Cureton, p. 48 et suiv
[An 169] MARC-ALfiÈLE. 187
des torts envers leur souverain, et les uns envers les autres. Ainsi, grâce à la connaissance et à la crainte de Dieu, tout le mal peut être supprimé de l'État.
Si le souverain, en effet, n'agit pas injustement envers ses sujets, et si ses sujets n'agissent pas injustement envers lui, ni les uns envers les autres, il est clair que tout le pays vit en paix, et il en résulte de grands biens ; car, de la sorte, le nom de Dieu est loué entre tous. Le premier devoir du souverain, ce qui le rend le plus agréable à Dieu, est donc de délivrer de l'erreur le peuple qui lui est soumis. Tous les maux, en effet, viennent de Terreur, et l'erreur capitale est do méconnaître Dieu et d'adorer à sa place ce qui n'est pas Dieu.
On voit combien Méliton est peu éloigné des dangereux principes qui domineront à la fin du ive siècle et feront l'empire chrétien. Le souverain érigé en protecteur de la vérité, employant tous les moyens pour faire triompher la vérité, voilà l'idéal que Ton rêve. Nous retrouverons les mêmes idées dans l'Apologie adressée à Marc-Aurèle1. L'intolérance dogmatique, l'idée qu'on est coupable et désagréable à Dieu en ignorant certains dogmes est franchement avouée. Méliton n'admet aucune excuse pour l'idolâtrie. Et ceux qui disent que l'honneur rendu aux idoles se rapporte à la personne qu'elles représentent,
\ . C'est ici la meilleure preuve de l'authenticité du traité conservé en syriaque.
188 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 165]
et ceux qui se contentent de dire : « C'est le culte de nos pères » , sont également coupables.
Eh qu'M ! ceux à qui leurs pères ont laissé la pauvreté s'interdisent-ils de s'enrichir? Ceux que leurs parents n'ont pas instruits se condamnent-iis à ignorer ce que leurs pères ignoraient1 ? Les fils d'aveugles ne refusent pas de voir, ni les fils des boiteux de marcher... Avant d'imiter ton père, cherche s'il a été dans la bonne voie. S'il a été dans la mauvaise, prends la bonne, pour que tes fils t'y suivent à leur tour. Pleure sur ton père, qui est engagé dans la voie du mal, pendant que ta tristesse peut le sauver encore. Quant à tes fils, dis-leur : « Il y a un Dieu, père de toute chose, qui n'a pas commencé, qui n'a pas été créé, qui fait tout subsister par sa volonté. »
Nous verrons bientôt la part que prit Méliton à la controverse de la Pâque et à l'espèce de mode qui porta tant d'esprits distingués à présenter des écrits apologétiques à Marc-Aurèle. Son tombeau se montrait à Sardes, comme celui d'un des justes les plus sûrs de ressusciter à l'appel du ciel *. Son nom resta très respecté chez les catholiques, qui le tinrent pour une des premières autorités de son siècle3. Son éloquence surtout fut vantée, et les morceaux que nous avons de lui sont, en effet, très brillants4. Une
4. Méliton semblé ici se souvenir de saint Justin, Apol. I, 42.