Voir les Avôtres, p. 355 et suiv
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nion, d'association, de la presse. A la distance où nous sommes, nous voyons bien que Marc-Àurèle, en étant plus complètement libéral, eût été plus sage. Peut-être le christianisme, laissé libre, eût-il développé d'une façon moins désastreuse le principe théocratique et absolu qui était en lui. Mais on ne saurait reprocher à un homme d'État de n'avoir pas provoqué une révolution radicale en prévision des événements qui doivent arriver plusieurs siècles après lui. Trajan. Adrien, Marc-Aurèle ne pouvaient connaître des principes d'histoire générale et d'économie politique qui n'ont été aperçus qu'au xixe siècle et que nos dernières révolutions pouvaient seules révéler. En tout cas, dans l'application, la mansuétude du bon empereur fut à l'abri de tout reproche ' . On n'a pas, à cet égard, le droit d'être plus difficile que Tertullien, qui fut, dans son enfance et sa jeunesse, le témoin oculaire de cette lutte funeste. « Consultez vos annales, dit-il aux magistrats romains, vous y verrez que les princes qui ont sévi contre nous sont de ceux qu'on tient à honneur d'avoir eus pour persécuteurs. Au contraire, de tous les princes qui
4. On a exagéré le nombre des victimes, ôxîyoi Jtarà xaio&ùç xal acpo'àpa eùapi8p.YiTGt. Origène, Contre Celse, III, 8. Les Actes de sainte Félicité sont sans valeur historique. Voir Aube, Hist. des perséc, p. 439 et suiv.
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ont connu les lois divines et humaines, nommez-en un seul qui ait persécuté les chrétiens. Nous pouvons même en citer un qui s'est déclaré leur protecteur, le sage Marc-Aurèle. S'il ne révoqua pas ouvertement les édits contre nos frères, il en détruisit l'effet par les peines sévères qu'il établit contre leurs accusateurs ' . » Le torrent de l'admiration universelle entraîna les chrétiens eux-mêmes. « Grand et bon », tels sont les deux mots par lesquels un chrétien du 111e siècle 2 résume le caractère de ce doux persécuteur.
Il faut se rappeler que l'empire romain était dix ou douze fois grand comme la France, et que la responsabilité de l'empereur, dans les jugements qui se rendaient en province, était très faible. Il faut se rappeler surtout que le christianisme ne réclamait pas simplement la liberté des cultes : tous les cultes qui toléraient les autres étaient fort à Taise dans l'empire; ce qui fit au christianisme et d'abord au judaïsme une situation à part, c'est leur intolérance, leur esprit
4. Apol., 5. Comp. Eus., V, v, 5 et suiv. — Les textes qui semblent supposer un édit spécial de persécution émané de Marc- Aurèle (Sulp. Sév., II, 46) sont sans autorité. Ce que dit Tertullien des peines contre les délateurs est confirmé par Eus., H. E„ V, xxi, 3, bien que Tertullien l'emprunte à un document apocryphe, à la lettre censée écrite par Marc-Aurèle après le miracle de la prétendue Légion Fulminante. Voir ci-après, p. 277.
2. Carm. sib., XII, 487 et suiv. Àfaôdç * ^aç *-e. Comp. Orose, VII, 45.
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d'exclusion. La liberté de penser était absolue. De Néron à Constantin, pas un penseur, pas un savant ne fut troublé dans ses recherches.
La loi était persécutrice ; mais le peuple Tétait encore plus. Les mauvais bruits répandus par les juifs et entretenus par des missionnaires haineux, sorte de commis-voyageurs de la calomnie1, indisposaient les esprits les plus modérés et les plus sincères. Le peuple tenait à ses superstitions, s'irritait contre ceux qui les attaquaient par le sarcasme. Même des gens éclairés, tels que Gelse et Apulée, croient que l'affaiblissement politique du temps vient des progrès de l'incrédulité à la religion nationale. La position des chrétiens était celle d'un missionnaire protestant établi dans une ville très catholique d'Espagne et prêchant contre les saints, la Vierge et les processions. Les plus tristes épisodes de la persécution sous Marc-Aurèle vinrent de la haine du peuple. A chaque famine, à chaque inondation, à chaque épidémie, le cri : « Les chrétiens au lion! » retentissait comme une menace sombre *. Jamais règne n'avait
4. Justin, Apol. 7,49; Dial, 40, 47, 408, 447. Cf. Tertuilien, Adnat., I, 44; Adv. Marc, III, 23; Adv. Jud., 43, 14, Synagogas Judœorum fontes persecutionum, Scorp., 40; Eusèbe, In Is., xvm, 1-2.
2. Tertuilien, Apol., 40. Cf. Origène, In Matth. comm. ser.f tract, xxviii, Delarue, III, p. 857.
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vu autant de calamités; on croyait les dieux irrités ; on redoublait de dévotion; on fît appel aux actes expiatoires1. L'attitude des chrétiens, au milieu de tout cela, restait obstinément dédaigneuse, ou même provocatrice. Souvent ils accueillaient l'arrêt de condamnation par des insultes au juge2. Devant un temple, une idole, ils soufflaient comme pour repousser une chose impure, ou faisaient le signe de la croix 3. Il n'était pas rare de voir un chrétien s'arrêter devant une statue de Jupiter ou d'Apollon, l'interpeller, la frapper du bâton, en disant : ce Eh bien, voyez, votre Dieu ne se venge pas ! » La tentation était forte alors d'arrêter le sacrilège, de le crucifier et de lui dire : « Et ton Dieu se venge-t-il4 ? » Les philosophes épicuriens n'étaient pas moins hostiles aux superstitions vulgaires, et cependant on ne les persécutait pas. Jamais on ne vit forcer un philosophe à sacrifier, à jurer par l'empereur, à porter des flambeaux 5. Le
4. Gapitolin, Ant. Phil., 43; Verus, 8; Eutrope, VIII, 42. Cf. Tertullien, Ad nat., I, 9.
2. « Quam pulchrum speclaculum Deo, quum christianus... tiïumphator et victor, ipsi qui adversum se sententiam dixit insultât! » Minucius Félix, 37. « Vos estis de judicibus ipsis judicaturi. » Tertullien, Ad mart., 2.
3. Tertullien, Ad ux., II, 5; De idol., 44 ; Lettre de Julien, dans Y Hermès, 4 875, p. 259.