‹ Marbres et textes antiques d'époque impériale [microform]Chapitre 30 sur 32 · Hérode Atticus et Avidius Cassius · texte numérisé non relu

Hérode Atticus et Avidius Cassius

'Hpu)br)ç Kacraïqj- èjuàvriç. « Hérode à Cassius : tu es fou ! » Telle est, selon Philostrate, la teneur d'un lettre pleine de laconisme mais non d'urbanité, qu'Hérode Atticus avait adressée à Avidius Cassius, le compétiteur malheureux de Marc-Aurèle (1).

Jusqu'à présent, on se semble guère s'être demandé à quel propos cette lettre à été écrite (2). Pourquoi cette injure adressée à Cassius ? Elle ne peut l'avoir été gratuitement. On n'écrit pas des lettres d'une aussi brutale concision (3) sans avoir été provoqué, fût-on un homme d'un caractère aussi violent que paraît l'avoir été Hérode. Cette brève épître à tout l'air d'une riposte. C'est, à n'en pas douter, une réponse que le sophiste envoie à Cassius, Ce dernier, à l'imitation des empereurs légitimes, s'était empressé de s'attacher deux secrétaires, l'un pour les lettres grecques, l'autre pour les lettres latines (4). L'objet de la missive qu'il dut, semble-t-il, adresser à Hérode, ne paraît pas difficile à deviner : elle devait essayer de rallier à la cause du prétendant un personnage également puissant par son immense fortune et son talent.

Précisément, vers l'époque où cette lettre dut être envoyée, Hérode ne semblait plus jouir de la faveur impériale.

La révolte de Cassius, nous le savons maintenant, se plaça à peu près vers le milieu de 175 : vers le mois de juin de cette année, on croyait au succès de sa cause, non seulement en Syrie oh. il régnait alors en maître, mais même en Egypte,

1) Philostr., Vit. Soph., II, 1, 32. Le contexte ne nous éclaire point sur les circonstances dans lesquelles elle fut écrite : Trjvbe rrjv éirKJToXriv jur) luôvov émirXriHiv r\y{ij}ieQa, àWà Kai /)d)|Liriv àvbpôç Ouèp toO paaiXëujç Ti0€|u^vou xà Tf|ç Y"^iJ^MnÇ ouXa

2) ScHiiLTESS, o. l., p. 24, n, 63 ; Mûnscher, Beal-Enc, VIII, p. 945.

3) Hérode Atticus affectait la concision, une des qualités d'un des maîtres de la première sophistique, Critias qu'il avait remis à la mode, Cf, BGH, XXXVIII, 1914, p. 364 et Sitzungsb. Wien. Akad., 1913, t. 170, X, p. 30.

4) Cf. Dio, Ep., 72, 7 et les remarques de O. Hirschfeld, Die Kaiserl. Verwaltungsbeamten'^ , p. 321, n. 4.

dans des cités comme Thèbes et Éléphantine (1). Or, il est certain qu'en 175 les rapports amicaux qui n'avaient pas cessé d'exister entre Hérode et Marc-Aurèle, s'étaient interrompus depuis quelque temps. La rupture entre le maître et son ancien disciple s'était produite après un procès que les adversaires politiques d'Hérode avaient porté devant l'empereur, alors à Sirmium en Pannoiiie (2). Malgré les écarts de langage du vieil Hérode qui n'avait pas craint de prendre à partie Marc- Aurèle lui-même, ce déboimaire souverain s'était contenté de condamner le sophiste dans la personne de ses affranchis ^ qui tyrannisaient, paraît-il, les Athéniens.

Malgré la disgrâce où Hérode semblait être tombé — les malveillants allaient jusqu'à prétendre, qu'il avait été exilé (3) — les Athéniens n'avaient pas cessé d'être fidèles à leur compatriote : une longue épigramme de Marathon nous raconte la réception officielle qui lui fut faite par toute la cité à son retour de Sirmium (4). Il est accueilli comme un triomphateur par ses concitoyens, qui semblent vouloir protester contre la décision impériale.

La date de ce procès n'est pas connue d'une manière certaine : on ne pçiut remonter plus haut que 168, ni descendre plus bas que le début de 175 (5), Mais il est certain

1) Archiv fiir Papy rus forsohung, VI, 1913, pp. 213 sq. D'après Hâbreb, Studies in the history of the Boman provmce of Syria, Princeton, 1916, pp. 35 sq.,Ia révolte commence fin mars ou début d'avril 175 et se termine au cojnmencement de juiU^t.

2) Philostr., o. l., II, 1, 11 (p. 67, ICayseb).

3) Ibid., II, 1, 12 (p. 69).

4) Nous l'avons publiée dans lé Musée Belge, 1912, pp. 69 sqq. Le fait n'était pas encore connu.

5) Cf. MuNSCHER, s. V. Herodes, Beal-Enc, VIII, p. 944, après avoir admis lé date de 168, a été obligé de se rallier (p. 1310) à nos conclusions en descendant jusqu'à 173, au moins. Nous avons proposé de placer cet événement fin 174 ou début de 175 (Mu^ée Belge, L l.) : il n'y a pas lieu de revenir sur ce point. Quoi que prétende Mûnscher, quelle contradiction y-a-t-il entre cette date 174-5 et le texte de Philostrate (II, 1, 30) où il est dit qu'Hérode, après son retour de Sirmium, avait repris ses cours, au milieu de l'affluence de la jeunesse accourue de toutes parts ? Ce sont là des raisons, comme peut en donner l'auteur d'un article dont on vient de bousculer les conclusions.

qù'èn 175 là récon<âliation entre l'empereur et Hérode n'avait pas encore eu lieu. Elle se produisit à la suite d'une lettre eûvoyée par Hérode à Marc-Aurèle, lettre où le sophiste se plaignait du long silence dé l'empereur qm lui écrivait jadis, jusqu'à trois fois par jour. La date de cette lettre n'est pas donnée mais il est facile de dater l'amicale réponse qu'y fit le prince. Dans cette réponse il est fait allusion à la mort récente de Faustine (iriv YuvaÎKa ô\oqpupd|uevoç âpxi aùrdj xeGveujcrav), survenue en 176 (1).

Il est donc certain qu'en 175, année de la révolte de Cassius, Hérode était en froid avec l'empereur et avait, moins que jamais des raisons d'adresser des injures gratuites à son compétiteur.

Cassius ne dut ignorer ni les débats 'du procès de Sirmium, ni la triomphale réception qui accueilht Hérode à son retour à Athènes. N'est-il pas vraisemblable qu'il ait cherché à tourner à son profit le mécontentement d' Hérode et le crédit dont il n^avait cessé de jouir auprès des Athéniens qui semblaient s'insurger contre la décision impériale ? S'il ne réussit point, c'est qu'il s'était trompé sur les véritables sentiments d'Hérode : malgré ses déboires celui-ci n'avait pas cessé d'être attaché à l'excellent prince qui l'avait traité moins comme un de ses sujets que comme son ancien maître.

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