‹ Marc-Aurèle et la fin du monde antiqueChapitre 64 sur 436 · II Cor., v · texte numérisé non relu

II Cor., v

1 Recogn., I, 45; Hom., ni, 47-24. Épiphane attribue la môme doctrine aux ébionites. Hœr., xxx, 3.

[An 163 MARC-AURÈLE. 89

des écrits vraiment authentiques de la première inspiration chrétienne par sa prolixité, sa rhétorique, sa philosophie abstraite, empruntée, pour la plus grande partie, aux écoles grecques. Ce n'est plus ici un livre sémitique, sans nuance, comme les écrits purement judéo-chrétiens. Grand admirateur du judaïsme, l'auteur a l'esprit gréco-italien, l'esprit politique, préoccupé avant tout de la nécessité sociale, de la morale du peuple. Sa culture est tout hellénique; de l'hellénisme, il ne repousse qu'une seule chose, la religion. L'auteur se montre à tous égards bien supérieur à saint, Justin. Une fraction considérable de l'Église adopta l'ouvrage et lui fit une place à côté des livres les plus révérés de l'âge apostolique, sur les confins du Nouveau Testament1. Les grosses erreurs qu'on y lisait sur la divinité de Jésus-Christ et sur les livres saints s'opposèrent à ce qu'il y restât ; mais on continua de le lire ; les orthodoxes répondaient à tout en disant que Clément avait écrit son livre sans tache, qu'ensuite des hérétiques l'avaient altéré2. On en fit des extraits, où les passages malsonnants étaient omis, et auxquels on attri-

4. Credner, Gesch. des neutest. Kanon, p. 238, "244, 244, 249, 250; Tillemont, Mém., II, p. 163.

2. Synopse dite d'Athanase, dans Credner, op. cit., p. 250, Dressel, Clementinorum epitomœ duœ, Leipzig, 4873; Reuss Gesch. der heiligen Schriften, p. 252.

90 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 163

bua volontiers la théopneustie l. Nous avons vu et nous verrons bien d'autres exemples de romans inventés par les hérétiques forçant ainsi les portes de l'Eglise orthodoxe et se faisant accepter d'elle, parce qu'ils étaient édifiants et susceptibles de fournir un aliment à la piété.

Le fait est que cette littérature ébionite, malgré sa naïveté un peu enfantine, avait au plus haut degré l'onction chrétienne. Le ton était celui d'une prédication émue ; le caractère en était essentiellement ecclésiastique et pastoral. Pseudo-Clément est un partisan de la hiérarchie au moins aussi exalté que pseudo-Ignace. La communauté se résume en son chef; le clergé est l'indispensable médiateur entre Dieu et le troupeau2. Il faut deviner l'évêque à demimot, ne pas attendre qu'il vous dise : « Tel homme est mon ennemi », pour fuir cet homme. Etre ami de quelqu'un que l'évêque n'aime pas, parler à quelqu'un qu'il évite, c'est se mettre hors de l'Église, se placer au rang de ses pires ennemis. La charge de l'évêque est si difficile ! Chacun doit travailler à la lui faciliter ; les diacres sont les yeux de l'évêque, ils

Page 1