‹ Marc-Aurèle et la fin du monde antiqueChapitre 393 sur 436 · RAISONS DE LA VICTOIRE DU CHRISTIANISME · texte numérisé non relu

RAISONS DE LA VICTOIRE DU CHRISTIANISME

C'est par la nouvelle discipline de la vie qu'il introduisait dans le monde que le christianisme a vaincu. Le monde avait besoin d'une réforme morale ; la philosophie ne la donnait pas : les religions établies, dans les pays grecs et latins, étaient frappées d'incapacité pour l'amélioration des hommes. Entre toutes les institutions religieuses du monde antique, le judaïsme seul éleva contre la corruption des temps un cri de désespoir. Gloire éternelle et unique, qui doit faire oublier bien des folies et des violences! Les Juifs sont les révolutionnaires du iep et du 11e siècle de notre ère. Respect à leur fièvre! Possédés d'un haut idéal de justice, convaincus que cet idéal doit se réaliser sur cette terre, n'admettant pas ces atermoiements dont se contentent si facilement ceux qui croient au paradis et à l'enfer, ils ont la soif du bien,

et ils le conçoivent sous la forme d'une petite vie synagogale, dont la vie chrétienne n'est que la transformation ascétique. Des groupes peu nombreux d'humbles et pieuses gens, menant entre eux une vie pure et attendant ensemble le grand jour qui sera leur triomphe et inaugurera sur la terre le règne des saints, voilà le christianisme naissant1. Le bonheur dont on jouissait dans ces petits cénacles devint une puissante attraction. Les populations se précipitèrent, par une sorte de mouvement instinctif, dans une secte qui satisfaisait leurs aspirations les plus intimes et ouvrait des espérances infinies.

Les exigences intellectuelles du temps étaient très faibles; les besoins tendres du cœur étaient très impérieux. Les esprits ne s'éclairaient pas, mais les mœurs s'adoucissaient*. On voulait une religion qui enseignât la piété, des mythes qui offrissent de bons exemples, susceptibles d'êtie imités, une sorte de

4. Kouvoùç oùpavoù; xal "pv xatvviv wpocr£o>uàf«v, iv ofç ^ucaicaûv* xaTotxeî. II Pétri, m, 43.

2. Les inscriptions en sont la meilleure preuve. Voir Le Blant, Inscr. chrét. de la Gaule, I, p. 472-473 : affectionis plena erga omnes homines . . . mater omnium, . . . ob egreyiam adomnes mansuetudinem. Voir les Apôtres, p. 347, 320. Il est souvent difficile de distinguer par ces sortes de formules une sépulture chrétienne d'une sépulture païenne. Notez une sodalitas pudiciliœ servandœ, Spon, Mise, p. 70, n° 4 ; Orelli, n° 2404 ; Fabretti, p. 462, n° 44

morale en action, fournie par les dieux. On voulait une religion honnête ; or le paganisme ne l'était pas. La prédication morale suppose le déisme ou le monothéisme; le polythéisme n'a jamais été un culte moralisateur. On voulait surtout des assurances pour une vie ultérieure où fussent réparées les injustices de celle-ci. La religion qui promet l'immortalité et assure qu'on reverra un jour ceux qu'on a aimés l'emporte toujours. « Ceux qui n'ont pas d'espérance » * sont bien vite vaincus. Une foule de confréries, où ces croyances consolantes étaient professées, attiraient de nombreux adeptes. Tels étaient les mystères sabaziens et orphiques, en Macédoine; en Thrace*, les mystères de Dionysos. Vers le 11e siècle, les symboles de Psyché prennent un sens funéraire et deviennent une petite religion d'immortalité, que les chrétiens adoptent avec empressement8. Les idées sur l'autre vie, hélas ! comme tout ce qui est affaire de goût et de sentiment, sont ce qui subit le plus

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