‹ Marc Fane, roman parisianChapitre 12 sur 14 · m a m: FANE · texte numérisé non relu

m a m: FANE

» l'homme équivoque qui voulait à la fois ména- » ger le chou bourgeois et la chèvre révolution- » naire. Malgré des avertissements nombreux, » Marc Fane, dont le talent n'est pas contestable, » continuait ses manœuvres souterraines qui » n'avaient d'autre but — excusez du peu ! — » que de transformer le parti travailleur en suc- » cursale du radicalisme. Ceux qui en doule- » raient en trouveront les preuves, écrites de la » main même de l'exécuté, au comité central. La » patience populaire a été à notre avis trop lon- » ganime : il n'y a pas de place pour des person- » nalités à double face parmi nous. Sans vouloir » accuser Marc Fane d'être le séide salarié d'une » coterie bourgeoise, nous avons le droit de » suspecter l'homme qui, pendant si longtemps, » a feint de partager nos doctrines et qui travail- » lait souterrainement à les renverser. Un pareil » rôle répugnera toujours à la loyauté du peuple » parisien. Marc Fane restera, nous l'espérons, » un exemple pour tous ceux qui méditeraient » de jouer des rôles hypocrites: ni son éloquence, » ni sa bravoure physique, n'ont pu le sauver » de la déconfiture finale. Non rendrions » d'ailleurs toute justice à la fermeté de son atti- » tude devant l'attaque d'hier, si nous n'avions » pas à constater que les argousins — peut-être

» prévenus — sont inlervenus pour dissiper l'as- » semblée, avec leur mépris ordinaire pour la li- » berté de réunion ! Nous trouvons au moins sin- » gulièrela rapidité avec laquelle ces messieurs de » l'Usine du bord de l'eau sont venus au secours » de l'exécuté! Mais la brutalité policière ne » diminue en rien la portée de l'acte ni son en- » seignement. Justice est faite et bien faite !... »

Plus pénétrante que la veille, plus certaine sembla la déchéance officialisée par l'affreux papier de rebut aux empreintes usées, et il rit terriblement, un rire de sanglots, il injuria les phrases, leur envoya des démentis rauques, des arguments farouches. Puis, plus loin, venait la pouillerie du reportage, les délails de la soirée, une déformation énervante des incidents, un ignoble parti-pris à louer la sagesse du peuple, la logique de sa justice... La justice ! ce déferlement de faces, ces apoplexies de sanguins, ces hypnotismes de nerveux, l'aigre pantomime des hépatiques! La justice ! Misère! ces cerveaux bouillants, ces inconsciences écumantes, l'induction insane d'organismes tournés à la bête!

Il bat lait les murs de ses poings, il reprenait perpétuellement les récits, s'abreuvait du fiel du supplice, dominé, magnétisé aux mensonges, aux

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hyperboles, aux ro'.iccnces ignominieuses du journalisme.

— Non, non... Je ne veux plus lire... non ! Mais sa main reprenait la feuille, son œil y

allait, tout son être se baignait dans les effluves souffrantes, dans la mystérieuse volupté de dévorer l'insulte.

— Ah ! canailles... crapules... salauds !

Et le front à la vitre, lentement, gravement :

— Non, non... il est parmi eux des natures fraternelles... hautes mêmes... des cœurs très doux... de larges instincts de justice!

Mais que cette fraternité, cette justice se décomposassent sur lui, Marc, en bêtise féroce, en iniquité implacable, ah ! Dieu ! Continuellement il les haïssait, et même leur bonté, puisqu'elle s'était tue tandis qu'on le suppliciait, lui... et continuellement il se reprenait, appelait son moi au tribunal de sa conscience, excusait les bourreaux...

Que d'heures ainsi. Enfin, le soir débuta. Là haut sous un cuivre pâle de nues, filait une apode noire, une ancre, un projectile adorable. Il regardait, il pensait à des infinités de métamorphoses, il citait des proverbes, des fragments de latin, des mots sinistres de crucifiés, des cris de douleur et de pitié. Puis, il cria :

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