de l'empereur. Ces deux restitutions nous donnent 28 lettres, contre 27 pour la restitution de la lacune correspondante de la
1) Vaqueri, Diz. epigr., II, pp. 1015 et 1167; Liebenam, Fasiti consulares, pp. 30 sq.
2) Cf. la bibliographie citée par Liebenam, o. l., p. 115. Cagnat, Cours d'épigraphie latine^, p. 222 et Paribeni, Diz, epigr., III, p. 429 font encore débuter les puissances tribunices de Gallien avec le l^r janvier, sans donner les raisons de cette préférence et malgré les difficultés qui en résultent et qui disparaissent en partie si l'on adopte la date du 10 décembre (cf. MowAT, Le Trésor de Monaco, p. 27).
3) Liebenam, o. Z., pp. 33, 119.
4) Vaglieri, l. L, pp. 1104 et 1169 ; Liebenam, o. l., p. 33 et la note relative à l'année 307 où l'on trouvera les références. Cf. spécialement Mommsen, Consularia, Hermès, XXXII, 1897, p. 539 et n. 2 ; Chron. Min., p. 517.
ligne suivante, qui est certaine et avait à peu près la même étendue. Il ne reste donc à restituer au début de la 1. 2 que pePa(T]To[ç], le seul nom qui puisse se placer immédiatement avant le premier des titres.
Cette restitution, il est vrai, ne tient pas un compte rigoureux des restes de lettres indiqués par l'éditeur. Mais celui-ci a pris soin non seulement de les marquer en pointillé mais, en outre, il a spécifié dans le commentaire, que leuj était douteux. D'ailleurs, ni la titulature de Gallien ni celle de Galère ne présentent de mot susceptible de s'adapter exactement à ces vestiges de lettres.
Les restes de lettres de la fin de la 1. 1, où l'éditeur lirait [EÙTuJxnç, ne nous apportent aucun indice qui permettrait de nous décider pour l'un de ces deux empereurs, car les titres de [Pius] Félix peuvent convenir à Galère aussi bien qu'à Gal^ lien. Après EÙTuxnç, on peut supposer un titre comme celui de MÉYicTTOç qui est parfois appliqué à Gallien (1).
L. 4. — L'éditeur s'est un peu trop aventuré en restituant, à la fiji de la ligne, i^ pouXr) tujv [(!)'] : si le document est du règne de Gallien, il pourrait être question du sénat des 750 (tuùv^ N') dont la seule mention apparaît précisément dans une dédicace datant approximativement de l'extrême fin du règne de cet empereur (2). On peut même se demander si la réforme qui consista à augmenter de moitié le nombre des membres de la PouXri n'est pas due à Gallien : il aurait en cela, comme en beaucoup d'autres choses, voulu imiter Hadrien qui modifia la constitution d'Athènes.
D'autre part, si la lettre émanait de Galère, la restitution Ttîjv [0'] ne serait pas plus certaine; après Gallien, la ^ovXr\ fut ramenée à 300 membres, comme l'attestent deux dédicaces dont l'une est du IV^^^ siècle (3).
1) Pabiseni, Diz. epigr., III, p. 428.
'i) TG, III, 716: dédicace à Hérennius Dexippos. Dittenberger la croit aiitéiieuro à 237 environ. Mais il semble bien qu'il y soit déjà fait allusion aux exploits de cet historien dans sa lutte contre les Goths. Cf. Beal-Enc, V, p. 289; BGB. XXXVIII, 1914, p. 399 sqq.; Graindob, Chronologie, p. 264
L. 5, — Ce début ex abrupto, « il suffît »; montre que le docu'ment n'était pas une lettre mais un rescrit.
Trouvé dans l'enceinte du temple d'Eleusis, il devait avoir rapport aux mystères ou à ceux qui y prenaient part : le mot 0eoîv (l. 8) ne laisse aucun doute à ce sujet.
Le mot le plus significatif qui soit conservé est certainement dTopd (1. 5) : il semble bien qu'il soit fait ici allusion au marché d'Athènes (âcTTei), opposé à celui d'Eleusis, qui est mentionné dans un édit d'Hadrien (?) relatif à la vente du poisson (I).
L'afïiuenc© des pèlerins qui venaient assister aux mystèreâ(2) provoquait sans doute, dans un pays aussi pauvre que l'Attique, des difficultés semblables à celles que rencontrait le ravitaillement d'une armée. Rapproché de \a]up[dvêiv], le mot âfopâ fait penser à des expressions comme Xoiju^dveiv xà èîTiTribeia ou èK Tfiç dTopdç \a|updveiv, plusieurs fois employées par Xénophon (3).
Enfin, à la l. 8, il faut, semble-t-il, restituer la formule bien connue [Kard tôv ÙTrojuvrm]aTicr)uôv [t\\ç èS 'Apeiou TrdYOu PouXfîç] . Dans la lettre déjà citée d'Hadrien, o'est l'Aréopage qui est compétent pour les infractions au règlement concernant la vente du poisson. Ce règlement cherche à refréner la spéculation de la part des intermédiaires et à favoriser la vente sur le marché d'Eleusis, en affranchissant les pêcheurs d'Eleusis de toute taxe sur ce marché.
Et l'on peut se demander si ce règlement, dont le début n'est pas conservé, n'avait pas, comme celui qui nous occupe, en vue de faciliter, spécialement pendant les mystères, le ravitaillement des pèlerins et d'éviter qu'ils fussent exploités par les marchands de victuailles. - .
Ce qui paraît bien prouver que la lettre susdite devait sans. doute avoii en vue le temps des mystères, c'est que la copie devait être exposée au Pirée et au Pirée seul. C'était sûrement l'endroit le plus fréquenté des pêcheurs de l'Attique.
1) WiLHELM, Jahr. oest. Inst., XII, pp. 146 sqq. ; IG, II-III, éd. m., 1103.
2) Philostb., Apol. Tyan., IV, 17 : ic, bè tôv TTeipaict éaiiXeûcraç trepi liuarripûjuv lîipav, ôx' 'AOrjvaîoi TroXuavBpuuTrÔTaTa 'EWrjvuuv TrpdTTou0iv.
3) Anah., Y, 5, 6 ; 5, 18 ; 5, 16. Cf. Thuc, VI, 44.
Or la lettre ne concerne que ceux d'Eleusis. C'est donc qu'on a voulu détourner la vente du poisson du marché du Pirée vers celui d'Eleusis. Or, en temps ordinaire, en dehors de l'époque où l'on célébrait les mystères, il ne devait vraisemblablement pas se produire à Eleusis de concours de monde susceptible de provoquer la spéculation et renchérissement des vivres que l'empereur, probablement Hadrien, a voulu empêcher. On en conclura que les mesures qu'il avait prises tendaient à protéger ceux qui venaient se faire initier. On ne s'étonnerait pas trop de voir, une fois encore, Gallien imiter Hadrien, surtout que, d'après son biographe (1), il s'intéressait tout particulièrement aux Cultes de l'Attique. Lorsqu'on nous dit qu'il voulait sacris omnibus interesse, il faut entendre plus particulièrement son initiation aux mystères : il est invraisemblable qu'il eût participé à toutes les cérémonies religieuses de l'Attique à l'exception des plus importantes peut-être, d'autant plus qu'il séjourna un an à Athènes comme archonte. C'est donc sûrement à tort ou par oubli que ni Foucart ni Giannelli (2) ne le comptent au nombre des empereurs initiés (3).
1) Vit. GalL, 11.
2) Revue de Phil, XVII, 1893, pp. 197 sqq: ; Atti Accad. Torino, 1914-6, pp. 319 sqq.
3) Sur Gallien qui aurait été initié en 260, puis en 264, cf. von Domas- ZEWSKi, Beitràge zur Kaiser g eschichte, PhiloL, LXV, 1906, pp. 351 sq. ; Qesch. d. rôm. Kaiser^, p. 306; von Domaszewski suppose même que le discours eiç paaiXéa qui figure parmi les œurves d'Aelius Aristide, serait le irpoacpujvriTiKÔç faXirivCù que Smdas attribue au sophiste Kallinikos. Mais cf. Groaq, Stvdien zur Kaisergeschichte, Wiener Stvdien, XL, 1908, pp. 20 sqq., qui estime que les allusions contenues dans ce discours ne s'expliquent bien que si l'empereur est Philippe l'Arabe,
Contribution à l'histoire
d'Hérode Atticus
et de son père.