‹ Marc-Aurèle et la fin du monde antiqueChapitre 392 sur 436 · Tertullieii» De corona militis · texte numérisé non relu

Tertullieii» De corona militis

la fin du m0 siècle1, c'est que, jusque-là, l'Eglise est un vrai monastère, une cité idéale où se pratique la vie parfaite. Quand le siècle entrera en masse dans l'Église, quand le concile de Gangres, en 325, aura déclaré que les maximes de l'Évangile sur la pauvreté, sur le renoncement à la famille, sur la virginité, ne sont pas à l'adresse des simples fidèles2, les parfaits se créeront des lieux à part, où la vie évangélique3, trop haute pour le commun des hommes, puisse être pratiquée sans atténuation. Le martyre avait offert, jusque-là, le moyen de mettre en pratique les préceptes les plus exagérés du Christ, en particulier sur le mépris des affections du sang4; le monastère va suppléer au martyre, pour que les conseils de Jésus soient pratiqués quelque part. L'exemple de l'Egypte, où la vie monastique avait

4. ô p.ov*5py)ç 6tdç, dans Clém. d'Alex., Strom., VII, 42, p. 344, désigne le célibat et la vie retirée, par opposition au mariage et à la vie ordinaire. Le fait de Narcisse, Eus., //. E.} VI, ix, 6, est un cas tout à fait individuel. Gommodien s'appelle déjà mendions Christi; mais le sens de cette expression est obscur. Cf. Conslil. apost.. VIII, 10, oî èv èfxptfreîa xai eùXaêsta, distincts des simples eùvoùxot ou célibataires.

". Labbe, Conc., II, p 414etsuiv.

3. C'était ce qu'on appelait « la vie apostolique », reproduisant strictement l'idéal des Actes des apôtres.

4. Le Blant, Comptes rendus de l'Acad. des se. mor. etpoL, 4879, *" semestre, p. 383 et suiv.

toujours existé1, put contribuer à ce résultat; mais le monachisme était dans l'essence même du christianisme. Des que l'Eglise s'ouvrit à tous, il était mévitable qu'il se formât de petites Eglises pour jeux qui prétendaient vivre comme Jésus et les apôtres de Jérusalem avaient vécu2.

Une grosse lutte s'indiquait pour l'avenir. La piété chrétienne et l'honneur mondain seront deux antagonistes qui se livreront de rudes combats. Le réveil de l'esprit mondain sera ie réveil de l'incrédulité. L'honneur se révoltera et soutiendra qu'il vaut bien cette morale qui permet d'être un saint sans être toujours un galant homme. Il y aura des voix de sirènes pour réhabiliter toutes les choses exquises que l'Église a déclarées profanes au premier chef. On reste toujours un peu ce qu'on a été d'abord. L'Église, association de saintes gens, gardera ce caractère, malgré toutes ses transformations. Le mondain sera son pire ennemi. Voltaire montrera que ces frivolités diaboliques, si sévèrement exclues d'une société piétiste, sont à. ieur manière bonnes et nécessaires. Le

4. Voir les Apôtres, p. 78 et suiv. ; Journ. asiat., fév.-mars 1868, p. 280 et suiv. ; Comptes rendus de l'Acad. des inscr., 4 869, p. 54 et suiv.; Arch. des miss, scient., 3e série, t. IV, p. 479 et suiv. (Revillout). Lire surtout Porphyre, De abstin. anim., IV, 6.

%. Lire attentivement Gléra. d'Alex., Strom., VII, ch. xn.

Père Ganaye essayera bien de montrer que rien n'est plus galant que le christianisme et qu'on n'est pas plus gentilhomme qu'un jésuite. Il ne convaincra pas îl'Hocquincourt. En tout cas, les gens d'esprit seront inconvertissables. On n'amènera jamais Ninon de Lenclos, Saint-Évremond, Voltaire, Mérimée, à être de la même religion que Tertullien, Clément d'Alexandrie et le bon Hermaa,

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