‹ Marc-Aurèle et la fin du monde antiqueChapitre 47 sur 436 · Tertullien, ApoL · texte numérisé non relu

Tertullien, ApoL

62 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 162]

philosophe eùl consenti à ces vaines formalités, et cela suffisait pour qu'on ne les lui demandât pas.

Tous les pasteurs, tous les hommes graves détournaient les fidèles d'aller s'offrir eux-mêmes au martyre1 ; mais on ne pouvait commander à un fanatisme qui voyait dans la condamnation le plus beau des triomphes et dans les supplices une manière de volupté. En Asie, cette soif de la mort était contagieuse et produisait des phénomènes analogues à ceux qui, plus tard, se développèrent sur une grande échelle chez les circoncel lions d'Afrique. Un jour le proconsul d'Asie, Arrius Antoninus2, ayant ordonné de rigoureuses poursuites contre quelques chrétiens, vit tous les fidèles de la ville se présenter en masse à la barre de son tribunal, réclamant le sort de leurs coreligionnaires élus pour le martyre; Arrius Antoninus, furieux, en fit conduire un petit nombre au supplice et renvoya les autres en leur disant : « Allez-vousen, misérables ! Si vous tenez tant à mourir, vous avez des précipices, vous avez des cordes3. »

Quand, au sein d'un grand État, une faction a

1. Voir, par exemple, Clém. d'Alex., Strom., IV, 9, 10. Notez surtout le passage très sensé d'Héracléon, cité pnr Clément. Mémoires de M. Le Blanl, Acad. des inscr., t. XXVIII, 1 re et 2* partie.

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