‹ Marbres et textes antiques d'époque impériale [microform]Chapitre 29 sur 32 · Les 4ébuts de la carrière d'Atticus · texte numérisé non relu

Les 4ébuts de la carrière d'Atticus

L'éditeur de la dédicace suivante (1), trouvée dans les fouilles américaines de Corinthe, s'est sûrement mépris en prenant pour un notable de cette cité le personnage qui en est l'objet. Mais il ne s'est peut-être pas trompé en datant ce texte du I^' siècle de notre ère, encore qu'il soit, au plus tôt, de l'extrême fin de ce siècle.

Ti(berîo) Claudio

Ti(ben) Claudi

Hipparchi f(ilio)

Quir(ina) Attico,

praetoriis

ornamentis

ornato ex s(enatus) c(onsulto),

l(aetus) l(ibens) v(otum) s(olvit).

II, s'agit certainement ici de Tibérius Claudius Âtticuô (2), père d'Hérode Atticus et fils d'Hipparque (3).

1) Amer. Journ. Arch., XXIII, 1919, p. 173, n» 16. Cf. Gagnât, Année épigr., 1919, 11° 8 {Rev. Arch., 1919, X, p. 400).

2) Pros. Imp. Rom., I, p. 351, no 654; Real-Enc, III, p. 2677, n» 71. Beunnow et DoMASzEWSKi, Arabia, III, p. 311 ; Dessatj, Hermès, XLV, p. 14.

- 3) Real-Enc, III, p. 2725, no 179 (suppl. I, p. 319) ; VIII, p. 1666,nos 10, 11; BCH, XXXVIII, 1914, p. 440 ^; Rev. Arch., 1917, VI, p. 19; SIG\ 853.

On avait précédemment trouvé à Corinthe une dédicace en l'honneur de Régilla (1), femme d'Hérode Atticus, qui était lui-même un des bienfaiteurs de la cité : il y avait construit à ses frais un théâtre (2). Lorsqu'il était encore tout jeune, la Boule de Corinthe lui avait, par décret, érigé une statue à Eleusis (3) et l'on avait supposé qu'il devait cet honneur aux services rendus par son père à Corinthe (4).

Nous ignorions encore qu' Atticus eût reçu du sénat les ornamenta praetoria (5). C'était, peur Atticus, le premier pas dans la voie des honneurs qui devait le conduire deux fois au consulat : le dédicant n'eût pas manqué de relater les étapes antérieures de son cursus konorum si celle-ci n'en marquait pas le début.

La disgrâce où Hipparque, père d' Atticus, était tombé sous Domitien, la confiscation de sa fortune ne permettent pas de croire que ce soit avant Nerva qu' Atticus obtint la faveur ici mentionnée. C'est sous Nerva qu'un « hasard », si on peut ainsi l'appeler, lui rendit la fortune qu'avait perdue son père (6). Ce n'est pas avant ce moment qu'il pût recevoir les ornamenta, mais ce n'est guère non plus beaucoup après, car il devint une première fois consul suffectus sous Trajan déjà (7) et peut-être

1) Amer. Journ. Arch., 1900, p. 204 ; 1902, p. 306 ; 1903, p. 43, n. 21. Cf. MûNSCHEB, Real-Enc., VIII, p. 932.

2) Philostb.,, "Vit. Soph., II, 1, 9. Ce théâtre, couvert, était probablement le même que l'odéon nientiomié par Pausanias, II, 3, 6, Cf. Schultess, Herodes Atticus, Progr. Ham.bourg, 1904, p. 16; Mûnscher, Z. l., p. 932. On a supposé aussi qu'Hérode avait contribué à l'embellissement de la fontaine Peirènè {Am. Journ. Arch., 1900, p. 230 [Richardson]. Cf. Mûnscher, p. 932).

3) SIQ^, 854.

4) Schultess, o. l., p. 5.

5) Sur l'identité probable de la collation des ornamenta praetoria et de Vadlectio inter praetorios, cf. Willems, Le Sénat de la République romaine, ï^, pp. 627-638 ; Le droit public romain"^, pp. 396, n. 2 ; 442, n. 10. Pour l'octroi de ce privilège par le Sénat, cf. Willems. Le Sénat... I^, p. 637, n. 8 et Bloch, De decretis functorum magistratuum omamentis, Paris, 1883, p. 46 sqq.

6) Pour tous ces détails, cf. ci-dessus pp. 81 sqq,

7) Groag, Real-Enc, III, p. 2677 ; Pros. Imp. Rom., 1, p. 352, no 654 ; LiEBENAM, Fasti consulares imp. Rom,., p. 65 ; Stech, Senatores Romani qui

— ââ —

était-il déjà pontifex en 101/2 (1), sacerdoce qui suppose l'appartenance à l'ordre sénatorial (2).

Pour la ]. 8, l'éditeur a hésité entre trois restitutions et a adopté celle que nous avons indiquée ci-dessus. De la dernière ligne conservée on lit quatre lettres, qui ne sont probablement pas llvs mais ... tins : j'y verrais volontiers le reste du nom du dédicant. Il est en tout cas impossible d'y reconnaître, comme on l'a conjecturé, la formule Ti(berms) v(ivus) s(ihi) : elle est incompatible avec l'identification que nous proposons. Il va de soi qu'un personnage de la fortune d'Atticus ne se serait pas contenté d'un monument funéraire aussi modeste et ne l'aurait sûrement pas érigé à Corinthe. Enfin, ce n'est qu'après le nom du dédicant que l'on attendrait la iovmvle l(aetus) l(ibens) v(otum) s(olvit).

3. — ^ La testament du père d'Hérode Atticus et la suppression du f idécommis en faveur des pérégrins .

Voulant donner une dernière preuve de son habituelle munificence, Atticus avait inscrit dans son testament tous les citoyens d'Athènes : il laissait à chacun d'eux une rente annuelle d'une mine (3). Hérode, son fils, trouva moyen d'élu-

fuerint inde a Vespasiano usque ad Trajani exitum, Klio, Beiheft X, 1912, p. 94, no 1329 p. 103, n^ 1523 ; G. Lully, De senatorum Romanorum patria, Rome, 1918, p. 200, n» 1328, Gboag, l. l., avait déjà émis l'hypothèse qu' Atticus devait avoir été admis au Sénat par Nerva avec rang prétorien.

1) VON DoMASzwESKi, Abhandl. zur rôm. Religion, p. 183 sqq.; Gboag, Stvdien zur Kaisergeschichte, Wiener Studien, XL, pp. 9 sqq.

2) WissowA, Religion und Kultus der Rômer^, p. 492.

3) Philostr., Vit. Soph., II, 1, 5 et 6. C'est la fondation la plus importante que nous connaissions dans l'antiquité. Cf. Laum, Stiftungen in der griech u. rôm. Antike, I, p. 143 ; II, p. 18, no 18. Laum, en acceptant le chiffre d'environ 6.000 citoyens attiques, donnée pour cette époque par Hertzberg, ( Gesch. Grieckenlands unter der Herrschaft der Rômer, IL p. 385, n. 28) calcule que les 6.000 mines capitalisées à 5 %. (Billeteb, Oesch. d. Zinsfuss, p. 181) font 120.000 mines ou 12.000.000 de drachmes. Mais il semble avoir oublié que Bbloch, Die Bevôlkerung der griechisch-rômischen Welt, p. 71, estimait à 4.000 environ le nombre des citoyens fortim.és d'Athènes au I^r-IIme siècles. L'ensemble des citoyens aurait alors dépassé

6000. Cf. aussi B. Keil, Beitrage zur Geschichte des Areopags [Ber. ûh. d.

Verhandl. d. Sachs. Ak., 1919, 8), p. 88, n. 135.

der en partie une clause aussi onéreuse : il proposa à ses concitoyens de renoncer à cette rente contre une somme de cinq mines une fois versée. Ils acceptèrent, sacrifiant l'avenir au présent, comme le feraient sans doute encore aujourd'hui nombre de leurs descendants. Cette imprudence coûta cher aux héritiers d'Atticus, du moins à la plupart d'entre eux. Hérode n'avait proposé de transiger qu'après avoir compulsé les registres paternels : presque tout Athènes avait emprunté aux parents d'Hérode qui conservait les contrat,* de prêt. Les débiteurs durent renoncer, en tout ou en partie à la somme promise par Hérode qui, en fin de comxpte, se trouva, être encore le créancier de beaucoup d'entre eux.

En paraphrasant le texte de Philostrate qui nous a conservé le souvenir de cette habile « combinaison », Ziebarth remarque que c'est, en droit grec, le seul cas où une rente instituée par testament est remplacée par le versement d'un capital (1). Que ce soit un cas unique, c'est possible ; qu'il intéresse le droit grec, c'est ce que Ziebarth n'a pu afîirmer qu'en commettant une grave erreur. Atticus s'appelait Tib. Glaudius Atticus (2), il était citoyen romain, en même temps que citoyen Athénien, n'y ayant aucune incompatibilité entre ces deux quaHtés, au point de vue du droit public, du moins depuis Auguste (3).

Même, il appartenait à l'ordre sénatorial, nous l'avons vu dans la note précédente, et avait été consul sous Trajan. Or, étant citoyen romain, il ne pouvait tester valablement que dans les formes prescrites par le droit romain (4). Testant à la manière romaine, Atticus ne pouvait instituer héritiers -que des citoyens romains. Or, de son temps, il est certain que l'immense majorité des citoyens athéniens ne possédaient pas la civitas romaine. Pour s'en convaincre, il suffit de parcourir

1) Zeitschrift fur vergleich. Rechtsvnssenschaft, XVI, 1903, p. 270 sq.

2) Le nom d'Atticus est conservé dans de nombreux textes réxinis par GroAG, Real-Enc, III, p. 2677, n^ 8. Cf. aussi BGH, XXXVIII, 1914, p. 352 sqq.

3) MoMMSEN, Droit public, VI, 2, p. 331.

4) Cf. MiTTEis, Reiçhsrecht und VolksrecM, p. 153.

les catalogues éphébiques (1) d'Athènes à l'époque impériale antérieurs à la constitution de Caracalla qui accorde, en 212, le droit ,de cité à tous les habitants de l'Empire^ les dedifdcii exceptés (2). Dans ces listes, les porteurs de noms romaip.s, constituent une infime minorité (3).

Si Atticus a pu iixscrire tous les Athéniens non citoyens romains au nombre de ses héritiers, ce n.'est que par voie de fidéicommis (4). Il n'y avait pas d'autre moyen de tester en faveur de pérégrins comme l'étaient la plupart des Athéniens par rapport à Atticus, suivant le droit romain.

Mais nous savons qu'à partir d'Hadrien, un sénatus-consulte interdit de léguer à des pérégrins par fidéicommis : les legs de cette espèce étaient confisqués (5).

Le moyen employé par Hérode pour frustrer les Athéniens des avantages que leur assurait le testament paternel nous prouve que ce testament était inattaquable. Il faut en conclure que l'acte était antérieur au sénatus-consulte qui supprime les fidéicommis en faveur des pérégrins et à Toratio d'Hadrien qui le provoqua.

La date de celle-ci n'est pas connue. Toutefois, on semble parfois avoir supposé (6) qu'elle se place avant le rescrit par lequel Hadrien accorda, en 121, à Popillius Théotimos, chef de l'école épicurienne, à la fois citoyen romain et citoyen

l) 10, m, 1076 sqq. J'ai dressé dans le :BGH, XXXVIII, 1914, p. 421, n. 2, la liste des catalogues publiés postérieurement. • 2) Pour le texte de cette constitution, cf. Pap. Oiessen, I, 2, p. 27 et WiLÇKEN-MiTTEis, QruYidziXge und Ghrestomathie der Papyruskunde, II, 2, p. 426, no 377.

3) MiTTÉis, o. l., p. 149, l'évalue à 1 /5 environ : cette proportion est probablement encore trop élevée.

4) Gai Inst., II, 285 : peregrini poterant fideicommissa capere et fere haecfuit origo fideicommissorum. Cf. Leonhard, s.v. fideicommissum, Real-Enc, VI, p. 2274. CuQ, Manuel des Instit. jurid. des Romains, Paris, 1917, p. 791.

5) Gr Al Inst. l. l.,: sed postea id prohibiturn est et nunc ex oratione divi , Mcidriani senfftusconsultum factum est ut ea fideicommissa fisco vindicarentur.

Ulp., XXV, 6. CuQ, o. L, p. 792, n. 2.

6) Dabeste, Nouv. rev. hist. du dr., XVI, p. 623.

athénien comme Atticu.s, le droit de choisir son successeur même parmi les pérégrins (1).

C'est là une erreur. En accordant l'autorisation qu'on lui demande, l'empereur la motive en faisant valoir que,- souvent les prédécesseurs de Théotimos n'ont pas été à la hauteur de de leur tâche, le chef de Fécole n'ayant pu être choisi que parmi les citoyens romains. Il résulte ii l'évidence de ce passage que rinterdiction'(2) d'élire un non Romain, comme chef dé la secte, existait bien avant Hadrien et n'a rien à voir avec la suppression des fidéicômriiis en faveur des pérégrins sous le règne dé ce prince.

D'autre part, on ne peut supposer qu'Atticus ait obtenu

' une faveur semblable à celle qui fut accordée à Théotimos, sur l'intervention de l'impératrice Plotine elle-même et pour des raisons scientifiques. Il faut donc admettre que le sénatusooiïsulte relatif aux fidéicommis est bien postérieur au testament et à là- mort d'Atticus. Nous ignorons la date exacte à laquelle mourut le père d'Hérode. Toutefois, nous savons qu'il était encore patronome à Sparte vers 135 (3). C'est donc

■ entre 135 environ et 138, aniiée de la mort d'Hadrien, que se placerait le sénatus-consulte qui nous- occupe. '

- On se plaît à croire qu'il fut rendu à l'occasion mênie du

" testament d'Atticùs : en faisant un emploi .abusif du fidéicommis, celui-ci jeta le trouble dans une grande cité comme Athènes et cette retentissante affaire suffisait bien à discréditer Une iûstitution qui pouvait conduire 4 de pareils excès. Tou-

'tefois^ la mesure prise par Hadrien fut trop radicale : elle allait même à rencontre du droit naturel èa empèchaiit, dans .certains cas, un père de laisser ses biens à ses enfants. Antonin sr'en aperçut bientôt et y apporta les correctifs nécessaires (4).

, i) Le texte vient d'être repuilié dans le^ IG, II-III,. ed min, 1Q99, où l'on trouvera la bibliographie complète. , • ,- v

2) Pour les raisons de cette interdiction, cf. . Mommsjsn, Zeitschrip der ySamgny-Stiftung, 1892, p. 153. , .' : ;

3) Annùal Brit. : Sdhool at Athens, XHI, 1906-7, p< 207 ; p. XV, 190,8t9, j). 69, Ci. Real- Enc, VIII, p. 9^7, pu les textes de Sparte ne sont pa? pités.

', i) Paus.,. YIII, 43, §;; Mit^eis, o. l, p. 153, a donné à ce texte \ïne portée trop générale, .. • , ; -.,, . , .i^^: • s^

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