Eusèbe, H. £., IV, 8, If
de tous, malgré la surprise que son christianisïre oriental et la bizarrerie de son esprit devaient exciter. Comme Papias, il faisait, au milieu des rapides transformations de l'Église, l'effet d'un « homme ancien », d'une sorte de survivant de l'âge apostolique1.
Une cause matérielle contribuait beaucoup à la prééminence que toutes les Églises reconnaissaient à l'Église de Rome. Cette Église était extrêmement riche; ses biens, habilement administrés, servaient de fonds de secours et de propagande aux autres Églises Les confesseurs condamnés aux mines recevaient d'elle un subside2. Le trésor commun du christianisme était en quelque sorte à Rome. La collecte du dimanche, pratique constante dans l'Église romaine, était déjà probablement établie. Un merveilleux esprit de direction animait cette petite communauté, où la Judée, la Grèce et le Latium semblaient avoir confondu, en vue d'un prodigieux avenir, leurs dons les plus divers. Pendant que le monothéisme juif fournissait la base inébranlable de la formation nouvelle, que la Grèce continuait par le gnosticisme
4. Âpx*îoç t» «vrip xat à7co<rroXixoç. Etienne Gobar, l. c. Cf. saint Jérôme, l. c.
2. Denys de Corinthe, dans Eus., IV, xxm, 9-40; notez la réflexion d'Eusèbe. Comp. Denys d'Alexandrie, dans Eus., VII, v, 2; saint Basile, Epist., 70 (220).
74 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 163]
son œuvre de libre spéculation, Rome s'attachait, avec une suite qui étonne, à l'œuvre d'organisation et de gouvernement. Toutes les autorités, tous les artifices lui étaient bons pour cela. La politique ne recule pas devant la fraude ; or la politique avait déjà élu domicile dans les conseils les plus secrets de l'Eglise de Rome. Il se produisit, vers ce temps, une veine nouvelle de littérature apocryphe, par laquelle la piété romaine chercha une fois de plus à s'imposer au monde chrétien.
Le nom de Clément fut le garant fictif que choisirent les faussaires pour servir de couverture à leurs pieux desseins. La grande réputation qu'avait laissée le vieux pasteur romain, le droit qu'on lui reconnaissait de donner en quelque sorte son apostille aux livres qui méritaient de circuler, le recommandaient pour ce rôle1. Sur la base des Cerygmata et des Periodi de Pierre*, un auteur inconnu, né païen et entré dans le christianisme par la porte esséno-ébionite, bâtit un roman dont Clément fut censé à la fois Fauteur et le héros. Ce précieux écrit, intitulé les
\. Linus, autre successeur de Pierre, ou du moins supposé tel, fut aussi pris pour garant d'actes apocryphes des apôtres. Bibl. max. Patrum, Lugd., H, p. 67 et suiv.
2. Récognitions , I, 27-72; IV-VI. Notez surtout III, 75. Voir l'Église chrétienne, ch. xtii.
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Reconnaissances1 > h cause des surprises du dénouement, nous est parvenu dans deux rédactions assez différentes l'une de l'autre, et dont probablement ni l'une ni l'autre n'est primitive 2. Toutes deux paraissent provenir d'un écrit perdu8, qui fit, vers le temps où nous sommes4, sa première apparition.
L'auteur part de l'hypothèse que Clément fut le successeur immédiat de Pierre dans la présidence de l'Église de Rome et reçut du prince des apôtres l'ordination épiscopale. De même que les Cerygmata étaient dédiés à Jacques, de même le nouveau roman porte en tête une épître où Clément fait part à Jacques, « évêque des évêques et chef de la sainte Église des Hébreux à Jérusalem », de la mort violente de Pierre, et raconte comment cet apôtre, le