‹ Marc-Aurèle et la fin du monde antiqueChapitre 174 sur 436 · LIBRARY ST. MARY S COLLEGE · texte numérisé non relu

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254 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 173)

ment ; le remplacement et l'enrôlement des barbares avaient entièrement changé le caractère ch la légion1; sans doute le christianisme soutirait déjà le meilleur des forces de l'Etat. Quand on songe qu'à côté de cette décrépitude s'agitaient des bandes sans patrie, paresseuses au travail de la terre, n'aimant qu'à tuer, ne cherchant que bataille, fût-ce contre leurs congénères \ il était clair qu'une grande substitution de races aurait lieu. L'humanité civilisée n'avait pas encore assez dompté le mal pour pouvoir s'abandonner au rêve du progrès par la paix et la moralité.

Marc-Aurèle, devant cet assaut colossal de toute la barbarie, fut vraiment admirable. 11 n'aimait pas la guerre et ne la faisait que malgré lui ; mais, quand il fallut , il la fit bien ; il fut grand capitaine par devoir. Une effroyable peste se joignit à la guerre. Ainsi éprouvée, la société romaine fit appel à toutes ses traditions, à tous les rites ; il y eut, comme d'ordinaire à la suite des fléaux, une réaction en faveur de la religion nationale. Marc-Aurèle s'y prêta. On vit le bon empereur présider lui-même en qualité de grand pontife aux sacrifices, prendre un fer de jave-

4. Naudet, Comptes rendus de VAc. des se. mor. etpol, 4875, 2e sem., p. 479 etsuiv.

*. Dion Cassius, LXXI, 44.

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lot dans le temple de Mars, le plonger dans le sang, le lancer vers le point du ciel où était l'ennemi *■ On arma tout, esclaves, gladiateurs, bandits, diogmites (agents de police) ; on soudoya des bandes germaniques contre les Germains; on fit argent des objets précieux du garde-meuble impérial, pour éviter d'établir de nouveaux impôts.

La vie de Marc-Aurèle presque entière se passa désormais dans la région du Danube, à Carnonte* près de Vienne, ou à Vienne même, sur les bords du Gran, en Hongrie, parfois à Sirmium 3. Son ennui était immense; mais il savait vaincre son ennui. Ces insipides campagnes contre les Quades et les Marcomans furent très bien conduites ; le dégoût qu'il en éprouvait ne l'empêchait pas d'y mettre l'application la plus consciencieuse. L'armée l'aimait et fit parfaitement son devoir. Modéré même envers lés ennemis, il préféra un plan de campagne long, mais sûr, à des coups foudroyants ; il délivra complètement la Pannonie, repoussa tous les barbares sur la rive gauche du Danube, fit même de grandes pointes au delà de ce fleuve, et pratiqua prudem-

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