‹ Marc-Aurèle et la fin du monde antiqueChapitre 185 sur 436 · Probablement dans la région du Gran · texte numérisé non relu

Probablement dans la région du Gran

274 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 174)

avaient succédé sans transition à un long hiver. Les Quades trouvèrent moyen de couper aux envahisseurs l'approvisionnement d'eau. L'armée était dévorée par la soif, épuisée de fatigues, égarée dans une impasse, où les barbares l'attaquèrent avec tous les avantages. Les Romains répondaient faiblement aux coups de l'ennemi, et l'on pouvait craindre un désastre, quand tout à coup un terrible orage s'amoncela. Une pluie serrée tomba sur les Romains et les rafraîchit. On prétendit, au contraire, que la foudre et la grêle se tournèrent contre les Quades et les effrayèrent, au point qu'une partie d'entre eux se jeta éperdue dans les rangs des Romains.

Tout le monde crut à un miracle. Jupiter s'était évidemment prononcé pour sa race latine. La plupart attribuèrent le prodige aux prières de Marc-Aurèle. On fit des tableaux, où on voyait le pieux empereur suppliant les dieux et disant : « Jupiter, j'élève vers toi cette main qui n'a jamais fait couler le sang1. » La colonne Antonine consacra ce souvenir. Jupiter Pluvius s'y montre sous la figure d'un vieillard ailé, dont les cheveux, la barbe, les bras laissent échapper des torrents d'eau, que les Romains recueillent dans leurs casques et leurs boucliers, tandis que les bar-

4. C'était la version officielle : Capitolin, Claudien, Thémistius, Carm. sib., XII.

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bares sont frappés et renversés par la foudre. Quelques-uns crurent à l'intervention d'un magicien égyptien, nommé Arnouphis, qui suivait l'armée, et dont on supposa que les incantations avaient fait intervenir les dieux, en particulier Hermès aérien1.

La légion qui avait reçu cette marque de la faveur céleste put prendre, au moins dans l'usage et pour un temps, le nom de Fulminata K Une telle épithète n'aurait eu rien de nouveau. Tout endroit touché par la foudre était sacré chez les Romains ; la légion dont les campements avaient été atteints par les carreaux célestes devait être regardée comme ayant reçu une sorte de baptême de feu ; Fulminata devenait pour elle un titre d'honneur. Une légion, la douzième, qui, depuis le siège de Jérusalem, auquel elle prit part, fut fixée à Mélitène3, près de l'Euphrate, dans la Petite Arménie, porta ce titre dès le temps d'Auguste, sans doute par suite d'un accident physique

4. Dion Gassius, /. c; Suidas, aux mots "Àpvcutptç et touXtavoç. Cf. Lampride, Héliog., 9.

2. Kspauvo'gcXoç, « frappée de la foudre », fulminata (comparez xepauvoêo'Xiov, « endroit frappé de la foudre »). C'est à tort qu'on écrit (Eus., V, v, 4) jupauvoêo'Xoç, fidminatrix, au sens actif. Selon Apollinaire, la légion aurait reçu de l'empereur le nom de Fuiminuta; mais cela est difficile à croire.

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