‹ Marc-Aurèle et la fin du monde antiqueChapitre 51 sur 436 · GRANDEUR CROISSANTE DE LEGLISE DE ROMI ÉCRITS PSEUDO-CLÉMENTINS · texte numérisé non relu

GRANDEUR CROISSANTE DE LEGLISE DE ROMI ÉCRITS PSEUDO-CLÉMENTINS

Rome devenait chaque jour de plus en plus la capitale du christianisme et remplaçait Jérusalem comme centre religieux de l'humanité. Civitas sacrosancta i! Cette ville extraordinaire était au point culminant de sa grandeur*; rien ne permettait de prévoir les événements qui, au in0 siècle, devaient la faire déchoir et la réduire à n'être plus que la capitale de l'Occident. Le grec y était encore au moins aussi employé que le latin, et la grande scission de l'Orient ne se laissait pas deviner. Le grec était

\ . Apulée, Métam., XI, 26.

2. De Rossi, Plante iconografiche e prospeltiche di Roma (Roma, 1879), p. 46 et suiv. Le mur de douane de Marc-Aurèle détermina la périphérie du mur d'Aurélien, c'ept-à-dire de l'enceinte actuelle.

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exclusivement la langue de l'Eglise ; la liturgie, la prédication, la propagande se faisaient en grec1.

Anicet présidait l'Église avec une haute autorité. On le consultait de tout le monde chrétien. On admettait pleinement que l'Église de Rome avait été fondée par Pierre ; on croyait que cet apôtre avait transmis à son Église la primauté dont Jésus l'avait revêtu ; on appliquait à cette Église les fortes paroles par lesquelles on croyait que Jésus avait conféré à Céphas la place de pierre angulaire dans l'édifice qu'il voulait bâtir. Par un tour de force sans égal, l'Église de Rome avait réussi à rester en même temps l'Église de Paul. Pierre et Paul réconciliés, voilà le chef-d'œuvre qui fondait la suprématie ecclésiastique de Rome dans l'avenir. Une nouvelle dualité mythique remplaçait celle de Romulus et de Rémus. Nous avons déjà vu la question de la pâque, les luttes du gnosticisme, celles de Justin et de Tatien aboutir à Rome. Toutes les controverses qui déchireront la conscience chrétienne vont suivre la même voie ; jusqu'à Constantin, les dissidents viendront demander à l'Église de Rome un arbitrage, sinon une solution. Les docteurs célèbres regardent comme un

4. De Rossi, Bollettino, 4865, p. 52. Au milieu du m« siècle, es inscriptions sépulcrales des papes à la Catacombe de saint Calliste sont en grec.

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devoir de visiter, pour leur instruction, cette Eglise, à laquelle, depuis la disparition de la première Eglise de Jérusalem, tous reconnaissent le prestige de l'ancienneté K

Parmi les Orientaux qui vinrent à Rome sous Anicet, il faut placer un juif converti nommé Joseph ou Hégésippe, originaire sans doute de Palestine2. Il avait reçu une éducation rabbinique soignée, savait l'hébreu et le syriaque, était très versé dans les traditions non écrites des juifs ; mais la critique lui manquait. Gomme la plupart des juifs convertis, il se servait de l'Évangile des Hébreux. Le zèle pour la pureté de la foi le porta aux longs voyages et à une sorte d'apostolat. Il allait d'Eglise en Eglise, conférant avec les évêques, s'informant de leur foi, dressant la succession de pasteurs par laquelle ils se rattachaient aux apôtres. L'accord dogmatique qu'il trouva entre les évêques le remplit de joie. Toutes ces petites Eglises des bords de la Méditerranée orientale se développaient avec une entente parfaite. A Gorinthe, en particulier, Hégésippe fut singulièrement consolé par ses entretiens avec l'évêque Primus et avec les

1 . Eùiyxp.evoç nov âp^atoTâxiov i>ûjf/.ata>v ootXnmav tèeïv. Paroles rt'Origène, dans Eusèbe, VI, xiv, 40.

%. Eusèbe, H. £., IV, 22 ; saint Jérôme, De viris ilt.t *z Chron. d'Alex., p. 262, édit. Du Gange.

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fidèles qu'il trouva dans la direction la plus orthodoxe. Il s'embarqua de là pour Rome, où il se mit en rapport avec Anicet et marqua soigneusement l'état de la tradition1. Anicet avait pour diacre Éleuthère, qui devait être plus tard évêque de Rome à son tour. Hégésippe, quoique judaïsant et même ébionite, se plaisait dans ces Églises de Paul, et il y avait d'autant plus de mérite que son esprit était subtil et porté à voir partout des hérésies2. « Dans chaque succession d'évêques, dans chaque ville, dit-il, les choses se passent ainsi que l'ordonnent la Loi, les Prophètes et le Seigneur*. » Il se fixa à Rome comme Justin et y resta plus de vingt ans, fort respecté

4. ÀtaScrçtfv (Eus., IV, xxii, 3 ; cf. 2) ; c'est à tort qu'on substitue $taTpt&ôv, qui ne va pas avec p.s'xplc-

2. Etienne Gobar, cité par Photius (cod. ccxxxn), semble prétendre que Hégésippe contredisait directement et arguait d'erreur le passage de saint Paul, l Cor., h, 9. Si cela était vrai, on ne concevrait pas qu'Eusèbe et la tradition ecclésiastique n'eussent pas anathématisé Hégésippe. Or Eusèbe le place parmi les défenseurs de la vérité contre les hérétiques (IV, vu, 15; vm, 1 ; cf. Sozom., It 1). Si Paul était un hérétique aux yeux d'Hégésippe, comment expliquer la théorie de ce même Hégésippe sur l'Église vierge de toute hérésie jusqu'aux gnostiques? Gomment, d'ailleurs, dans ses voyages, est-il en une si parfaite communion avec des Églises dont plusieurs évidemment révéraient Paul? Et à Rome, où Hégésippe vécut vingt ans en pleine harmonie avec l'Église, le culte de Paul n'était-il pas devenu inséparable de celui de Pierre? Il faudrait avoir l'endroit visé par Gobar pour bien juger.

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