CHAPITRE VIII
LE SYNCRETISME ORIENTAL. — LES OPHITE S. — F UTURK APPARITION DU MANICHÉISME.
Nous sortirions de notre cadre en suivant l'histoire de ces chimères au 111e siècle. Dans le monde grec et latin, le gnosticisme avait été une mode; il disparut comme tel assez rapidement. Les choses se passèrent autrement en Orient. Le gnosticisme prit une seconde vie, bien plus brillante et plus compréhensive que la première, par l'éclectisme de Bardesane, — bien plus durable, par le manichéisme. Déjà, dès le ii* siècle, les antitactes d'Alexandrie sont de véritables dualistes, attribuant les origines du bien et du mal à deux dieux différents1. Le manichéisme ira plus loin; trois cent cinquante ans avant Mahomet, le génie de la Perse réalise déjà ce que réalisera bien plus puissamment le génie de l'Arabie, une religion
1. Clément d'Alex., Strom., III, ch. 4; Théodoret, Hœret* fab.,\, 4 6.
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aspirant à devenir universelle et à remplacer l'œuvre de Jésus, présentée comme imparfaite ou comme corrompue par ses disciples.
L'immense confusion d'idées qui régnait en Orient amenait un syncrétisme général des plus étranges. Des petites sectes mystiques d'Egypte, de Syrie, de Phrygie, de Babylonie, profitant d'apparentes ressemblances, prétendaient s'adjoindre au corps de l'Église et parfois étaient accueillies. Toutes les religions de l'antiquité semblaient ressusciter pour venir au-devant de Jésus et l'adopter comme un de leurs adeptes. Les cosmogonies de l'Assyrie, de la Phénicie, de l'Egypte, les doctrines des mystères d'Adonis, d'Osiris, d'Isis, de la grande déesse de Phrygie, faisaient invasion dans l'Eglise et continuaient ce qu'on peut appeler la branche orientale, à peine chrétienne, du gnosticisme. Tantôt Jéhovah, le dieu des Juifs, était identifié avec le démiurge assyro-phénicien laldebaoth1, « le fils du chaos»1. D'autres fois, le vieil IAH assyrien, qui offre avec Jéhovah d'étranges signes de parenté, était mis en
1. Irénée, I, xxx, 5 et suiv.; Orig., Contre Celse, VI, 34; Êpiph. Hœr., xxvi, 10; xxx vu, 3 et suiv.
2. im ibi. Voir Mém. sur Sanch., dans les Mém. de L'Acad. des inscr., t. XXIII, deuxième partie, p. 256 et suiv., 342; F. Lenorraant, Bérose, p. 426, 4 27; Baudissin. Slud. zur semit. Religionsge&chichte, I, p. 494, *Q&.
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vogue1 et rapproché de son quasi-homonyme d'une façon où le mirage n'est pas facile à discerner de la réalité8.
Les sectes ophiolâtres, si nombreuses dans l'antiquité, se prêtaient surtout à ces folles associations. Sous le nom de nahassiens3 ou d'ophites4 se groupèrent quelques païens adorateurs du serpent, à qui il convint à certain jour de s'appeler chrétiens6. C'est d'Assyrie que vint, ce semble, le germe de cette Église bizarre6; mais l'Egypte7, la Phrygie8, la Phénicie9, les mystères orphiques10 y eurent leur part. Comme Alexandre d'Abonotique, prôneur de son dieu-serpent Glycon, les ophites avaient des serpents
1. Irénée, I, xxx, 5, 40; Orig., Contre. Celse, VI, 31, 32. Épiph., Hœr., xxvi, 40; Pisté Sophia, p. 223, 234 (trad.).